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Nigeria : à Kano, une entraîneuse préserve les jeunes de la drogue grâce au football

Des enfants jouent au football dans la cour de l'école pour filles de Badawa à Kano, dans le nord du Nigeria, le 16 février 2019   -  
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Nigéria

Dans la ville de Kano, au nord du Nigeria, Hida Ghaddar est une coach de football peu conventionnelle. À seulement 27 ans, la jeune femme d’origine libanaise est à la tête de la Breakthrough Football Academy qu'elle a fondée il y a deux ans.

Mais si son but est de préparer ses jeunes talents à jouer dans des clubs étrangers, elle aide aussi les joueurs à rester loin des drogues. "La toxicomanie et le football ne font pas bon ménage. C'est l'un ou l'autre," a-t-elle déclaré à l'AFP.

Hida Ghaddar est devenue une sorte de célébrité locale. Seule femme du Nigeria à entraîner une équipe de football exclusivement masculine, elle défie les normes conservatrices du nord du pays, à majorité musulmane.

"Ce n'est pas seulement une académie de football. Nous sommes ici pour construire quelque chose de différent afin d'offrir une vie meilleure à chacun de nos joueurs," explique-t-elle.

Kano, la plus grande ville du nord du Nigeria, affiche le deuxième taux de consommation de drogue le plus élevé du pays, l'Agence nationale de lutte contre les stupéfiants. Le taux de chômage élevé a poussé les jeunes de cette ville de cinq millions d'habitants vers la drogue et la criminalité. Selon plusieurs chercheurs en sciences politiques, certains responsables politiques locaux profitent de cette crise pour recruter ces jeunes comme voyous afin d'intimider leurs adversaires.

Officiellement, le taux de chômage de l'État de Kano est de 7,6 %, supérieur à la moyenne nationale de 5,3 %. Mais le nombre de jeunes de l'État qui ne sont ni scolarisés, ni en emploi, ni en formation grimpe à 12,5 %.

"Le fait de jouer au football aide ces joueurs à éviter tout cela," selon Hida Ghaddar. Les séances d’entraînement s’accompagnent d’une attention particulière portée à "la nutrition, le sommeil, l’hydratation et un mode de vie sain," explique la coach depuis le bord d’un terrain sablonneux situé au centre d’un hippodrome.

La passion du football

Née dans une famille libanaise de propriétaires d'usines à Kano – ville qui abrite une importante communauté libanaise, principalement active dans les secteurs du bâtiment, du commerce et de la confiserie –, Hida Ghaddar commence à jouer au football à l'âge de cinq ans.

C'est à 16 ans, lorsqu'elle s'installe au Liban pour poursuivre ses études universitaires, qu'elle se découvre une véritable passion pour ce sport. Mais ses rêves de devenir une star du ballon rond sont brisés par quatre blessures successives au genou et cinq opérations chirurgicales, qui la contraignent à abandonner sa carrière à l'âge de 18 ans.

Elle choisit alors de revenir au Nigeria pour offrir aux jeunes joueurs les opportunités qu'elle n'a pas eues. "J'ai vécu 16 ans ici à Kano et je m'y sentais chez moi," explique Hida Ghaddar. Elle a d'abord douté du succès de son projet d'académie, sans modèle de footballeuse de renom dans la ville, où les normes culturelles dissuadent la plupart des femmes de pratiquer le sport.

Mais le projet a fonctionné. De seulement six au départ, le nombre d'élèves a rapidement grimpé à 63. "J’avais peur de tout… d’être une femme portant le hijab, de venir à l’hippodrome, de m’entraîner ici sur le sable devant des hommes," raconte Hida Ghaddar avec un sourire.

La jeune coach fournit aux joueurs des tenues de football et une allocation afin de les aider à se concentrer sur le sport. Ils sont aussi inscrits dans des établissements d’enseignement secondaire et suivent des cours d’anglais deux fois par semaine.

Ceux qui ne souhaitent pas poursuivre d'études supérieures travaillent dans les confiseries et les usines de sodas appartenant à la famille de l'entraîneuse, tout en se consacrant au football. "Ces garçons sont comme ma famille ; je ressens toutes sortes d’émotions positives quand je suis avec eux," souligne la jeune femme.

Ali Mustapha Ahmad Musa est l’un des élèves de Hida Ghaddar. Il souhaite devenir footballeur international. "Nous prions et nous nous entraînons pour réaliser notre plus grand rêve : rejoindre des clubs étrangers en Europe ou ailleurs," a déclaré le jeune homme de 15 ans après une séance d’entraînement.

C’est également l’espoir de sa coach. "Mon rêve est de voir l’un de mes joueurs évoluer à l’étranger," a déclaré Hida Ghaddar.

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