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Niger : 5 ans depuis l'élection de Bazoum, dont 3 ans en détention

Niger : 5 ans depuis l'élection de Bazoum, dont 3 ans en détention
Le président nigérien Mohamed Bazoum au palais présidentiel de Niamey, au Niger, le 16 mars 2023   -  
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AP Photo

Niger

Le mandat présidentiel du dirigeant nigérien renversé, Mohamed Bazoum, prend officiellement fin jeudi, mais il a peu de chances d’être libéré de sa détention, ni même jugé, ce qui rend la suite incertaine.

Âgé de 66 ans, Mohamed Bazoum a prêté serment en tant que président le 2 avril 2021, à l’issue d’élections démocratiques au cours desquelles il a obtenu 55 % des voix.

Il est détenu depuis le coup d’État mené le 26 juillet 2023 par la junte dirigée par le général Abdourahamane Tiani, dans une aile du palais présidentiel à Niamey, où il se trouve avec son épouse.

Depuis son renversement, il a refusé de démissionner. Ses avocats soutiennent que le 2 avril ne devrait plus marquer la fin officielle de son mandat, puisqu’il n’a pas été autorisé à exercer ses fonctions pendant près de trois ans.

"Son mandat a été interrompu et n’a pas repris. Si M. Bazoum revenait au pouvoir demain, la durée de sa détention ne serait pas prise en compte dans l’exercice de ses fonctions", a déclaré à l’AFP Moussa Coulibaly, membre du collectif d’avocats représentant Bazoum.

Constitution

Le chercheur en sciences politiques Valery Ntwali, spécialiste des coups d’État en Afrique subsaharienne, a toutefois estimé que, selon le droit nigérien, l’ancien chef d’État avait "perdu sa légalité puisque la Constitution sur laquelle il a été élu a été suspendue".

La junte a suspendu la Constitution et l’a remplacée par une charte adoptée en mars dernier, qui lui permet de rester au pouvoir pour cinq années supplémentaires — renouvelables. Aucune élection n’a été organisée depuis le coup d’État.

Il reste incertain de savoir quelle législation prévaut : celle de la junte militaire arrivée au pouvoir par la force, ou celle en vigueur avant le putsch. "Il n’existe pas d’autorité internationale imposant son point de vue. Il y a plutôt des autorités nationales qui négocieront avec la junte et d’autres qui ne la reconnaissent pas", a déclaré Ntwali.

Souveraineté

Si la junte nigérienne — à l’instar de celles de ses voisins et alliés, le Burkina Faso et le Mali — a fait de la souveraineté son mot d’ordre et adopté une position hostile envers certaines nations occidentales, elle n’est pas totalement isolée sur la scène internationale.

Elle a récemment repris contact avec les États-Unis en matière de coopération sécuritaire, deux ans après avoir contraint les soldats américains engagés dans la lutte antijihadiste à quitter le Niger, tout en se rapprochant de la Russie.

Les relations restent tendues avec l’ancienne puissance coloniale, la France, qui a rapidement appelé à la libération de Bazoum, tandis que les rapports avec l’Union européenne sont également difficiles.

Le Parlement européen a adopté plus tôt ce mois-ci une résolution demandant la libération immédiate de Bazoum, suscitant la colère des juntes sahéliennes et des manifestations à Niamey et, dans une moindre mesure, à Ouagadougou.

"C’est un échec de la communauté internationale. Je ne comprends pas comment nous n’avons pas réussi à obtenir la libération de ce président démocratiquement élu", a déclaré l’eurodéputé français Christophe Gomart, à l’origine de la résolution au Parlement européen.

"L’Europe a du poids en Afrique, elle finance de nombreux pays africains ; l’Union européenne aurait dû exercer des pressions", a ajouté Gomart, général et ancien commandant des opérations spéciales françaises, notamment au Sahel.

Union européenne

L’Union européenne contribue au financement de programmes de développement ainsi qu’à la lutte contre les groupes jihadistes, qui mènent depuis des années des actions violentes dans les pays du Sahel, notamment au Niger.

L’immunité présidentielle de Bazoum a été levée en 2024, mais ses avocats jugent peu probable que la fin officielle de son mandat accélère la tenue de son procès.

"Pour la junte, il s’agit moins d’une question juridique que sécuritaire : ce qui compte pour elle, c’est que le président Bazoum serve de bouclier humain" en cas d’éventuelle intervention armée, comme cela avait été envisagé par des pays d’Afrique de l’Ouest, a déclaré un autre de ses avocats, Mohamed Seydou Diagne.

Après près de trois ans, Bazoum est "toujours détenu au même endroit et dans les mêmes conditions", sans fenêtres, sans portes et sans visites, à l’exception de celle de son médecin, a indiqué Me Coulibaly.

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