Soudan
Au Soudan, la chute d’el-Fasher, au Darfour occidental, aux mains des Forces de soutien rapide (FSR) a provoqué un exode massif.
Assiégée pendant des mois, la ville a été prise en octobre dernier. Selon des responsables de l’ONU, plusieurs milliers de civils ont été tués lors de l’offensive.
D’après ces sources, seuls 40 % des 260 000 habitants auraient réussi à fuir vivants. Des milliers d’entre eux sont blessés. Le sort des autres reste inconnu.
« Ils ont emmené mon père »
Parmi les rescapés, Enas Arbab, 19 ans. Elle a quitté précipitamment la ville avec son fils d’un an, après la disparition de son mari. Son père, Mohamed Arbab, travaillait dans une cuisine solidaire qui distribuait nourriture et médicaments aux déplacés.
Elle raconte que des combattants des FSR l’ont battu devant sa famille avant de l’emmener, exigeant une rançon. La somme n’ayant pas pu être réunie, la famille affirme avoir été informée de son exécution. Le corps n’a jamais été retrouvé.
Comme lui, plus de 100 employés de cuisines caritatives ont été tués depuis le début de la guerre, selon des travailleurs humanitaires interrogés par l’Associated Press et les données de l’Aid Workers Security Database, qui recense les attaques contre les humanitaires dans le monde.
Des bénévoles devenus des cibles
Dans les zones les plus touchées, notamment au Darfour, la famine progresse et les produits de première nécessité manquent cruellement. Organisées par les habitants eux-mêmes, les cuisines communautaires sont souvent la seule source fiable de nourriture.
Mais leur visibilité les expose. Enlèvements, passages à tabac, arrestations et meurtres sont régulièrement signalés. Les rançons réclamées aux familles varient généralement entre 2 000 et 5 000 dollars, et peuvent augmenter après un premier paiement.
Dan Teng’o, responsable de la communication au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, indique qu’il est difficile de déterminer si ces travailleurs sont visés en raison de leur activité ou d’une affiliation supposée à l’un des camps.
La guerre a éclaté en avril 2023, après l’escalade des tensions entre l’armée soudanaise et les FSR. Les combats, partis de Khartoum, se sont étendus à l’ensemble du pays, faisant des milliers de morts et provoquant des déplacements massifs, des épidémies et une insécurité alimentaire aiguë. Les travailleurs humanitaires figurent parmi les cibles fréquentes.
« Il y avait la famine, il y avait la mort »
Farouk Abkar, 60 ans, distribuait des sacs de céréales dans une cuisine du camp de Zam Zam, à une quinzaine de kilomètres d’el-Fasher. Il affirme avoir survécu à des frappes de drones avant qu’une attaque des FSR ne vise le camp.
« L’un d’eux m’a frappé. En essayant de fuir, il m’a rattrapé et m’a donné un coup au visage. J’ai perdu plusieurs dents », raconte-t-il.
Il a quitté la ville de nuit avec sa fille, marchant dix jours avant d’atteindre un lieu sûr. Réfugié en Égypte, il partage aujourd’hui un appartement avec une dizaine d’autres Soudanais et dit ne pas avoir les moyens de se soigner. « À el-Fasher, il y avait la famine, il y avait la mort », résume-t-il.
Mustafa Khater, 28 ans, lui aussi employé d’une cuisine solidaire, a fui quelques jours avant la chute de la ville, avec son épouse enceinte, après 18 mois de siège. Il décrit une sécurité assurée tant bien que mal par l’armée et par des groupes d’autodéfense de quartier, organisant des tours de garde pour repousser les attaques des FSR.
Un financement insuffisant
Malgré les risques, de nombreuses cuisines continuent de fonctionner. Elles constituent non seulement un point d’approvisionnement, mais aussi un lieu de soutien et de solidarité pour des familles arrivées sans rien.
« Les déplacés d’el-Fasher et de l’ouest du Soudan que j’ai rencontrés à Khartoum dépendaient entièrement des cuisines », souligne Zia Salik, directeur par intérim d’Islamic Relief UK.
Il alerte toutefois sur l’insuffisance des financements internationaux, très en deçà des besoins humanitaires croissants dans un pays ravagé par la guerre.
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