Nigéria
À l’approche de l’élection présidentielle de janvier, les autorités nigérianes veulent rassurer sur leur capacité à sécuriser le scrutin, alors que le pays traverse une grave crise sécuritaire. Dans un entretien à l’AFP, l’inspecteur général de la police, Olatunji Disu, a promis un vote « sûr et sécurisé », malgré l’intensification des violences dans plusieurs régions.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique avec environ 240 millions d’habitants, fait face à diverses menaces : insurrection jihadiste dans le Nord-Est, groupes armés et enlèvements dans le Nord-Ouest et le centre, violences séparatistes et conflits entre agriculteurs et éleveurs. Selon l’ONG Acled, le pays connaît actuellement sa période la plus violente depuis près de trois décennies.
« Nous savons où nous devons nous attendre à des actes de banditisme. Nous connaissons les foyers d’insurrection », a affirmé M. Disu, qui a pris la tête de la police en mars. Il a néanmoins reconnu la gravité de la situation : « Nous perdons des policiers tous les jours. »
Renforcer les effectifs et miser sur la technologie
La police fédérale entend porter ses effectifs de 300 000 à 350 000 agents, alors que les forces de sécurité peinent à contrôler un territoire immense, notamment dans les zones rurales. L’insuffisance des infrastructures routières, le manque de moyens et la défiance d'une partie de la population, nourrie par des décennies d'accusations de corruption et de violences policières, compliquent encore leur mission.
Les jihadistes ont notamment multiplié les attaques contre les forces de sécurité dans le Nord-Est, ciblant des bases militaires et des postes de police. Dans le Nord-Ouest et le centre, des gangs armés, communément appelés « bandits », enlèvent des habitants, pillent des villages, volent du bétail et imposent des prélèvements aux agriculteurs, tout en participant à l’exploitation minière illégale.
Face à cette situation, la police veut accélérer sa modernisation. Une équipe de 25 agents est actuellement formée à l’utilisation de drones et les autorités disent recourir à l’intelligence artificielle pour analyser les données et mieux anticiper les évolutions de la criminalité. Des formations spécifiques sont également prévues pour préparer les forces de l’ordre au scrutin de janvier.
La police d’État au cœur de la réforme
Le président Bola Tinubu, candidat à sa réélection, défend parallèlement une réforme en profondeur du système sécuritaire. Un projet de loi examiné par les législateurs prévoit d’autoriser chacun des 36 États du Nigeria à créer sa propre force de police.
Ses partisans y voient un moyen de rapprocher les forces de sécurité des populations et d'améliorer leur réactivité grâce à une meilleure connaissance du terrain. Olatunji Disu soutient ouvertement cette réforme, affirmant avoir participé à l’élaboration de son cadre.
Ses détracteurs redoutent toutefois que les forces de police régionales ne deviennent des instruments aux mains de gouverneurs puissants, dans un pays où les périodes électorales ont régulièrement été marquées par des violences politiques et ethniques.
Le chef de la police assure que la réforme comportera des garde-fous. La police fédérale ne serait pas supprimée et conserverait un rôle de supervision, tandis que la formation des agents serait harmonisée à l’échelle nationale. « Si des événements indésirables devaient se produire au sein de la police d'État, des mesures ont été mises en place pour y remédier immédiatement », a-t-il assuré.
À quelques mois du scrutin, l’enjeu sera donc double pour les autorités : garantir l’accès aux urnes dans les régions les plus exposées aux violences et restaurer la confiance d’une population confrontée depuis des années à une insécurité persistante.
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