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Sénégal : les familles des martyrs s’opposent au soutien de Macky Sall pour diriger l’ONU

Macky Sall, à l'Assemblée générale des Nations unies, le 19 septembre 2023, au siège de l'ONU.   -  
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Sénégal

La candidature de Macky Sall à la direction des Nations unies divise profondément au Sénégal. Quelques jours après l’annonce officielle de son entrée dans la course au poste de secrétaire général de l’ONU, l’ancien chef de l’État est revenu à Dakar pour rencontrer le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Une visite qui a provoqué la colère des collectifs représentant les familles des victimes des violences politiques survenues sous son régime.

Nommé candidat par le Burundi, qui assure actuellement la présidence de l’Union africaine, Macky Sall cherche à faire valoir son expérience internationale, notamment son passage à la tête de l’organisation panafricaine entre février 2022 et février 2023. Selon son entourage, sa démarche vise à porter la voix du continent africain dans les grandes institutions internationales.

Mais au Sénégal, cette ambition se heurte aux accusations portées par le pouvoir actuel et plusieurs organisations de défense des victimes. Les autorités issues de l’alternance politique de 2024 reprochent à l’ancien gouvernement d’avoir réprimé les mobilisations de l’opposition entre 2021 et 2024, des manifestations qui ont fait plusieurs dizaines de morts selon les organisations concernées.

Pour Mouhamed Fadel Bodian, membre du collectif des familles des martyrs, la rencontre entre Macky Sall et le président sénégalais constitue un signal préoccupant.

« Nous sommes tout aussi préoccupés par l’audience que le président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye a accordée à l’ancien président Macky Sall au sujet de sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations unies. Nous estimons que Monsieur Macky Sall n’est pas un bon candidat pour recevoir le soutien du Sénégal », affirme-t-il.

Boubacar Sèye, président de l’Association des familles des martyrs, rappelle de son côté le lourd bilan humain associé aux dernières années du pouvoir Sall.

« Pour nous, il s’agit avant tout du retour d’un homme dont le passage à la tête de l’État reste associé à l’une des périodes les plus douloureuses de notre histoire récente. Des dizaines de personnes ont perdu la vie lors des manifestations politiques », déclare-t-il.

La contestation est également portée par Guy Marius Sagna, député de la majorité présidentielle issue du parti Pastef, qui dénonce avec virulence la visite de l’ancien président.

« Cette visite est un troisième assassinat, une troisième torture, un troisième emprisonnement pour toutes les victimes entre 2021 et 2024 », accuse-t-il, estimant que ces dernières ont « contribué de leur vie » à préserver la démocratie sénégalaise.

Au-delà de la polémique nationale, la candidature de Macky Sall s’inscrit dans une compétition internationale déjà engagée pour la succession d’António Guterres, dont le mandat prendra fin en décembre 2026. Deux autres candidatures ont officiellement été enregistrées : celle de l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et celle du diplomate argentin Rafael Grossi, actuel directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique.

Le Costa Rica a également proposé la candidature de son ancienne vice-présidente Rebeca Grynspan, mais sa lettre officielle n’a pas encore été déposée auprès des Nations unies. Plusieurs États militent par ailleurs pour une évolution historique : la désignation de la première femme secrétaire générale de l’ONU.

Le Conseil de sécurité doit lancer l’examen formel des candidatures avant la fin du mois de juillet. Sa recommandation sera ensuite transmise à l’Assemblée générale, seule habilitée à élire le secrétaire général pour un mandat de cinq ans, renouvelable une fois.

Pour Macky Sall, l’enjeu dépasse donc une simple bataille diplomatique : sa candidature à la tête de l’ONU se joue aussi sur le terrain de la mémoire et de la réconciliation nationale au Sénégal.

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