République démocratique du Congo
En visite de travail à Kinshasa, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a affiché, aux côtés de son homologue congolais Félix Tshisekedi, un front commun contre l'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo. Les deux chefs d'État ont appelé la communauté internationale à privilégier la solidarité plutôt que l'isolement, alors que le bilan humain continue de s'alourdir et que la riposte est confrontée à des défis sanitaires, sécuritaires et sociaux.
La République démocratique du Congo intensifie sa mobilisation contre l'épidémie d'Ebola, dont le bilan dépasse désormais les 400 morts. En visite officielle à Kinshasa jeudi, le président sud-africain Cyril Ramaphosa a réaffirmé le soutien de son pays à la RDC et appelé la communauté internationale à éviter toute mesure d'isolement susceptible d'aggraver les conséquences économiques et sociales de la crise.
« Je lance un appel aux pays du monde à la solidarité, à ne pas fermer leurs frontières aux populations de la RDC. Fermer les frontières n'est pas une bonne façon de traiter cette situation », a déclaré le chef de l'État sud-africain, estimant qu'une réponse africaine coordonnée constitue le meilleur levier pour endiguer la propagation du virus. Il a également présenté, au nom du peuple sud-africain, ses condoléances aux familles endeuillées et exprimé sa solidarité envers les personnes touchées par cette nouvelle flambée épidémique.
À ses côtés, le président Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité d'une action collective. « Les épidémies ne connaissent pas de frontières », a-t-il rappelé, estimant que seule une solidarité africaine fondée sur une responsabilité partagée permettra de protéger les populations, de renforcer les systèmes de santé et de consolider la paix sur le continent.
Le chef de l'État congolais a salué la présence de son homologue sud-africain, qu'il considère comme le symbole de l'excellence des relations entre les deux pays et de leur volonté commune de bâtir une Afrique « plus souveraine, plus résiliente et plus prospère ». Il a également exprimé la gratitude de la RDC envers les partenaires internationaux engagés dans la riposte, notamment les États-Unis, la Chine, l'Afrique du Sud, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), l'UNICEF, Africa CDC ainsi que les organisations humanitaires déployées sur le terrain.
Le gouvernement congolais affirme avoir mobilisé une enveloppe exceptionnelle de 50 millions de dollars destinée à renforcer la réponse nationale. Ces fonds doivent financer le déploiement des équipes médicales, le renforcement des capacités des laboratoires, l'acquisition de matériel médical, la surveillance aux points d'entrée, la prise en charge des malades, la protection des personnels de santé, le suivi des cas contacts ainsi que les campagnes de sensibilisation des communautés.
Selon le dernier rapport de l'Institut national de santé publique (INSP), l'épidémie, déclarée le 15 mai, a déjà fait 438 morts parmi 1 406 cas confirmés, soit un taux de létalité supérieur à 31 %. Plus de 83 % des décès ont été enregistrés dans la province de l'Ituri, épicentre de la flambée.
Le virus poursuit toutefois sa progression. Après les provinces de l'Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, un premier cas a été confirmé à Kisangani, dans la province de la Tshopo, où le corps d'une femme enceinte décédée d'Ebola a été transporté clandestinement depuis la zone sanitaire de Nia Nia. Les autorités sanitaires ont également signalé un cas importé dans le Haut-Uele, où une personne infectée est actuellement recherchée.
La riposte demeure confrontée à une forte méfiance d'une partie de la population. À Nia Nia, un centre de traitement Ebola a été incendié mercredi après une contestation autour de deux inhumations sécurisées. Sept patients suspects se sont enfuis du centre, tandis que deux corps potentiellement contaminés ont été emportés par des manifestants, faisant craindre une accélération de la transmission. Les violences ont également coûté la vie à un policier et fait plusieurs blessés.
Face à ces difficultés, l'Organisation mondiale de la Santé a annoncé le lancement d'un essai clinique portant sur deux traitements expérimentaux, l'anticorps monoclonal MBP134 et l'antiviral remdesivir. Aucun vaccin ni traitement spécifique n'existe à ce stade contre la souche Bundibugyo, responsable de cette dix-septième épidémie d'Ebola en RDC. Malgré cette situation, Cyril Ramaphosa s'est dit optimiste, espérant que les recherches en cours permettront de disposer d'un vaccin contre ce variant avant la fin de l'année.
Au-delà des questions sanitaires, les deux présidents ont également évoqué la protection des ressortissants étrangers vivant en Afrique du Sud, après plusieurs actes de xénophobie ayant visé des migrants, dont des Congolais. Cyril Ramaphosa a assuré que son gouvernement demeurait attaché au respect des droits humains et à la protection de toutes les personnes vivant sur le territoire sud-africain, indépendamment de leur nationalité ou de leur statut administratif.
Félix Tshisekedi a enfin élargi son propos aux enjeux économiques du continent, appelant les États africains à faire de leurs ressources naturelles un moteur de souveraineté économique, de transformation industrielle et de prospérité partagée, plutôt qu'un facteur de conflits et d'instabilité.
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