Industries du tabac
Des rangées de plants de tabac vert s'étendaient jusqu'à la brousse dans un vaste champ où cette culture a retrouvé des niveaux records au Zimbabwe, grâce notamment aux petits exploitants sous contrat avec des entreprises chinoises.
Plusieurs dizaines de futurs producteurs de tabac ont examiné les larges feuilles lors d'une journée de formation sur le terrain consacrée à la culture de cette plante, dont le Zimbabwe est le premier producteur en Afrique.
Parmi eux figurait Read Sola, 64 ans, l'un des quelque 300 agriculteurs qui cultivent aujourd'hui du tabac dans la région du Matabeleland du Sud, qui n'est traditionnellement pas une région productrice de tabac.
« Le maïs n'était pas rentable car il était sujet aux maladies », a déclaré M. Sola à l'AFP, en espérant une « récolte fructueuse » pour sa nouvelle entreprise.
Cet homme corpulent vêtu d'une salopette bleue travaille pour Atlas Agri, une entreprise basée aux Émirats arabes unis qui figure parmi les plus importantes des 44 négociants et sous-traitants enregistrés dans ce pays d'Afrique australe.
Selon l'Office du tabac, environ 95 % des plus de 127 000 producteurs de tabac enregistrés au Zimbabwe sont des petits exploitants sous contrat, qui représentent 85 % de la production totale.
La plupart sont sous contrat avec des entreprises chinoises, selon un modèle qui a propulsé la production de tabac du Zimbabwe à des niveaux records, malgré les inquiétudes liées à l'endettement et à la déforestation.
Selon le conseil d'administration, la production est passée de 306 000 tonnes en 2024 à 355 000 tonnes en 2025.
Une récolte de plus de 360 000 tonnes est attendue cette année, suite à une augmentation de 15 % de la superficie cultivée, a déclaré un responsable à l'AFP.
Il s'agit d'un revirement spectaculaire pour un secteur qui avait chuté à 48 000 tonnes en 2008, à la suite d'un programme gouvernemental de réforme agraire mal mené qui avait conduit à la saisie de centaines d'exploitations agricoles commerciales.
Le piège de l'endettement
Dans le cadre de ce modèle contractuel, les acheteurs fournissent à crédit des semences, des engrais et d'autres intrants, et s'engagent à acheter la récolte à un prix fixe.
L'agriculteur Davis Tembo, âgé de 50 ans, a déclaré à l'AFP que son contrat avec une entreprise chinoise lui avait apporté des résultats mitigés : d'un côté, des revenus lui permettant d'acheter une parcelle plus grande, mais de l'autre, une dépendance écrasante vis-à-vis de son contractant.
Il a cultivé du tabac à son compte pendant quatre ans, mais a rejoint le programme en 2015 car il n'avait pas les moyens de planter une nouvelle récolte.
Bien que son fournisseur veille à ce que les intrants soient livrés à temps, les aléas climatiques l'empêchent de toujours atteindre le rendement escompté, ce qui le plonge dans le rouge.
« Les agriculteurs sont contraints de retourner aux champs et de s'en tenir à l'agriculture sous contrat, dans l'espoir d'arriver un jour à équilibrer leurs comptes », a déclaré M. Tembo à l'AFP.
Comme la plupart des petits exploitants ne possèdent pas de titres de propriété sur leurs terres, ils ne peuvent pas accéder au crédit bancaire, dont les taux d'intérêt sont, selon des experts du secteur, plus de deux fois supérieurs aux 15 % proposés par les entrepreneurs.
Malgré ces attraits, la rentabilité reste difficile à atteindre, a déclaré George Seremwe, président de l'Association des producteurs de tabac du Zimbabwe.
« Il y a les frais d'assurance, les frais de location et toutes sortes d'autres charges qui rendent la production non viable », a-t-il déclaré à l'AFP, réitérant ses accusations selon lesquelles les sous-traitants s'entendent pour maintenir les prix bas et « léser » les producteurs.
« Les agriculteurs sont réduits au statut de simples ouvriers au service des entreprises sous-traitantes, et bon nombre d'entre eux se retrouvent pris au piège de l'endettement », a-t-il déclaré.
Se tourner vers l'Afrique
Tout comme dans le secteur minier très lucratif du Zimbabwe, les entreprises chinoises dominent la production de tabac, ce qui leur vaut d'être critiquées pour leur quasi-monopole, qui contribue à la stagnation des prix.
« Les entreprises chinoises représentent 60 % de la production nationale en valeur, ce qui correspond à 30 à 40 % en volume », a déclaré à l'AFP Emmanuel Matsvaire, directeur général de l'Office du tabac.
Ils achèteront environ 10 000 tonnes de moins cette saison, a-t-il déclaré, reconnaissant la nécessité de « réduire le risque de surexposition au marché chinois ».
Le Zimbabwe exporte également vers une soixantaine d'autres marchés, a déclaré M. Matsvaire, confirmant ainsi le projet du géant américain du tabac Philip Morris International de reprendre ses activités dans le pays après plusieurs décennies d'absence.
Des détracteurs tels que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) affirment que les fabricants de tabac délocalisent leur production vers l'Afrique, privant ainsi la production alimentaire de terres arables et contribuant à la déforestation.
Entre 2005 et 2020, la superficie consacrée à la culture du tabac a diminué de 15,8 % à l'échelle mondiale, mais a augmenté de 19,8 % en Afrique, a indiqué l'OMS, qui milite en faveur d'exploitations agricoles sans tabac.
Les chiffres de 2020 montrent que le Zimbabwe était le premier producteur de feuilles de tabac d'Afrique, représentant un tiers de la production du continent.
Le pays entend augmenter sa production dans les années à venir et tripler la valeur ajoutée nationale du tabac, notamment dans la production de cigarettes, qui s'élève actuellement à 11 %, a déclaré le ministre des Finances, Mthuli Ncube, lors du lancement, en mars, de la nouvelle saison de commercialisation.
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