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Au Kenya, le recours croissant aux pleureurs professionnels

Un cortège funèbre en hommage à l'ancien Premier ministre kenyan Raila Odinga, à Nairobi, au Kenya, le 16 octobre 2025   -  
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AP Photo

Kenya

Dans l’ouest du Kenya, à Rabuor, près de Kisumu, les cérémonies funéraires font de plus en plus appel à des pleureurs professionnels. Présents lors des processions, ils ne se limitent pas aux lamentations : ils proposent également des services d’organisation, allant de l’installation des tentes à la restauration, participant ainsi à une véritable économie des obsèques.

« Il arrive qu’une personne n’ait pas de famille mais dispose de moyens financiers. Elle a besoin de quelqu’un pour lui tenir compagnie et accompagner le défunt afin de lui offrir des funérailles dignes. À un moment donné, elle devra faire appel à des pleureurs professionnels : c’est là que nous intervenons », explique Francis Oyoo.

Dans la communauté luo, cette présence extérieure au cercle familial s’inscrit dans une lecture spirituelle du deuil. « Dans notre culture luo, nous croyons que si un défunt n’a pas droit à des adieux dignes, son esprit peut rester parmi nous et hanter les vivants, y compris les enfants ou les membres de la famille. Des funérailles appropriées permettent, au contraire, d’apaiser son esprit et de le rendre heureux », confie Georgina Achieng.

Au-delà de sa dimension commerciale, la pratique repose aussi sur un apprentissage émotionnel particulier. Les pleureurs mobilisent une empathie construite, fondée sur l’identification au défunt.

« Nous n’avons pas besoin d’être de la famille du défunt. Il suffit de savoir qu’un être humain est mort pour commencer à pleurer. Nous imaginons alors qu’il s’agit de l’un de nos proches. C’est ainsi que nous pouvons pleurer quelqu’un avec qui nous n’avons aucun lien », explique Willis Omondi.

À l’Université de Nairobi, les chercheurs observent que ces pratiques s’inscrivent dans un contexte de transformation profonde des structures familiales. Dans les grandes villes, les réseaux de solidarité se réduisent, laissant parfois les défunts avec moins de proches pour les accompagner.

« L’urbanisation a transformé les rôles traditionnels. Autrefois, les réseaux familiaux incluaient de nombreux parents liés par le sang ou par alliance. Aujourd’hui, ces liens se sont nettement réduits. Les familles nucléaires sont devenues la norme. Dans les centres urbains, lorsqu’une personne meurt, il arrive qu’elle ait moins de proches pour l’entourer », explique le professeur d’anthropologie Owuor Olunga.

Au terme de la cérémonie, le cercueil est mis en terre. Pour les familles, c’est un ultime adieu. Pour les pleureurs, une journée de travail ordinaire, au sein d’une économie du deuil informelle mais florissante.

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