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AES : au Niger, la région de Tillabéri gangrenée par le djihadisme

AES : au Niger, la région de Tillabéri gangrenée par le djihadisme
Des gendarmes nigériens assurent la sécurité à Niamey, au Niger, le samedi 29 juillet 2023.   -  
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AP Photo

Niger

En moins d’une décennie, la région de Tillabéri, à l’ouest du Niger, est devenue la ligne de front sanglante d’un conflit opposant le pays et ses voisins à des jihadistes alliés à Al-Qaïda ou au groupe État islamique.

Située à cheval sur les zones frontalières poreuses entre le Niger et ses alliés également touchés par l’instabilité, le Mali et le Burkina Faso, la région est devenue un endroit où les jihadistes "tuent, pillent et rançonnent", a déclaré à l’AFP Amadou Arouna Maiga, coordinateur de l’"Union de Tillabéri pour la paix et la sécurité".

Malgré son arrivée au pouvoir lors d’un coup d’État en 2023 avec la promesse d’endiguer la violence, la junte militaire nigérienne peine à contenir les jihadistes de l’État islamique et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), la branche d’Al-Qaïda dans la région du Sahel.

Des années après l’arrivée des jihadistes dans la région en 2017, la vaste zone de Tillabéri est même devenue en 2025 la partie la plus meurtrière du Sahel central pour les civils, selon l’observatoire des conflits ACLED.

Cela en fait la région la plus mortelle d’une partie du monde que le Global Terrorism Index a qualifiée d’"épicentre mondial du terrorisme" pendant deux années consécutives. "La situation reste très grave… Les écoles et les centres de santé sont fermés, et les marchés ne sont plus animés", a déploré Maiga.

Près de 1 300 morts l’an dernier

Sur les 1 939 décès enregistrés au Niger l’année dernière par ACLED, la région de Tillabéri en a compté près de 1 300. La moitié des morts résulte d’affrontements entre groupes jihadistes et forces nigériennes, tandis que l’autre moitié provient de violences visant des civils, a expliqué à l’AFP l’analyste d’ACLED Heni Nsaibia.

Parmi les attaques les plus meurtrières : une attaque contre une cérémonie de baptême qui a fait 22 civils morts, une autre ayant tué 71 personnes lors d’un prêche musulman, et une attaque contre une mosquée qui a fait 44 morts.

Trente-quatre soldats ont également perdu la vie dans une autre attaque, tandis que deux maires ont été assassinés.

Si ACLED attribue la majorité des violences aux jihadistes, l’organisme a aussi pointé du doigt l’armée nigérienne dans certains cas de violences contre des civils. Pour se protéger, de nombreux habitants ont mis en place des milices d’autodéfense.

Mais ces combattants volontaires, mal entraînés et moins bien armés, sont souvent tombés sous les coups des jihadistes mieux équipés. Au moins 25 membres d’une milice civile ont été tués près du Mali lors d’une attaque à la fin du mois de février.

"Exécutés en public"

L’explosion des troubles à Tillabéri s’explique par sa position stratégique au carrefour du Niger, du Mali et du Burkina Faso, où les jihadistes circulent également librement, a expliqué Nsaibia. Bien qu’animée de bonnes intentions, la multiplication des milices locales "a aussi intensifié les tensions communautaires et les rivalités locales", a-t-il ajouté.

D’autres facteurs — notamment les contre-offensives de l’armée nigérienne, la rivalité sanglante entre les jihadistes de l’État islamique et le JNIM, ainsi que l’expansion de ce dernier vers le sud en direction de la capitale Niamey — ont également contribué à ce cocktail meurtrier, a ajouté le chercheur.

"Les terroristes ciblent les symboles de l’État, brûlent et pillent les écoles et les centres de santé, et persécutent ou assassinent même des fonctionnaires et des dirigeants locaux", a déclaré une infirmière de la région, qui a confié à l’AFP avoir fui vers la capitale Niamey après avoir reçu des "menaces de mort".

Plusieurs responsables politiques ainsi que des dirigeants religieux ou traditionnels ont également quitté Tillabéri. "Les personnes obstinées et celles soupçonnées de collaborer avec l’armée sont fouettées ou exécutées en public", a ajouté l’infirmière.

"Pas de travail, pas d’argent"

Les habitants vivant dans les fiefs jihadistes sont contraints de payer un tribut et d’accepter les décisions de tribunaux improvisés appliquant la loi islamique, selon un responsable local de Makalondi, près du Burkina Faso.

L’insécurité règne également sur les principales routes de la région, où les transports se font souvent sous forte escorte militaire, a-t-il ajouté.

L’armée estime aussi que les "dizaines de sites d’orpaillage illégaux" répartis sur les 100 000 kilomètres carrés de la région constituent une source importante de revenus pour les groupes jihadistes, leur permettant d’acheter des armes et de payer leurs combattants.

En outre, l’économie de la région s’est effondrée à cause des mesures anti-jihadistes imposées par les autorités : état d’urgence, interdiction de circuler à moto — moyen de transport privilégié par les combattants — et fermeture de nombreux marchés et stations-service.

"Pas de travail, pas d’argent, la vie est très dure", s’est plaint un chauffeur de taxi à Téra, une ville de Tillabéri.

Nsaibia craint un avenir où les violences contre les civils se poursuivraient, où les milices locales continueraient de se multiplier et où les jihadistes poursuivraient leur progression vers le sud depuis Tillabéri.

Si cela devait se produire, "il est peu probable que Tillabéri connaisse une réduction significative de la violence en 2026", a prédit le chercheur.

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