Interview
Sujet brûlant de ces derniers jours au Gabon, la suspension jusqu’à nouvel ordre des réseaux sociaux.
Une décision de la Haute Autorité de la Communication annoncée brutalement diront certains, en tout cas sans préavis dans la soirée du mardi 17 février. La mesure est déjà entrée en vigueur sur l’ensemble du territoire et quelques 2,5 millions de Gabonais se retrouvent privés de Facebook, Instagram ou encore Tiktok. Motif invoqué : ces réseaux serviraient de plateforme à la diffusion de propos portant «atteinte à la cohésion sociale, à la stabilité des institutions de la République et à la sécurité nationale ». On en parle avec Marie-Noëlle ADA MEYO, Conseillère spéciale et Porte-Parole Adjointe du Président de la République du Gabon. Une interview réalisée par Bridget Ugwe, cheffe d'Edition Africanews.
Vous comprendrez que cette mesure puisse être difficile à digérer pour les gabonais. Est-ce que vous ne la jugez pas un peu extrême, surtout venant d'un gouvernement qui se prône plus ouvert et plus transparent?
Déjà il est important de repréciser les choses, la Haute Autorité de la Communication qui est un organe indépendant a pour mission de légiférer la communication audiovisuelle, cinématographique, écrite et numérique au Gabon, donc c'est cet organe indépendant qui a pris l'initiative de la suspension des plateformes numériques sur l'ensemble du territoire gabonais. Cette décision a été clairement communiquée au vu et au su de tous et elle repose sur certains arguments évoqués justement lors de ce communiqué par la Haute Autorité de la Communication audiovisuelle, évoquant notamment des vidéos à caractère parfois haineux, injurieux, diffamatoire, inapproprié et portant atteinte aux institutions de la République gabonaise.
La décision vient effectivement de la Haute Autorité de la Communication, mais en tant que gouvernement, c'est une décision que vous approuvez?
En tant que gouvernement, ce que je dirais, c'est que cette mesure est peut-être l'occasion pour les instances gabonaises de s'asseoir et de repenser à comment gérer les médias numériques au Gabon. Je pense que ce sont des actions qui avaient déjà été envisagées par le passé et cette décision de la Haute Autorité de la Communication fait sens et doit permettre à chacun de se poser les bonnes questions. Comment aujourd'hui au Gabon veut-on que les réseaux sociaux soient impliqués dans notre quotidien? Quelle image on veut donner à travers l'utilisation des réseaux? Et c'est peut-être l'occasion, comme je l'ai dit tout à l'heure, de voir dans quelle mesure implanter des mécanismes qui vont permettre de légiférer, de cadrer l'utilisation du numérique au Gabon.
Est-ce qu'il n'y avait pas un moyen moins radical de réguler ces communications sur les réseaux sociaux? Est- ce que vous ne craignez pas, comme certains l'ont déjà mentionné, un recul des libertés, notamment celui de la liberté d'expression, à travers cette mesure?
Alors, déjà, il est important de préciser qu'il s'agit d'une mesure exceptionnelle et temporaire. Oui, l'urgence fait que la mesure a été prise, mais l'idée derrière l'action de la Haute Autorité de la Communication n'est pas de comprimer la liberté d'expression des gabonais. Au contraire, c'est un droit fondamental auquel les institutions gabonaises s'alignent. On est bien d'accord là-dessus. Seulement ce droit fondamental ne doit pas mettre à mal... Les lois en vigueur en République gabonaise.
Comme dans de nombreux pays africains , de nombreux entrepreneurs s'appuient sur ces réseaux pour développer ce qu'on appelle une économie informelle pour développer leurs initiatives entrepreneuriales. Comment est-ce que vous évaluez l'impact économique de cette mesure et est- ce que le gouvernement aurait prévu des mesures d'accompagnement ou de soutien à ces entrepreneurs?
Cette mesure de suspension, je le rappelle, temporaire et exceptionnelle, ne met pas à mal l'économie gabonaise qui, elle, continue de fonctionner normalement. Les opérations bancaires continuent de fonctionner normalement, les activités financières continuent de fonctionner normalement... Il faut retenir une chose. Ce qui est important pour le climat des affaires dans un pays, c'est la cohésion sociale. Et si cette cohésion sociale se voit bafouée, cela pourrait entraîner plusieurs dysfonctionnements qui, in fine, ne vont pas être certainement salutaires pour l'économie du pays. Et donc, encore une fois, cette décision est temporaire. Et au moment venu, la Haute Autorité de laCommunication à l'initiative de cette suspension donnera effectivement les arguments qui siéent et qui permettront, in fine, de mieux encadrer ce secteur.
C'est une décision qui intervient dans un contexte social assez tendu. Depuis la fin de l'année 2025, il y a ce mouvement des enseignants qui commence aussi à se diffuser à d'autres secteurs clés comme celui de la santé, de l'enseignement supérieur. Que répondez-vous à ceux qui voient derrière cette mesure, peut-être en filigrane, la volonté d'éteindre des velléités de soulèvement populaire?
Répondre aux spéculations n'est pas l'idée, l'enjeu ne se situe pas à ce niveau. Il me semble que les éléments avancés par la Haute Autorité de la Communication ont été assez clairs. Et pour rester sur la crise au sein de l'Education nationale, je puis vous assurer qu'aujourd'hui, la quasi-totalité des établissements ont rouvert leurs portes aux enfants, aussi bien aux enfants que aux enseignants. Et dès les premières heures de la crise, les autorités gabonaises en tête desquelles le chef de l'État ont tout de suite initié un dialogue national et qui, in fine, a entraîné des réformes prises. Aujourd'hui, à date concernant ce secteur, on parle de 1 000 postes budgétaires mis à disposition en 2023 et dans le projet de loi de finances de 2026, on parle 4 000 postes budgétaires ajoutés aux autres actions qui ont été entreprises pour répondre favorablement aux revendications des enseignants qui sont tout à fait légitimes mais qui ne tirent pas leur origine d'aujourd'hui, malheureusement.
Vous parlez d'une mesure exceptionnelle, est-ce que vous avez une idée de combien de temps elle pourrait durer ?
Non, pour le moment non, mais il me semble qu'au moment opportun, la Haute Autorité de la Communication y apportera des réponses concrètes et qui vont permettre à tous d'être au fait de ce qui doit être fait à court, moyen et sur le long terme pour le bien de notre cohésion sociale.
Sur un autre registre, le Gabon attend une mission de 10 jours du FMI, le Fonds Monétaire International, la semaine prochaine. Alors que votre gouvernement cherche à rassurer partenaires et investisseurs, est-ce que cette décision ne risque pas d'envoyer un signal négatif?
Alors déjà il est important de signaler que l'arrivée, le recours du Gabon au Fonds Monétaire International est une posture clairement assumée par le Gabon et l'idée derrière est de mettre en place un programme de croissance économique qui a été fait par les Gabonais, pour les Gabonais, dans l'intérêt des Gabonais avec l'appui du FMI. Et ce programme de croissance Economique vise pratiquement trois objectifs bien spécifiques, notamment restaurer les finances publiques du Gabon, rassurer les partenaires, les investisseurs et restaurer la crédibilité des finances publiques au Gabon. Donc, non, il ne s'agit pas d'une mesure restrictive ou autre. La présence du FMI au Gabon permettra aux autorités gabonaises de mieux gérer leurs ressources et de mieux anticiper sur les éventuelles dépenses qui peuvent être faites et mettre en place un cadre de fonctionnement pour l'intérêt économique du Gabon.
En parlant de la gestion des ressources budgétaires, la dette du Gabon a été estimée au mois d'octobre dernier à 8 600 milliards de francs en CFA. Quelles sont les mesures budgétaires que les autorités gabonaises vont mettre en place pour stopper cette escalade de la dette? Et surtout, comment comptez-vous concilier cette discipline budgétaire avec l'urgence sociale actuelle?
Je viens de vous répondre en vous évoquant notamment la présence du FMI au Gabon, qui est déjà une des mesures prises et assumées par les autorités gabonaises, mais il est important avant de poursuivre ma réponse, d'évoquer les raisons de cette dette. Vous savez, le pays a hérité d'une dette importante et qui s'est accumulée au cours des années, mais on peut également évoquer les chocs externes que le Gabon ne peut malheureusement contrôler. On peut évoquer les tensions de trésorerie. On peut évoquer les arriérés qui se sont accumulés au fil des années et on peut évoquer effectivement la gestion budgétaire des dépenses publiques constatée depuis de nombreuses années. Il est vrai qu'aujourd'hui l'heure n'est plus à désigner un responsable. Aujourd'hui, les autorités gabonaises mettent l'accent sur la nouvelle méthodologie de gestion de dette et c'est ce qui est fait notamment avec la venue du FMI, avec l'audit au sein des finances publiques gabonaises, avec la réorientation des recettes et des dépenses publiques pour une meilleure gestion financière, une meilleures gestion financière rigoureuse, transparente et mieux distribuée.
Vous avez parlé de l'héritage des gouvernements passés. Il est vrai que le gouvernement du président Oligui Nguema se pose comme un gouvernement de rupture. Le Gabon est engagé dans ce processus de refondation institutionnelle. Est-ce que la société civile et l'opposition, d'après vous, ont été assez impliqués dans ce processus ?
Lorsque le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, est arrivé à la tête du pays, il n'a épargné aucune couche de la société. Au contraire, il a mis à contribution toutes les couches de la société. Lors de la mise en place du Comité pour la transition et la restauration des institutions, s'en est suivi un chronogramme qui a été respecté à la lettre, un dialogue national inclusif, il me semble que vous en souvenez, vous suivez l'actualité gabonaise, un référendum qui a mis à contribution l'ensemble des gabonais. Par ailleurs l'élection présidentielle, les élections législatives et locales et aujourd'hui le retour définitif à l'ordre constitutionnel avec les institutions phares du pays. Donc il me semble que toutes les couches de la société ont été appelées à contribuer à construire ensemble un nouveau Gabon plus fort, plus dynamique et plus souverain.
Le mot de la fin, quel message souhaiteriez-vous faire passer aux gabonais qui nous regardent aujourd'hui?
Eh bien, je dirais aux Gabonais qui nous regardent aujourd'hui que les autorités gabonaises travaillent dans l'intérêt du pays, en tête desquelles le chef de l'État Brice Clotaire Oligui Nguema. Les autorité gabonaises travaillent pour que le Gabon puisse acquérir une souveraineté aussi bien économique, industrielle, alimentaire dans l'intérêt des Gabonais et pour tous. Il est vrai que certaines décisions peuvent paraître impopulaires, sinon radicales pour certains, mais il faut à un moment donné que le Gabon prenne des mesures disciplinaires, des mesures de rigueur pour redresser notre pays qui, ma foi, mérite beaucoup mieux.
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