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En Afrique du Sud, la xénophobie a brisé le rêve d’un entrepreneur ghanéen

Un pasteur tient une croix en bois lors d'une marche contre la xénophobie à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 17 juillet 2025   -  
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Ghana

Emmanuel Akuoko n’est pas rentré au Ghana les mains pleines, comme il l’avait promis à sa famille. Il est rentré avec ce sentiment amer d’avoir dû liquider, en quelques jours, plus de dix années de sa vie.

Lundi dernier, cet entrepreneur ghanéen a quitté l’Afrique du Sud à bord d’un vol de rapatriement organisé par les autorités de son pays. Il y avait bâti son existence après son arrivée en 2014, au terme d’un diplôme de mathématiques obtenu à l’université des sciences et technologies Kwame Nkrumah, au Ghana. Il avait suivi des collègues partis travailler en Afrique du Sud, attirés, comme lui, par les perspectives professionnelles et par les besoins annoncés du pays en enseignants de mathématiques.

Son parcours s’est pourtant progressivement fracassé contre les obstacles administratifs et la montée d’un climat hostile aux migrants africains.

En 2018, Emmanuel Akuoko dit avoir perdu son statut légal d’immigration alors même qu’il travaillait dans le secteur public de l’éducation. Privé de la possibilité de poursuivre son activité d’enseignant, il s’est reconverti dans la coiffure et a ouvert son propre salon. Il affirme que les autorités sud-africaines n’ont pas renouvelé les documents de résidence nécessaires à la poursuite de son séjour. Une situation qui, selon des témoignages recueillis auprès d’autres migrants, n’est pas isolée : plusieurs ressortissants nigérians ont notamment rapporté des difficultés prolongées à renouveler leurs titres de séjour, évoquant des blocages administratifs liés aux services d’immigration sud-africains.

Mais pour Emmanuel, la rupture ne s’est pas résumée à une affaire de papiers. Elle s’est installée dans la rue, dans les regards, dans les conversations ordinaires, jusqu’à atteindre les enfants.

C’est cette xénophobie du quotidien, moins spectaculaire qu’une agression mais d’autant plus insidieuse qu’elle devient une norme sociale, qui semble avoir achevé de le convaincre qu’il n’avait plus sa place en Afrique du Sud.

« Cela devenait de plus en plus fréquent : quand vous marchiez, un petit garçon pouvait simplement vous interpeller : “Quand est-ce que tu retournes dans ton pays ?” », raconte-t-il. Dans son quartier, explique-t-il, son identité d’étranger était devenue une étiquette indélébile. « Imaginez un petit garçon ou une petite fille qui vous demande : “Quand est-ce que tu retournes dans ton pays ?” Imaginez ce qui se passe lorsque cette mentalité atteint toute une communauté, et comment elle va alors vous traiter. »

La phrase, prononcée par un enfant, résume pour Emmanuel une violence qui dépasse largement les coups et les affrontements de rue. Elle signifie que le rejet n’est plus seulement porté par des groupes militants ou des manifestants : il s’inscrit dans les mentalités, se transmet, s’apprend et finit par sembler naturel.

Le traumatisme est également nourri par les images de violences qui circulent dans les communautés de migrants. Emmanuel raconte avoir parfois découvert, au réveil, des vidéos montrant des personnes qu’il connaissait rouées de coups, au point de ne plus être reconnaissables, dans des scènes accompagnées d’appels à quitter le pays.

« Imaginez-vous vous réveiller tôt le matin et découvrir une vidéo montrant quelqu’un que vous connaissez battu au point que vous ne pouvez même plus reconnaître son visage, couvert de sang. Tout cela au nom de : “Retournez dans votre pays”. »

À mesure que les campagnes hostiles aux immigrés se sont intensifiées, les membres de la communauté ghanéenne sont, selon lui, devenus des cibles de plus en plus visibles. La xénophobie n’était pas nouvelle en Afrique du Sud, mais Emmanuel estime que le climat s’est considérablement détérioré ces dernières années.

Les mouvements anti-immigration accusent régulièrement les étrangers de contribuer au chômage, à la criminalité et aux difficultés économiques du pays. Des manifestations ont notamment ciblé des immigrés africains venus en Afrique du Sud à la recherche d’un emploi et d’une vie meilleure. Le président Cyril Ramaphosa a, pour sa part, rejeté les accusations faisant des migrants les responsables des problèmes sociaux et économiques du pays.

Pour Emmanuel, cependant, le débat politique s’est traduit par une réalité beaucoup plus concrète : la peur de sortir, la conscience permanente d’être identifié comme étranger et la sensation que la violence pouvait surgir à tout moment.

Lorsqu’il a appris que le gouvernement ghanéen proposait à ses ressortissants de rentrer au pays, il a finalement décidé de partir. La décision a été prise dans l’urgence. Son salon de coiffure, fruit de son travail et de sa reconversion professionnelle, a été vendu environ 600 dollars, une somme très inférieure à la valeur qu’il lui attribuait. Il a également dû abandonner une église qu’il était en train de construire.

Il montre les traces d’une intrusion et les serrures brisées, témoins d’une autre scène qui aurait pu tourner au drame.

Derrière ces dégâts matériels, c’est surtout une promesse familiale qui s’est effondrée.

Emmanuel était parti pour réussir. Il voulait revenir au Ghana après avoir construit une situation suffisamment solide pour tenir la promesse faite aux siens. Son retour précipité ne ressemble donc en rien à celui qu’il avait imaginé.

« Cela me fait mal. Je n’avais rien prévu de tout cela. Ma femme et moi ne nous étions jamais assis pour nous dire : “Rentrons au Ghana.” Nous voulions revenir au Ghana après avoir réussi, comme nous l’avions promis à notre famille. »

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