Zimbabwe
Le drame continue de hanter les rives du lac Kariba. Deux jours après le naufrage d’un ferry gouvernemental, les autorités zimbabwéennes ont porté jeudi à 46 le nombre de morts, alors que plusieurs passagers pourraient encore être portés disparus. Au moins 77 personnes ont été secourues, selon l’unité de protection civile.
Lors d’une cérémonie commémorative organisée à Kariba, des dizaines de familles se sont rassemblées devant 44 cercueils, dans une atmosphère de profonde détresse. La police a indiqué que l’identité complète des victimes serait communiquée ultérieurement.
Le ferry assurait une liaison essentielle entre la ville de Kariba, les îles et les villages de pêcheurs disséminés sur cet immense plan d’eau qui marque la frontière entre le Zimbabwe et la Zambie. Le lac Kariba, situé à plus de 300 kilomètres au nord-est de Harare, est le plus vaste lac artificiel du monde par son volume. Pour les habitants des communautés rurales isolées, ces liaisons constituent un moyen de transport indispensable vers les marchés et les centres commerciaux.
Un navire surchargé pris dans la tempête
Le bâtiment était officiellement autorisé à embarquer 90 personnes, mais il transportait au moment de l’accident 114 adultes et cinq membres d’équipage, auxquels s’ajoutait un nombre indéterminé d’enfants. Des survivants ont raconté avoir demandé au capitaine de faire demi-tour lorsque l’eau a commencé à envahir le navire.
Chance Siyamavhu, 45 ans, a raconté avoir échappé au naufrage après qu’une vague eut déplacé le ferry renversé, permettant à plusieurs passagers de grimper sur sa coque. Depuis cette position, il a assisté impuissant aux tentatives de survie des autres occupants.
« La plupart des gens se sont précipités sur les gilets de sauvetage, mais beaucoup ne savaient même pas comment les utiliser », a-t-il expliqué. Plusieurs de ses proches, ainsi que son meilleur ami, ont péri dans le naufrage.
Anymore Chambati, qui travaillait comme agent de sécurité à bord, a également tenté de distribuer des gilets de sauvetage lorsque le ferry a commencé à sombrer. Il affirme n’avoir pu en remettre qu’une dizaine. Les vents violents ont ensuite provoqué l’inondation des moteurs, dont un seul a continué à fonctionner avant que le navire ne chavire.
Des familles toujours sans nouvelles
Dans les morgues, l’attente demeure particulièrement éprouvante pour les proches des disparus. Koto Duncan, dont plusieurs membres de la famille figuraient parmi les passagers, a indiqué que deux de ses proches avaient été retrouvés tandis que sept autres restaient introuvables.
Takemore Malunga, neveu d’une autre victime, a rapporté les dernières paroles échangées avec son oncle, One Mereki. Celui-ci avait expliqué à son frère jumeau qu’il s’était réfugié dans la cuisine du ferry, alors que l’eau pénétrait en quantité dans le bâtiment. Il avait également emporté avec lui des photographies de son grand-père et de lui-même lorsqu’il était enfant.
Le naufrage a aussi durement frappé les commerçants qui empruntaient régulièrement cette liaison. Norah Chadenga, 56 ans, était venue de Harare avec sa belle-sœur pour acheter du poisson destiné à la revente. Elle avait encouragé cette dernière à se lancer dans cette activité afin de réunir de l’argent pour financer les études universitaires de son fils. La victime est morte avant d’avoir pu gagner le moindre revenu.
Le gouvernement promet un nouveau ferry
Le ministre du Gouvernement local, Daniel Garwe, a déclaré lors de la cérémonie que le président Emmerson Mnangagwa avait ordonné le remplacement du ferry et la réparation urgente de la route reliant Kariba, Siakobvu et Chalala, décrite comme impraticable.
Le gouvernement est directement propriétaire du navire naufragé. Les autorités doivent désormais poursuivre les recherches afin de déterminer le nombre exact de personnes encore portées disparues et établir les circonstances précises ayant conduit au chavirement.
Alors que les accidents de ferry sont décrits comme rares par les habitants, la surcharge manifeste du navire, les conditions météorologiques difficiles et les défaillances techniques rapportées par les survivants soulèvent de nombreuses questions sur les conditions de sécurité qui prévalaient à bord.
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