Agriculture
Semences agricoles : l'Afrique de l'Ouest veut lever les obstacles au commerce régional
À l'approche du Forum africain sur les systèmes alimentaires de Kigali, l'Afrique de l'Ouest veut accélérer la circulation des variétés agricoles entre ses pays. Le cadre réglementaire existe, mais son application reste inégale, selon les participants à une rencontre régionale organisée par le Centre d'excellence pour les systèmes semenciers en Afrique (CESSA).
« Les semences ne parlent ni français ni anglais », a déclaré Natasha Kofoworola Quist, directrice régionale d'AGRA pour l'Afrique de l'Ouest. « Nous avons ce qu'il faut dans la région : les scientifiques, les institutions, les entrepreneurs, les producteurs et les marchés. L'enjeu est que cela reste connecté. »
Plus de 200 chercheurs, entrepreneurs, régulateurs et partenaires financiers de sept pays ont pris part à cette rencontre, organisée le 20 août en français et en anglais par le Centre d’excellence pour les systèmes semenciers en Afrique (CESSA), une initiative d’AGRA.
Leur constat est partagé : malgré les progrès accomplis depuis vingt ans, les semences homologuées dans un pays restent difficiles à commercialiser dans un autre. L'enjeu n'est donc plus seulement de développer de nouvelles variétés, mais de permettre leur multiplication et leur diffusion à l'échelle régionale.
Des règles communes encore inégalement appliquées
Depuis 2008, un règlement de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) prévoit la reconnaissance mutuelle des semences certifiées. En principe, une variété inscrite au catalogue national d'un État peut également intégrer le catalogue régional.
Un accord conclu en 2018 entre la CEDEAO, l'Union économique et monétaire ouest-africaine et le Comité permanent inter-États de lutte contre la sécheresse au Sahel a étendu cette coopération à 17 pays.
Mais la mise en œuvre varie encore fortement d'un État à l'autre.
« Dans notre espace, il y a trois catégories de pays : les avancés, les moins avancés et ceux qui progressent plus lentement », a expliqué Ousmane Ndoye, représentant du Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF).
Il plaide pour un renforcement de la formation à la technologie semencière, une hausse de la production des semences de première génération et une mise à niveau des laboratoires nationaux aux normes internationales.
Un manque au début de la chaîne
La disponibilité des semences de première génération constitue l'un des principaux obstacles. Produites généralement par les instituts publics de recherche, elles servent ensuite aux entreprises pour multiplier les semences destinées aux agriculteurs.
« Leur déficit limite l'obtention de semences certifiées, et il est le plus marqué sur les variétés les plus demandées », selon Ousmane Ndoye. Au Nigeria, plus de 90 % de ces semences sont encore fournies par les instituts publics.
Certaines entreprises tentent de sécuriser leur approvisionnement. Au Mali, Faso Kaba a conclu avec la recherche publique des contrats pluriannuels permettant de planifier la production jusqu'à cinq ans à l'avance.
Des techniques de multiplication rapide ont par ailleurs permis de créer une filière quasi inexistante pour le manioc et l'igname, où moins d'une variété sélectionnée sur dix parvenait jusqu'aux producteurs. « Nous sommes passés de la rareté à la disponibilité », a indiqué Mercy Diebiru-Ojo, spécialiste à l'Institut international d'agriculture tropicale et lauréate du Prix africain de l'alimentation 2025.
La question du financement
Les partenaires financiers présents ont orienté la réponse vers le secteur privé. « Si j'avais un dollar de plus à investir, je le mettrais dans le secteur privé, en prêtant à des taux abordables et sur des maturités longues », a déclaré Martin Fregene, directeur de l'agriculture et de l'agro-industrie à la Banque africaine de développement — une position que Natasha Quist a relevée en clôture des débats.
« L'État réglemente et soutient la recherche, mais ce sont les entrepreneurs qui bâtissent le secteur », a résumé Hermann Messan, directeur pays du Fonds international de développement agricole (FIDA) en Côte d'Ivoire.
Des progrès enregistrés en vingt ans
Les participants ont aussi dressé le bilan des investissements réalisés depuis deux décennies. Selon les données présentées par le CESSA, plus de 650 scientifiques ont été formés et plus de 685 variétés ont été homologuées, dont environ 60 % commercialisées. Une centaine d'entreprises semencières ont bénéficié d'un accompagnement et le taux d'adoption des variétés améliorées est passé de 6 % à plus de 30 %.
Plusieurs sociétés illustrent cette progression. Au Ghana, Antika Company affirme avoir fait passer sa production annuelle de moins de 27 tonnes à 3 000 tonnes de semences. Au Burkina Faso, NAFASO, créée en 2008 avec une production de 100 tonnes, revendique désormais une capacité de 6 000 tonnes et commercialise ses produits dans plusieurs pays ouest-africains.
Ce bilan est discuté : des organisations de la société civile africaine reprochent au modèle d'avoir privilégié quelques cultures au détriment de la diversité. Abdoulaye Sawadogo, fondateur de NAFASO, juge la critique exagérée, tout en la trouvant « utile, parce qu'il faut rester ouvert d'esprit ». « N'oublions pas l'essentiel, ajoute-t-il. Notre défi commun est de nourrir l'Afrique par nous-mêmes. »
« Passer à l'échelle régionale »
Pour Natasha Quist, la suite se joue à ce niveau. « Les exemples de réussites nationales, au Burkina Faso, au Mali, au Nigeria sont là. Il s'agit maintenant de passer à l'échelle régionale, en harmonisant, en particulier sur les variétés stratégiques, et en veillant à ce que les procédures soient standardisées pour que nous puissions commercer. »
« Nos marchés, nos corridors, nos frontières sont autant d'éléments à mettre en ordre pour que la nourriture circule dans la région », a-t-elle ajouté, souhaitant que ce type de rencontre devienne « un rendez-vous régulier, et non un événement isolé ».
« Vingt ans, nous avons travaillé dur. Maintenant, il faut travailler intelligemment », a conclu Folarin Okelola, du Conseil national des semences agricoles du Nigeria.
La question devrait être discutée lors du Forum africain sur les systèmes alimentaires, organisé du 1er au 4 septembre à Kigali, puis au premier sommet de l'Union africaine consacré aux semences, prévu du 5 au 7 octobre à Mbabane, en Eswatini.
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