Nigéria
Des dizaines de personnes ont été tuées samedi dans le village de Jilli, dans le nord-est du Nigeria, à la suite d’une frappe aérienne qualifiée d’« accidentelle » par les autorités militaires. L’opération visait des groupes armés djihadistes actifs dans cette zone frontalière, théâtre récurrent d’affrontements entre l’armée et Boko Haram ainsi que l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP).
Le bilan exact demeure à ce stade contradictoire. Un rapport de sécurité préparé pour l’ONU et consulté par l’AFP fait état d’au moins 56 morts et 14 blessés. Amnesty International évoque pour sa part plus de 100 morts et 35 blessés graves, tandis que des responsables locaux avancent des estimations allant jusqu’à environ 200 morts. Les autorités nigérianes n’ont pas communiqué de bilan précis, se limitant à confirmer une frappe et l’ouverture d’une enquête.
Dans un communiqué publié dimanche, l’armée nigériane a indiqué avoir mené une opération dans une zone considérée comme un corridor de déplacement de groupes armés et un point de convergence de combattants de l’ISWAP et de leurs alliés. Face aux accusations de victimes civiles, le chef d’état-major de l’armée de l’air a ordonné l’activation immédiate d’une cellule d’enquête chargée d’évaluer les dommages causés aux populations.
Sur le terrain, les structures sanitaires ont été rapidement débordées. « Aujourd’hui, nous avons accueilli plus de vingt patients ; certains ont eu besoin d’une assistance immédiate, d’autres ont été transférés vers le centre hospitalier universitaire de Maiduguri. Les cas les moins graves sont soignés ici et la situation est redevenue stable », témoigne Ishaku Bulus, professionnel de santé.
Les récits des survivants décrivent une scène de chaos. « Je ramenais mon cheval et le reste de mes chèvres à la maison lorsqu’un avion nous a bombardés. Il y a eu une trentaine de blessés », raconte Abubakar Goni, habitant de la zone.
Selon plusieurs sources sécuritaires, le marché de Jilli, situé dans la zone touchée, serait un lieu stratégique fréquenté par des commerçants venus de plusieurs États du nord du pays, mais aussi sous influence de groupes armés qui y prélèveraient des taxes et imposeraient leur contrôle.
Des victimes ont été évacuées vers les hôpitaux de Geidam et de Maiduguri, parfois à plusieurs dizaines de kilomètres, en raison de la saturation des structures locales. À l’hôpital de Maiduguri, plusieurs blessés ont confié avoir perdu des proches lors de l’attaque, certains évoquant des familles décimées.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est confronté depuis 2009 à une insurrection djihadiste meurtrière dans le nord-est, qui a fait des dizaines de milliers de morts et déplacé des millions de personnes. Dans ce contexte, les opérations militaires, souvent menées dans des zones densément peuplées ou difficiles d’accès, donnent régulièrement lieu à des accusations de victimes civiles.
Les autorités promettent désormais d’enquêter sur les circonstances exactes de cette frappe, dont le bilan définitif reste, plusieurs jours après les faits, toujours inconnu.
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