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Mali : quelles conséquences aux sanctions de la CEDEAO ?

Mali : quelles conséquences aux sanctions de la CEDEAO ?
Le président du Ghana et de la CEDEAO, Nana Akufo-Addo lors du Sommet extraordinaire de la CEDEAO sur la situation au Mali, à Accra, le 30 mai 2021   -  
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NIPAH DENNIS/AFP or licensors

Mali

Le Mali entre dans l'inconnu après de sévères sanctions par ses voisins ouest-africains pour n'avoir pas respecté l'engagement d'organiser un retour rapide des civils au pouvoir.

La batterie de mesures économiques et diplomatiques prises par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) aura des impacts "directs", admettent les interlocuteurs de l'AFP. Mais tous se perdent en conjectures sur les intentions de la junte : effort de compromis après les coups de gueule de circonstance ou au contraire durcissement aux conséquences imprévisibles ?

L'impact pourrait d'abord être financier pour une population déjà durement affectée par le conflit qui mine le pays depuis 2012, estime Ornella Moderan de l'Institut d'études de sécurité à Bamako. "On peut s'attendre à une crise de liquidités, mais qui devrait se voir dans quelques semaines car on est en début de mois".

Impact sur les Maliens

Aucun impact "pour l'instant", ont assuré plusieurs agents bancaires à Bamako. "Les avoirs de l'État ne sont pas logés qu'à la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest, (BECEAO) mais aussi dans certaines banques primaires, et les recettes de l'État (tombent) tous les jours, donc je pense que l'État pourra gérer (le temps) que passe cette tempête", assure Hamadoun Bah, secrétaire général du Syndicat national des banques et établissements financiers (Synabef).

On ignore si, comme l'a assuré la junte, "le Mali s'était préparé à de telles sanctions", par exemple en concluant un accord avec la Guinée, également sanctionnée par la CEDEAO après son coup d'État militaire de septembre, ou avec l'Algérie, note Ornella Moderan. Le Mali partage avec les deux pays des centaines de kilomètres de frontière, de quoi contourner au moins partiellement l'embargo sur les échanges commerciaux infligé par la CEDEAO.

Perturbations d'exportations

La fermeture des frontières terrestres et aériennes entre le Mali et les pays de la CEDEAO devrait impacter de nombreux voyageurs : le vol Air France qui rallie Paris et Bamako en poursuivant vers le Liberia a été annulé lundi, ont indiqué plusieurs passagers. Les réservations pour des vols en direction des pays de la CEDEAO sont "fermées pour le moment", selon un employé d'une agence de voyages bamakoise.

Les opérateurs miniers travaillant au Mali doivent se préparer à des perturbations "majeures" de leurs routes d'exportation et d'approvisionnement, avance Alexandre Raymakers, analyste à la compagnie d'évaluation des risques Verisk Maplecroft. "Vu l'importance du secteur aurifère comme source de revenus pour Bamako, nous n'escomptons pas que l'organisation (la CEDEAO) fasse de quelconques exceptions pour les opérateurs miniers", ajoute-t-il.

Partenaires régionaux

La junte a beaucoup échangé, parfois de manière rugueuse, avec ses partenaires ouest-africains depuis le coup d'État de 2020. "Il y a de quoi être inquiet (pour les relations) devant les positions affichées (de part et d'autre), assez fermes et assez finales", juge Ornella Moderan.

Les pays de la CEDEAO vont rappeler leurs ambassadeurs au Mali, qui a annoncé en retour rappeler les siens. "Il faut espérer que c'est une phase d'escalade qui aboutira à une phase de négociations", poursuit Ornella Moderan, même si "on ne sent pas vraiment une volonté de négocier de la part de la CEDEAO".

Scène internationale

La junte parait de plus en plus isolée sur la scène internationale, note un autre chercheur malien. Ses principales figures étaient déjà frappées d'une interdiction de voyage. Reste à savoir si les autres partenaires internationaux s'aligneront sur les décisions ouest-africaines, comme ils l'ont fait jusqu'alors. Si oui, "la vis devrait encore se resserrer pour Bamako", pense le chercheur français Yvan Guichaoua.

Trois des interlocuteurs maliens de l'AFP estiment probables des manifestations de soutien à la junte dans les prochains jours à Bamako, comme il y en a eu systématiquement après les précédentes passes d'armes diplomatiques entre les militaires maliens et leurs partenaires étrangers.

Tensions xénophobes

Les sanctions ouest-africaines pourraient, selon Ornella Moderan, avoir un effet "contre-productif" et "rallier encore plus de Maliens au discours souverainiste" des autorités dominées par les militaires. Cela pourrait aboutir à des "tensions xénophobes qui iront au-delà du sentiment anti-français" et pourraient s'étendre aux Africains de l'Ouest, s'inquiète-t-elle.

L'ancien envoyé spécial des Etats-Unis pour le Sahel sous Donald Trump, Dr. J. Peter Pham, s'interroge sur les conséquences plus stratégiques. Le Mali occupe une position centrale dans la lutte antidjihadist**e**, notamment au sein de la force sous-régionale du G5 Sahel.

"J'espère que les dirigeants de la CEDEAO ont soigneusement examiné l'impact géopolitique et sécuritaire potentiel sur le long terme (...) et pas seulement leurs propres fortunes politiques immédiates", a-t-il écrit sur Twitter en faisant référence à la motivation prêtée à certains dirigeants ouest-africains de ne pas laisser, dans leur propre intérêt, prospérer les coups de force.

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