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Tunisie : les 34 opposants condamnés pour « complot » devant la Cour de cassation

Devant le palais de justice, des proches et des soutiens des accusés se sont rassemblés.   -  
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Tunisie

La Cour de cassation tunisienne a ouvert jeudi l’audience finale du procès de dizaines de personnalités de l’opposition accusées de complot contre l’État, une affaire au cœur des tensions politiques nées du tournant autoritaire du président Kaïs Saïed.

Trente-quatre prévenus, dont plusieurs figures de l’opposition au chef de l’État, avaient été condamnés en appel en novembre à des peines allant jusqu’à 45 ans de prison. La Cour de cassation doit désormais confirmer ces verdicts ou ordonner un nouveau procès.

Une petite foule s’est rassemblée jeudi matin devant le palais de justice pour soutenir les accusés. Parmi eux figurait le militant de gauche Ezzedine Hazgui, père de l’opposant Jawher Ben Mbarek et de l’avocate Dalila Msaddek. « Aujourd’hui, c’est l’avenir de la Tunisie qui est jugé », a-t-il déclaré, estimant que ses enfants s’étaient « dressés contre le coup d’État » de Kaïs Saïed.

Les avocats dénoncent, eux aussi, une procédure entachée d’irrégularités. Haifa Chebbi, avocate et fille de l’opposant Ahmed Nejib Chebbi, 82 ans, également poursuivi dans cette affaire, a affirmé que le dossier avait commencé « sur la base de directives politiques ». Elle a également mis en cause l’indépendance de la justice tunisienne. Selon elle, plusieurs avocats n’ont été informés de l’audience que lundi, un délai jugé insuffisant pour préparer la défense.

Les prévenus comprennent notamment les dirigeants de partis Issam Chebbi et Ghazi Chaouachi, ainsi que l’homme d’affaires Kamel Ltaief. Le procès est dénoncé depuis plusieurs mois par les organisations de défense des droits humains, qui considèrent les accusations comme politiquement motivées.

Amnesty International a appelé les autorités tunisiennes à « rectifier » ce qu’elle qualifie de « parodie de justice », estimant que les condamnations ont bouleversé la vie de 34 figures de l’opposition, défenseurs des droits humains et avocats.

Élu en 2019, Kaïs Saïed avait bénéficié de l’image d’une Tunisie présentée comme la principale réussite démocratique issue des Printemps arabes. En juillet 2021, il s’est arrogé de larges pouvoirs, suspendant le Parlement avant de procéder à une refonte progressive des institutions. Les organisations de défense des droits humains dénoncent depuis un recul des libertés publiques et une répression accrue de l’opposition.

L’audience de la Cour de cassation constitue ainsi une nouvelle étape dans cette confrontation entre le pouvoir et ses détracteurs. Pour Ezzedine Hazgui, l’enjeu dépasse le sort des prévenus : « C’est le procès de la Tunisie », a-t-il déclaré devant le tribunal.