Egypte
Le président chinois Xi Jinping est arrivé mardi en Égypte pour une rare visite au Moyen-Orient, alors que les deux pays sont menacés par des sanctions américaines en raison de leurs liens financiers avec l’Iran.
Xi Jinping et son épouse ont été accueillis sur le tarmac par le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, et la Première dame, ainsi que par une troupe de danse folklorique égyptienne.
Cette visite de deux jours intervient alors que les deux pays cherchent à gérer les conséquences de la guerre qui secoue le Moyen-Orient depuis plusieurs mois. Ce conflit a débuté lorsque les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran le 28 février, plongeant cette région, essentielle pour le commerce mondial, dans une grave crise.
Le mois dernier, Washington a promis de déstabiliser économiquement l’Iran en menaçant d’élargir les sanctions contre les soutiens et partenaires de Téhéran, ce qui pourrait notamment toucher des banques égyptiennes et chinoises.
La visite de Xi Jinping « intervient à un moment où les intérêts économiques de la Chine sont directement exposés à la guerre entre les États-Unis et l’Iran », a déclaré Gamal Salama, professeur de science politique à l’université du canal de Suez, en Égypte.
La Chine, qui est l’un des principaux acheteurs de pétrole iranien, se présente comme un acteur neutre dans le conflit au Moyen-Orient et appelle régulièrement à un cessez-le-feu durable.
L’Égypte, qui bénéficie depuis longtemps d’une aide militaire américaine, a mis en garde contre une escalade régionale après qu’une attaque de drone a frappé l’un de ses ports en juillet.
La Chine « cherche clairement la coopération de l’Égypte pour gérer et influencer les affaires régionales », a déclaré Liu Jia, chercheur à l’Institut du Moyen-Orient basé à Singapour.
Pékin travaille étroitement avec des acteurs régionaux comme l’Égypte, qui joue un rôle de médiateur entre Israël et les groupes palestiniens, a ajouté Liu.
La Chine et l’Égypte soutiennent toutes deux la création d’un État palestinien indépendant dans le cadre d’une solution à deux États.
« La Chine considère Le Caire comme un acteur stratégique majeur », a expliqué Salama.
Selon lui, les relations de l’Égypte avec Washington et les acteurs régionaux offrent à Pékin un accès politique et un levier diplomatique dans une région où la Chine souhaite jouer un rôle beaucoup plus important.
« Renouveler l’amitié »
Dans le cadre de sa campagne de pression économique visant l’Iran, Washington a annoncé la semaine dernière qu’il couperait les opérations de la Banque Misr aux Émirats arabes unis du système financier américain.
En réponse aux mesures et menaces américaines, la Chine a promis de protéger ses intérêts.
Pékin cherche également à renforcer ses liens avec des pays de la région proches des États-Unis avant une rencontre prévue ce mois-ci entre Xi Jinping et le président américain Donald Trump.
Les armées chinoise et égyptienne ont organisé en août des exercices aériens conjoints, au cours desquels le puissant avion de chasse chinois J-16 a été présenté.
La rencontre entre Xi Jinping et son homologue égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, prévue mercredi, intervient après une visite à Pékin du roi Abdallah II de Jordanie, dont le pays est également affecté par la guerre entre les États-Unis et l’Iran.
Selon les médias égyptiens, Xi et Sissi devraient discuter de plusieurs sujets, notamment la guerre à Gaza, l’Iran, ainsi que la sécurité maritime en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz.
« Je me réjouis de renouveler l’amitié et de travailler avec le président Sissi afin d’élaborer une nouvelle feuille de route pour approfondir le partenariat stratégique global entre la Chine et l’Égypte », a écrit Xi Jinping dans une tribune publiée mardi dans les médias égyptiens.
Cette première visite du dirigeant chinois en Égypte depuis dix ans intervient alors que les deux pays célèbrent soixante-dix ans de relations diplomatiques.
La Chine est un important exportateur vers l’Égypte. Selon les données des douanes chinoises, son excédent commercial avec Le Caire a atteint 12 milliards de dollars au cours des sept premiers mois de 2026.
Les deux dirigeants devraient signer des accords dans les domaines de l’intelligence artificielle, des transports, de l’énergie et des investissements dans la zone économique du canal de Suez, selon les médias égyptiens.
Cette rencontre avec Xi Jinping pourrait permettre au Caire d’attirer davantage d’investissements chinois dans les secteurs locaux de l’intelligence artificielle et de l’électronique, estime le politologue Gamal Salama.
« Ce que recherche l’Égypte, c’est une autonomie stratégique : ne pas rompre avec Washington, ne pas s’aligner totalement sur Pékin, mais disposer d’une marge de manœuvre suffisante pour poursuivre ses propres intérêts nationaux », a-t-il ajouté.
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