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Mode : des mannequins sud-soudanais face aux problèmes de visas

Agi Akur, mannequin sud-soudanaise   -  
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Sud-Soudan

Les talons claquent sur les pavés fissurés alors que des hommes et des femmes aux membres extraordinairement longs s’entraînent, espérant que cela les mènera loin du Soudan du Sud, l’un des lieux de repérage favoris de l’industrie de la mode.

Beaucoup espèrent suivre les traces de leur compatriote Awar Odhiang, passée d’un camp de réfugiés en Éthiopie à la clôture du défilé de Chanel à la Fashion Week de Paris l’an dernier.

Le Soudan du Sud est plongé dans le conflit, la pauvreté et la corruption depuis son indépendance en 2011, mais le succès de ses mannequins constitue un rayon de positivité.

Pas moins de neuf des cinquante meilleurs mannequins actuellement référencés sur Models.com sont originaires de ce pays d’Afrique de l’Est.

« Paris, Milan, Londres – l’industrie de la mode est dominée en ce moment par des garçons et filles soudanais du Sud », explique Doris Sukeji, fondatrice de l’agence de mannequins Jubalicious dans la capitale, Juba.

« C’est surtout à cause de la couleur de peau. C’est ainsi que la plupart des Sud-Soudanais sont recrutés. Ils cherchent des mannequins très foncés », ajoute-t-elle.

Parmi les premiers à avoir ouvert la voie figure Alek Wek, repérée à Londres dans les années 1990 après que sa famille eût fui une guerre précédente.

C’est une photo de Wek sur le fil Facebook de sa mère qui a inspiré Yar Agou, 19 ans, aujourd’hui signée avec Jubalicious.

« Mince ! Je l’ai vue et je me suis dit que c’est moi un jour si Dieu le veut. Je veux réussir comme elle », a-t-elle confié à l’AFP à Juba.

Toute en membres longs et attitude charmante, Agou a le profil pour le podium, mais la politique freine son rêve.

Elle devait participer récemment à la Fashion Week de Milan, mais son visa a été refusé à la dernière minute. Pour l’instant, elle travaille comme femme de ménage, en espérant que d’autres opportunités se présenteront.

« Le cœur brisé » -

Les mannequins à succès peuvent gagner des dizaines de milliers de dollars en une saison, une somme qui change la vie dans un pays où 92 % de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Mais Sukeji indique que sept hommes et femmes se sont vu refuser des visas ces derniers mois malgré des sponsors professionnels, dans un contexte occidental de durcissement contre les immigrants.

« Cela vous brise le cœur », confie-t-elle.

Bichar Hoah, 24 ans, élevé par une mère célibataire dans le camp de réfugiés de Kakuma au Kenya voisin, s’est récemment vu refuser un visa pour l’Europe.

« Certaines personnes nous découragent en disant que nous avons essayé et échoué… mais je veux représenter le Soudan du Sud en tant que mannequin », affirme-t-il, espérant changer le récit sur son pays.

« Une chance » -

Mais même ceux qui réussissent à l’étranger font face à d’immenses défis dans une industrie connue pour son turnover constant.

« Les clients veulent constamment de nouveaux visages », souligne Sukeji.

Il y a aussi des défis supplémentaires dans un pays conservateur comme le Soudan du Sud.

Outre les exigences physiques – grande taille mais pas plus de 1,80 m pour les femmes – Sukeji doit également gérer des familles qui considèrent le mannequinat comme une couverture pour la prostitution.

« Je leur demande toujours de donner une chance au garçon ou à la fille », explique-t-elle.

Elle leur propose une formation gratuite pouvant durer jusqu’à trois mois, prenant une commission de 10 % seulement s’ils décrochent du travail.

Son formateur, qui entraîne les mannequins avec la précision d’un sergent militaire lors de la visite de l’AFP, explique que beaucoup étaient comme des « bébés nouveau-nés » au début.

Mais alors que les jeunes mannequins se rassemblaient sur un toit de Juba pour pratiquer leur démarche, l’espoir d’un avenir au-delà de la pauvreté et de la menace constante de guerre persistait.

« Un jour, vraiment, le Soudan du Sud changera », affirme Agou.

Tous espèrent pouvoir suivre les traces d’Anyier Anei, qui a décroché des contrats internationaux et a récemment joué dans le film français « Coutures ».

« L’échec fait moins peur que d’avoir des rêves que l’on n’essaie jamais de réaliser », a confié Anei récemment à Harper’s Bazaar. « Même avec la peur, il faut prendre ce risque. »

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