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RDC : la population d'Uvira réclame la réouverture de la frontière avec Bujumbura

Les gens achètent et vendent alors que les habitants regagnent leurs maisons à Uvira, en République démocratique du Congo, le samedi 13 décembre 2025.   -  
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République démocratique du Congo

À Uvira, dans l’est de République démocratique du Congo, le quotidien a perdu son rythme habituel.

Depuis le 10 décembre dernier, date de la fermeture de la frontière avec le Burundi, la ville tourne au ralenti. Les rues commerçantes, autrefois animées par les allées et venues des vendeurs et des transporteurs, témoignent aujourd’hui d’une activité en berne. Au cœur de cette paralysie : l’arrêt des échanges transfrontaliers, véritable poumon économique de la région. Chaque jour, avant la fermeture, des centaines de commerçants, de transporteurs et de familles franchissaient les postes frontaliers de Kavimvira, côté congolais, et de Gatumba, côté burundais. On y vendait des produits vivriers, des vêtements, des médicaments, des articles manufacturés. Ces échanges informels et formels faisaient vivre une grande partie de la population d’Uvira. Aujourd’hui, les barrières sont closes. Les étals sont moins fournis. Les revenus se sont effondrés.

Scolastique Mushota, vendeuse, décrit avec amertume la situation : nous dépendions de Bujumbura. Nous sommes des petits commerçants. Nous amenions des marchandises à Bujumbura et nous prenions d’autres produits de Bujumbura jusqu’ici. Maintenant, à Uvira, nous souffrons beaucoup.

Comme elle, de nombreux petits commerçants vivaient d’un commerce de proximité basé sur la fluidité de la frontière. La ville de Bujumbura constituait un débouché naturel pour les produits congolais et une source d’approvisionnement essentielle pour Uvira. Privée de ce circuit, l’économie locale s’essouffle, et avec elle la capacité des familles à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. Au-delà de l’impact économique, la fermeture de la frontière a des répercussions dramatiques sur le plan sanitaire. Pour de nombreuses familles, les structures médicales de Bujumbura représentaient une alternative accessible et parfois plus équipée. Mapendo Julienne, commerçante, témoigne : « Les gens meurent par manque de soins. Avant, au moindre malaise, on amenait la personne malade à Bujumbura pour des soins, mais actuellement, le désastre est énorme à cause de la fermeture de la frontière. »

Un appel à la réouverture

Si les autorités congolaises ont repris le contrôle administratif et sécuritaire de la ville depuis janvier, l’accès aux soins spécialisés reste limité. L’impossibilité de traverser la frontière complique la prise en charge de certains cas urgents, aggravant le sentiment d’abandon parmi les habitants. La frontière entre Uvira et Gatumba n’est pas seulement une ligne commerciale ; elle est aussi un espace de vie partagé. De nombreuses familles vivent de part et d’autre de la limite territoriale. Les mariages mixtes, les liens de parenté et les parcours scolaires transfrontaliers sont monnaie courante.

Bibenga Georges, parent d’élève, s’inquiète : le gouvernement congolais et burundais devraient discuter et voir à quel point il est important que ces enfants qui ont fui les combats vers le Burundi puissent rentrer à Uvira chez eux pour continuer le programme scolaire. .

Les récents épisodes d’insécurité, notamment l’entrée des rebelles de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda dans la ville en décembre, ont poussé certaines familles à se réfugier temporairement au Burundi. Bien que ces hommes armés se soient retirés quelques jours plus tard et que les services de sécurité congolais aient repris leurs fonctions, la frontière reste fermée.

Cette situation bloque le retour de nombreux enfants et complique la reprise d’une vie normale. En décembre dernier, le Burundi a officiellement fermé son poste frontalier terrestre de Gatumba avec la RDC après l’incursion des éléments de l’AFC/M23 à Uvira. Cette décision, motivée par des considérations sécuritaires, visait à prévenir toute instabilité transfrontalière. Mais deux mois plus tard, malgré l’accalmie relative et la reprise des activités administratives à Uvira, la frontière demeure close. Pour la société civile locale, l’urgence est claire.

Ghislain Baraiga Kabamba, membre de la société civile, plaide pour une solution concertée : n_ous ne pouvons que solliciter la réouverture de cette frontière parce que cela fait partie de la vie, que ce soit pour la population du Congo, que ce soit pour la population burundaise. Cette frontière est pour nous un facteur de développement, un facteur économique, un facteur social important. Donc, sa réouverture sera un soulagement._

Les habitants ne contestent pas la nécessité de mesures sécuritaires. Ils demandent cependant un équilibre entre la protection des États et la survie des populations. Pour eux, la frontière n’est pas seulement un point de contrôle : c’est un trait d’union vital. À Uvira, l’espoir d’une réouverture rapide reste vif, mais l’incertitude domine. Chaque jour qui passe fragilise un peu plus les ménages dépendants du commerce transfrontalier. Les étals clairsemés et les visages inquiets rappellent combien l’économie locale est intimement liée à la libre circulation avec le Burundi. Dans cette ville frontalière, la fermeture n’est pas qu’une décision administrative : elle est devenue une épreuve quotidienne. Entre crise économique, difficultés sanitaires et familles séparées, Uvira attend un geste politique qui pourrait redonner souffle à toute une région.

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