Espagne
Plus de deux mois après l’arrivée de plus de 70 000 migrants depuis le Maroc, les 30 et 31 juillet, la situation demeure tendue à Ceuta, enclave espagnole située sur la côte nord-africaine.
Si la majorité des personnes entrées sur le territoire ont regagné le Maroc dans les heures suivantes, des milliers d’autres sont restées sur place pendant plusieurs semaines, dans des conditions souvent difficiles.
Dans cette ville d’environ 80 000 habitants, le sentiment d’abandon exprimé par une partie de la population nourrit les critiques contre le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez. Les reproches portent notamment sur la politique migratoire de Madrid et sur ce que certains résidents considèrent comme un manque de fermeté à l’égard du Maroc.
« Nous pensions que notre gouvernement allait agir à court ou moyen terme, mais cela fait deux mois et ces personnes n’ont toujours pas été renvoyées », déplore Rubén González, fonctionnaire de 33 ans, cité par l’Agence France-Presse (AFP). Se disant auparavant centriste, il affirme désormais vouloir voter à droite lors du prochain scrutin.
Le mécontentement se traduit également dans les intentions de vote. Esperanza Ansede, enseignante de 63 ans, explique que l’afflux migratoire a modifié son choix électoral. Après avoir voté pour Pedro Sánchez lors de sa première candidature, puis déposé un bulletin blanc, elle annonce vouloir soutenir le Parti populaire, formation de centre droit.
L’opposition fait de l’immigration un enjeu électoral
La crise de Ceuta a occupé une place importante dans le débat politique espagnol. Le Parti populaire, qui gouverne l’enclave depuis plus de vingt-cinq ans, et Vox accusent l’exécutif de manquer de fermeté face à l’immigration. Le dirigeant du PP, Alberto Núñez Feijóo, a fait de Ceuta sa première étape de campagne, promettant de contribuer au rétablissement d’une situation normale.
Le chef de Vox, Santiago Abascal, s’est également rendu dans la ville le 12 octobre, accompagné de Jordan Bardella, président du Rassemblement national français.
Pour la politologue Cristina Monge, le gouvernement a commis une erreur en traitant les événements comme une simple crise migratoire. Elle estime qu’ils relevaient aussi d’une « attaque hybride », reprenant ainsi une interprétation défendue par certains détracteurs du Maroc, accusé d’avoir laissé faire, voire favorisé, les arrivées afin de mettre à l’épreuve la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla. Rabat et Pedro Sánchez ont rejeté ces accusations.
Un sondage publié en septembre par le quotidien El País indiquait que 63 % des Espagnols jugeaient négativement la gestion de cet afflux par le chef du gouvernement, dont 50 % la qualifiaient de « très mauvaise ».
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