Zimbabwe
La Haute Cour de Bulawayo a rejeté mardi 1er juillet une demande du parti d’opposition ZAPU visant à bloquer les audiences publiques prévues sur les massacres du Gukurahundi, une campagne de répression menée au début des années 1980 par le régime de Robert Mugabe contre des civils dans la région du Matabeleland.
Entre 1983 et 1987, quelque 20 000 personnes ont été tuées selon les ONG et les organisations religieuses, dans ce qui reste l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire post-coloniale du Zimbabwe. Ces violences ont été perpétrées par la Cinquième brigade, formée en Corée du Nord et directement commandée par Mugabe, alors président, contre les partisans de Joshua Nkomo, son rival politique issu de la minorité ndebele.
Un processus de réconciliation contesté par l'opposition
Les audiences ont été initiées par le président actuel, Emmerson Mnangagwa, qui fut lui-même ministre de la Sécurité à l’époque des faits. Présentées comme une tentative de réconciliation nationale, elles doivent être menées par des chefs traditionnels dans les villages concernés, et pourraient aboutir à un rapport incluant des propositions de réparations financières pour les familles des victimes.
Mais cette démarche reste contestée. Le parti ZAPU, aujourd’hui dirigé par Sibangilizwe Nkomo, fils de Joshua Nkomo, avait saisi la justice pour tenter de faire suspendre le processus. Il dénonce une démarche unilatérale, sans garanties d’impartialité, menée par des chefs coutumiers considérés comme proches du pouvoir.
"Nous ne sommes pas contre les audiences, mais elles ne peuvent pas être dirigées par des chefs désignés par l'État", a déclaré M. Nkomo devant la presse. "Nous voulons une justice réelle pour les femmes violées, les familles endeuillées, les villages détruits."
La juge a estimé que la demande de ZAPU ne présentait pas un caractère d’urgence, et aurait pu être déposée plus tôt. L’opposition assure de son côté avoir voulu privilégier le dialogue avant de se tourner vers la justice.
Un lourd héritage encore tabou
Malgré ce revers judiciaire, ZAPU affirme vouloir poursuivre ses efforts pour faire entendre les victimes et obtenir la mise en place d’un mécanisme véritablement indépendant. L’opinion reste divisée dans le pays, où le Gukurahundi reste un sujet sensible, longtemps tabou, et où aucune responsabilité politique n’a jamais été officiellement reconnue.
Robert Mugabe, décédé en 2019, n’a jamais exprimé de remords ni présenté d’excuses. Il qualifiait les enquêtes d’organisations comme Amnesty International ou la Commission catholique pour la justice et la paix de "mensonges sans fondement".
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