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Interview

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Anthony Nkinzo : « L'infrastructure n'est plus une barrière [à l'investissement] aujourd'hui en RDC »

Anthony Nkinzo : « L'infrastructure n'est plus une barrière [à l'investissement] aujourd'hui en RDC »

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Dans cet entretien avec William Bayiha, le directeur de l’Agence nationale de promotion des investissements de la République démocratique du Congo explique que son pays sort progressivement de son enclavement, même si les défis restent nombreux.

Mesdames monsieur bonjour. Bienvenus sur Africanews pour cette interview. Nous sommes en République démocratique du Congo où nous rencontrons le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements. Bonjour monsieur le directeur général.

Bonjour.

La République démocratique du Congo dans l’actualité internationale, c’est la corruption, c’est Ebola, c’est la violence… Comment on fait dans ce contexte pour améliorer le climat des affaires ?

Vous venez de présenter un certain nombre d‘éléments sur la question de la perception de la RDC. L’image que les gens ont de la RDC. Vous avez cité exactement ce que nous rencontrons un peu partout. Je crois que vous êtes arrivés il y a deux jours en RDC. De l’aéroport jusqu’ici. Je crois que vous n’avez pas rencontré les gens en train de vous saluer avec les coudes. Ce qu’on est en train de s’imaginer ; ou des gens en train de se couvrir avec des sacs. La vie est normale.

Et pourtant, nous avons aussi ces cas d’Ebola à l’Est du pays. Ça ne veut pas dire que ce n’est pas géré, ça ne veut pas dire que ce n’est pas maîtrisé. Maintenant avec ce mélange-là, comment on fait pour améliorer le climat des affaires ? Là aussi, il y a des clichés : pression fiscale, tracasseries administratives, impôts élevés, un problème de gouvernance, un problème dans un certain nombre d‘éléments. Mais est-ce que les gens voient ce qui est déjà fait ?

Tenez, il y a quelque temps, il était très difficile de créer une entreprise. La croix et la bannière. On y passait des mois. Vraiment de longs mois. Aujourd’hui, c’est trois jours – trois à cinq jours – pour créer une entreprise. Et lorsque vous créer une entreprise, au niveau du guichet unique de créer d’entreprises, vous avez le numéro d’impôt, vous avez le numéro d’identification nationale, vous avez le RCCM, vous avez l’affiliation à la CNSS et même l’affiliation à l’INPP (Institut national de préparation professionnelle) et aussi avec l’ONEMO. Ça se fait en un point, un seul point unique. Donc nous avons maintenant, c’est ce qu’on appelle en anglais le One stop shop qui fait en sorte que pour créer son entreprise, on peut y arriver. Ça, c’est une grosse réforme.

Je voudrais savoir si toutes ces bonnes intentions concernent également le secteur minier.

C’est une question qui est très controversée. Cela dépend de l’angle dans lequel on regarde et de quel côté on le regarde. Je voudrais simplement vous dire que nous avons fait ce qui devait se faire sur la question du code minier. À un certain moment, il devait y avoir une réévaluation du code minier. Et cela a été fait en bonne et due forme et en respect des textes. Maintenant, chacun tire le drap de son côté.

La question des infrastructures reste l’une des principales critiques qui est adressée à la RDC en matière de promotion des investissements. Comment faire pour réduire l’enclavement du pays à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières ?

Je parle à des connaisseurs de ce pays depuis un certain temps. Si vous vous souvenez ou si les gens peuvent s’en souvenir, il y a quatre ans, cinq ans, c‘était la croix et la bannière de quitter Kinshasa pour aller au Congo central. Le Congo central, c’est là où nous avons notre sortie vers l’Océan, notre sortie vers le port et là où d’ailleurs, on va retrouver le port en eaux profondes : le port de Banana. Pour y arriver, à un certain moment, on y passait des jours, on y passait des semaines. Mais aujourd’hui, pour aller au Congo central, nous n’y passons que trois heures, quatre heures. L’infrastructure n’est plus aujourd’hui une barrière. Mais il reste un challenge. Ceux qui connaissent aussi le pays savent que pour aller au Bandundu, je parle de Kikwit, je parle du Kwilu, je parle d’aller à Kayemba, nous avons déjà fait de gros efforts.

J’ai parlé avec le coordonnateur de la cellule « Infrastructures » qui m’a présenté une carte. Il m’a dit : « Les gens ne savent pas qu’il y a des routes qui sont déjà faites ». Il a pu faire, lui, la route qui relie Kinshasa à Lubumbashi – en terre battue. Les gens ne savent pas aujourd’hui que c’est possible de pouvoir faire ça. Mais les défis existent. Il faut passer dans certaines pistes, dans certains sentiers. Mais, on l’ambition de pouvoir réunifier Kinshasa avec les différentes provinces pour que nous puissions avoir des denrées alimentaires qui viennent des provinces.

Monsieur le Directeur général, le Japon organise la 7e édition de la Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique, et l’ANAPI va participer à cette conférence. Qu’est-ce que vous allez demander concrètement à la coopération japonaise pour faciliter ce désenclavement du pays et attirer les investisseurs ?

Il est ici important que je puisse préciser quelque chose. Nous sommes les experts qui accompagnent le chef de l‘État, notre chef de délégation. La réunion TICAD est une réunion d‘État à État. C’est une réunion gouvernementale… Et dans la suite de Son Excellence Monsieur le président de la République, il y a différents experts dont l’ANAPI qui est le service en charge de la promotion des investissements, et même de la question sur le climat des affaires. En tant que telle, nous accompagnons la vision du chef de l‘État sur le fait que certains secteurs phares de notre pays soient rencontrés probablement par une mise à disposition de fonds sous certaines conditionnalités.

Aujourd’hui, avec le Japon, on n’a plus accès à certains fonds sous des conditions concessionnelles. Nous espérons que nous pourrons y arriver. Ce que nous espérons c’est que nous pourrons avoir un regard sur la question de l‘électricité. Je parle de Inga, je parle du Grand Inga. Nous attendons d’eux une participation sur la question des infrastructures. Ici, en RDC, nous savons que les Japonais, lorsqu’ils se mettent à l‘œuvre… Nous avons l’exemple avec l’Avenue des Poids lourds, nous avons l’INPP, nous avons l’exemple de la route qui a été faite à partir de la Gare centrale… Quand les Japonais se mettent à faire quelque chose, il y a du sérieux, il y a une longévité, il y a une assurance que le produit est assez bien fait.

Nous attendons d’eux une participation dans les gros projets miniers. Nous attendons d’eux une participation dans les gros projets de la nouvelle technologie de l’Information. Et ça, ce sont de grands espoirs que nous sommes en train de fonder. Bien sûr, il faudrait que nous puissions avoir les standards qu’ils recherchent : la bonne gouvernance, une éthique dans la gestion, etc. Des questions de zéro corruption, zéro compromission.

Est-ce que vous savez que les Japonais étaient ici à une certaine époque ? Le pont Maréchal que nous avons aujourd’hui, c’est l‘œuvre des Japonais. C’est un bijou ! Ça fait partie de ce que nous considérons comme le fleuron de notre pays. Nous voulons que ce genre d’ouvrages puisse revenir et nous croyons qu’avec le nouveau leadership de Son Excellence Monsieur le président de la République Félix Antoine Tshisekedi, nous allons avoir des résultats qui soient positifs.

Je voudrais vous poser une question en rapport avec la nouvelle orientation de l’Union africaine qui est la promotion du marché unique africain. Et oui, l’Agence nationale pour la promotion des Investissements de la RDC fait des yeux doux aux investisseurs hors continent africain. Je voudrais également savoir si vous ciblez, d’une manière ou d’une autre, les investisseurs africains pour qu’ils viennent également investir en République démocratique du Congo. Si oui, quels sont les axes de cette stratégie ?

Nous avons déjà un projet sur lequel nous sommes en train de partir. Nous avons bientôt une mission au Maroc. Nous avons l’ambassadeur du Maroc en RDC, nous lui avons dit « Nous voulons aller parler aux investisseurs marocains de pouvoir venir ici ». Il y a quelque chose qui est en train de se passer en Afrique où on croit que les investissements directs étrangers ne sont que ceux-là qui viennent de l’extérieur de l’Afrique. Pourtant, moi, je crois que lorsqu’on parle des IDE, dans un pays africain cela peut venir des pays limitrophes, cela peut venir de n’importe quel pays d’Afrique ; parce qu’ils ont l’expertise qu’il faut. Pour vous dire qu’aujourd’hui, nous croyons qu’il faut avoir des investissements intra-africains.

Un premier axe sur lequel nous pouvons partir aujourd’hui, c’est l’agriculture. Je vous ai parlé du Maroc qui normalement devrait intervenir, si ma mémoire est bonne, en octobre ou peut-être en novembre. Nous avons notre mission qui va aller au Maroc pour aller faire un ciblage pour les investisseurs. Au-delà de cela, nous avons un deuxième axe qui pourrait être la gestion des infrastructures ou la gestion des déchets. Dans certains pays africains, ils sont déjà avancés sur les différentes méthodes. Un troisième axe peut être du renforcement des capacités. Aujourd’hui, le capital humain est aussi considéré comme un levier et un secteur d’investissement. Nous avons donc besoin de pouvoir travailler sur la question. Les grands pays existent : le Nigeria est dans un boom, l’Afrique du sud-est dans un boom, pourquoi ne pas aller apprendre d’eux ? Pourquoi ne pas aller leur dire, venez investir en RDC.

Merci Monsieur le Directeur général pour ces bons mots. Et c’est sur ces mots que nous allons mettre un terme à cet entretien. Merci d’avoir été en notre compagnie. L’information se poursuit sur Africanews et sur africanews.com

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