Ethiopie
Les récentes avancées de l'armée éthiopienne dans le nord du Tigré ne signifient pas la fin du conflit et pourraient au contraire accroître le risque d'une confrontation avec l'Érythrée voisine. C'est l'analyse de Magnus Taylor, directeur adjoint pour la Corne de l'Afrique à l'International Crisis Group.
Selon lui, la progression des forces fédérales jusqu'aux abords de la frontière érythréenne place désormais les armées des deux pays à proximité l'une de l'autre, augmentant le risque d'un affrontement direct. Il estime que le retrait des troupes érythréennes du Tigré pourrait traduire une volonté d'éviter, pour l'instant, un conflit ouvert avec Addis-Abeba. Mais il n'exclut pas que le gouvernement éthiopien décide de prendre des mesures contre les forces érythréennes si les tensions continuent de s'aggraver.
Des images tournées par l'Associated Press montrent des soldats éthiopiens entrant dans la ville d'Adigrat, près de la frontière avec l'Érythrée, tandis que les forces gouvernementales ont également repris Mekele, la capitale régionale, après le retrait du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).
Pour Magnus Taylor, la perte de Mekele ne marque toutefois pas la fin de la guerre. Il rappelle que lors du conflit de 2020 à 2022, les combattants du TPLF avaient déjà abandonné plusieurs grandes villes avant de se réorganiser dans les zones rurales. Selon lui, les régions montagneuses et difficiles d'accès pourraient de nouveau devenir le théâtre d'une guérilla prolongée, avec de nouvelles destructions et une aggravation de la crise humanitaire.
L'analyste souligne que la prise des villes et des principaux axes routiers constitue un avantage militaire important pour les forces fédérales, car elle complique les déplacements et le ravitaillement des combattants du TPLF. En revanche, contrôler durablement l'ensemble du territoire reste un défi, notamment dans les vastes zones rurales.
Au-delà de l'aspect militaire, Magnus Taylor estime que le gouvernement d'Abiy Ahmed devra convaincre la population tigréenne qu'il ne mène pas une guerre contre les habitants de la région, mais contre le TPLF. Il juge indispensable de rétablir rapidement l'accès de l'aide humanitaire, de restaurer les financements fédéraux et de permettre l'acheminement du carburant, des médicaments et des liquidités afin d'éviter une nouvelle détérioration de la situation.
L'Éthiopie accuse l'Érythrée d'avoir envoyé des troupes sur son territoire et d'occuper certaines zones frontalières. Asmara rejette ces accusations et affirme ne pas soutenir le TPLF. L'Associated Press n'a pas été en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.
La reprise des combats remet en cause l'accord de paix signé en 2022, qui avait mis fin à une guerre ayant fait, selon des chercheurs de l'université de Gand, près de 500 000 morts parmi les civils, victimes des violences, de la famine et de l'effondrement du système de santé.
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