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"Farmgate", un parfum de scandale contre le president sud-africain

"Farmgate", un parfum de scandale contre le president sud-africain
Le président sud-africain Cyril Ramaphosa s'adresse au Parlement au Cap, le 9 juin 2022   -  
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Nardus Engelbrecht/Copyright 2022 The Associated Press -

Afrique du Sud

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa pourrait faire l'objet de poursuites pénales et fait déjà l'objet d'appels à la démission à la suite d'allégations selon lesquelles il aurait tenté de dissimuler le vol de millions de dollars en devises américaines, dissimulés dans des meubles de sa ferme d'élevage.

Les allégations étonnantes de l'ancien chef des services de renseignement sud-africains indiquent également que les suspects du vol d'il y a deux ans ont été retrouvés et enlevés par l'unité de protection présidentielle de Cyril Ramaphosa, interrogés dans sa propriété et soudoyés pour qu'ils gardent le silence sur l'existence de l'argent liquide, sans que rien ne soit signalé à la police.

Ces accusations entament gravement la réputation de Cyril Ramaphosa en tant que leader dévoué à la lutte contre la corruption. Il est devenu président en 2018 en promettant de nettoyer le gouvernement et son parti au pouvoir entaché de corruption, le Congrès national africain (ANC), qui est maintenant très différent de l'époque où il était largement respecté et dirigé par Nelson Mandela. Le scandale, surnommé "Farmgate" par la presse sud-africaine, menace de mettre fin à la présidence Ramaphosa et de déstabiliser l'économie la plus développée d'Afrique.

Récapitulatif

Le 1er juin, l'ancien directeur de l'Agence de sécurité de l'État, Arthur Fraser, est entré dans un commissariat de police de Johannesburg et a déposé une plainte pénale contre Cyril Ramaphosa pour le vol de plus de 4 millions de dollars en espèces, dissimulés dans le ranch. 

Cette plainte a mis les médias du pays en ébullition. Dans un exposé des faits, Arthur Fraser a allégué que Cyril Ramaphosa et d'autres personnes étaient coupables de blanchiment d'argent et d'infraction à la législation nationale sur le contrôle des devises étrangères concernant l'argent caché.

Arthur Fraser a également affirmé que les suspects du vol ont été kidnappés et soudoyés pour garder le silence, et que le président Ramaphosa a caché l'incident à la police et aux autorités fiscales. Arthur Fraser a déclaré avoir fourni des "preuves" à la police, notamment des photographies, des séquences vidéo et des détails de comptes bancaires. Il a déclaré que le vol avait eu lieu en février 2020.

Patron de l'espionnage

Le fait que ce soit Arthur Fraser qui ait formulé les allégations contre Cyril Ramaphosa suggère qu'elles sont politiquement motivées. Arthur Fraser est un fidèle bien connu de l'ancien président Jacob Zuma et d'une faction de l'ANC qui souhaite le départ de Cyril Ramaphosa. 

Jacob Zuma, son prédécesseur, a été contraint de démissionner de la présidence en 2018 et est maintenant en procès pour corruption. Ce procès est considéré comme un indicateur de l'engagement de Cyril Ramaphosa à affronter la corruption au plus haut niveau.

Arthur Fraser a également fait la une des journaux l'année dernière lorsque, en tant que chef du département des services correctionnels, il a accordé à Zuma une libération conditionnelle médicale de la prison, contre la recommandation d'une commission de libération conditionnelle qui recommandait que Jacob Zuma ne soit pas libéré prématurément après avoir été condamné pour outrage à la cour. Arthur Fraser a été le patron de l'espionnage de l'Afrique du Sud sous Jacob Zuma de 2016 à 2018.

Survie politique

Ces allégations ont obligé le président Ramaphosa, âgé de 69 ans, à se battre pour sa survie politique. Il a admis que le vol avait bien eu lieu dans son ranch de Phala Phala, dans la province septentrionale de Limpopo, mais a déclaré qu'il avait été signalé au chef de son unité de protection, qui relève des services de police sud-africains. Il a ajouté que l'argent provenait de la vente de gibier à la ferme et qu'il n'était "pas impliqué dans une quelconque conduite criminelle".

Ces réponses ont été considérées comme terriblement inadéquates, cependant. Cyril  Ramaphosa a refusé de dire combien d'argent était en jeu, pourquoi il était caché dans son ranch et si les devises étrangères avaient été déclarées aux autorités.

Il a éludé une pléthore de questions sur le scandale lors d'une conférence de presse de 90 minutes au Parlement la semaine dernière, où il est apparu épuisé et sous pression. Il a déclaré qu'il ne ferait aucun commentaire avant une enquête de police. "J'aimerais que la procédure normale se déroule dans cette affaire", a-t-il déclaré.

Enquête parlementaire

La semaine dernière, Cyril Ramaphosa a été conspué au Parlement pendant deux jours consécutifs par les législateurs de l'Economic Freedom Fighters, le deuxième plus grand parti d'opposition. Depuis, l'EFF a intensifié ses critiques en lui demandant de démissionner à cause du scandale. 

Deux autres partis d'opposition ont demandé cette semaine au Parlement de le mettre "congé sabbatique" et d'ouvrir une enquête parlementaire. Cette demande a été rejetée par le président du Parlement.

La police n'a annoncé aucune charge pénale contre Cyril  Ramaphosa, bien qu'une unité chargée des crimes graves et très médiatisés enquête sur les allégations d'Arthur Fraser. 

Défis politiques

Cyril Ramaphosa a déclaré qu'il se présenterait volontairement devant un comité d'intégrité de l'ANC, qui a le pouvoir de le suspendre de ses fonctions de chef de parti. Aucune date n'a encore été fixée pour sa comparution devant le comité.

Le moment choisi pour ce fscandale est terrible pour Cyril Ramaphosa, qui doit déjà faire face à des défis politiques de taille et à une élection critique du parti en décembre qui décidera s'il reste à la tête de l'ANC et, de fait, s'il est toujours président.

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