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Violences en France : pourquoi des dirigeants mettent-ils en cause l'immigration ?

Violences en France : pourquoi des dirigeants mettent-ils en cause l'immigration ?
Un manifestant enveloppé d'un drapeau français devant l'office de tourisme en feu à Lyon, en France, le 17 octobre 2026.   -  
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France

« Dire que c’est l’immigration, c’est s’en prendre à toute une communauté. »

Pour Diabagate Adama, un immigré africain qui travaille depuis près d’une décennie dans le secteur de la sécurité privée en France, attribuer aux immigrés la responsabilité des violences qui ont secoué le pays en marge des manifestations du 17 octobre est à la fois injuste et trompeur.

Des manifestations des Gilets jaunes aux débordements lors de grands matchs de football, Diabagate Adama a été témoin de nombreuses vagues de contestation. Il estime toutefois que les dernières violences ont été particulièrement alarmantes.

Alors qu’il s’inquiète de l’impact sur les entreprises et les moyens de subsistance, un discours différent émerge de la part de dirigeants politiques situés à des milliers de kilomètres du pays.

Le président américain Donald Trump a déclaré que la France était « en feu », imputant le soi-disant déclin du pays à l’immigration.

Son vice-président, JD Vance, et le Premier ministre hongrois Péter Magyar ont également établi un lien entre ces violences et l’immigration, se servant de ces troubles pour défendre un durcissement des politiques frontalières.

Pourtant, les manifestations ayant fleuri ces dernières semaines à travers la France sont d'abord le fait de lycéens et d'étudiants qui demandent de meilleures conditions d'éducation. Le mouvement s'est ensuite étendu à une contestation plus large contre la hausse du coût de la vie et la dégradation des services publics.

Comment une crise née de revendications nationales a-t-elle pu se transformer en un débat international sur l’immigration ? Et que signifie ce débat pour les Africains qui ont élu domicile en France ?

Des étudiants manifestent contre le manque de moyens dans les établissements scolaires à Rennes, en France, le 13 octobre 2026.
Des étudiants manifestent contre le manque de moyens dans les établissements scolaires à Rennes, en France, le 13 octobre 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

De manifestations lycéennes à une contestation nationale

La contestation a émergé en septembre, lorsque des lycéens sont descendus dans la rue pour dénoncer la détérioration des bâtiments scolaires, la pénurie d’enseignants et d’autres problèmes touchant l’éducation.

Leur frustration s’est rapidement propagée au-delà des salles de classe, suscitant le soutien des enseignants, des syndicats et de Français mécontents de la hausse du coût de la vie.

Samedi 17 octobre, entre 550 000 et 800 000 personnes, selon le ministère de l'Intérieur et les organisateurs respectivement, ont manifesté à travers la France. Si de nombreux cortèges ont défilé dans le calme, certaines manifestations ont dégénéré en violences.

Ces violences ont accentué la pression sur l'exécutif déjà aux prises avec des divisions politiques, une dette croissante et une bataille difficile autour des dépenses publiques.

Mais hors de France, ces troubles ont pris une dimension politique différente.

Des passants observent des voitures calcinées au lendemain d'une manifestation à Paris, le 18 octobre 2026
Des passants observent des voitures calcinées au lendemain d'une manifestation à Paris, le 18 octobre 2026 Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved.

« On ne peut pas rejeter la faute sur toute une communauté »

Diabagate Adama, qui dirige des opérations de sécurité à Paris depuis 2017, se dit surpris par l’ampleur des dégâts.

« Cette fois-ci, je pense que la crise a été extrêmement violente », déclare-t-il à Africanews, mettant notamment en avant les attaques contre des bâtiments publics et des symboles de l’État.

« Nous avons déjà connu des crises marquées par des dégâts, des pillages et des affrontements entre la police et les manifestants », poursuit-il, estimant également que de nombreux commerces n’étaient pas suffisamment préparés.

Mais lorsqu’on lui demande si l’immigration est responsable de ces troubles, Diabagate Adama rejette cette suggestion.

« On ne peut pas nécessairement dire que l’immigration est responsable de ces troubles », explique-t-il. « Prétendre que c’est l’immigration, c’est s’en prendre à toute une communauté. »

Il cite l’exemple des étudiants à l’origine des manifestations, soulignant qu’ils provenaient d’horizons divers. Ses propos mettent en lumière une préoccupation au cœur du débat sur l’immigration : le risque de tenir des communautés entières pour responsables d'actes commis par des individus.

Des pompiers éteignent un incendie survenu à la suite d'une manifestation à Paris, le 17 octobre 2026.
Des pompiers éteignent un incendie survenu à la suite d'une manifestation à Paris, le 17 octobre 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

« Pas menacés »

Malgré une rhétorique politique de plus en plus virulente à l'encontre des immigrés, Diabagate Adama affirme ne pas se sentir personnellement menacé en tant qu’immigré africain vivant en France.

Sa principale préoccupation est d’ordre économique. « Nous ne nous sentons pas menacés. Le seul problème, c’est que [les violences freinent] l’activité commerciale », souligne-t-il.

Son travail consiste à fournir du personnel de sécurité aux magasins et autres locaux commerciaux. Lorsque ces commerces sont endommagés ou contraints de fermer, les conséquences peuvent se répercuter sur les entreprises de sécurité et leurs employés.

Diabagate Adama explique que certaines structures touchées pourraient mettre des semaines, voire des mois, à rouvrir, ce qui perturberait les contrats de sécurité et risquerait de réduire les revenus. « C’est là que nous sommes perdants », estime-t-il.

Diabagate Adama
Diabagate Adama cleared

Quel impact pour les Africains vivant en France ?

Les relations entre la France et l'Afrique remontent à plusieurs siècles, façonnées par l'histoire coloniale, les migrations, le commerce et les liens culturels.

Aujourd’hui, des personnes ayant des racines dans des pays comme la Tunisie, l’Algérie, le Sénégal, le Maroc, le Mali ou la Côte d’Ivoire font partie intégrante de la société française.

Leurs expériences, leur statut juridique et leurs relations avec la France varient considérablement. Pourtant, les débats politiques sur l’immigration peuvent parfois brouiller ces distinctions, en particulier lorsque les discussions sur les migrations sont associées à la sécurité nationale ou aux troubles à l’ordre public.

Des manifestants lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie, se joignant aux revendications des étudiants, à Paris, le 17 octobre 2026.
Des manifestants lors d'une manifestation contre la hausse du coût de la vie, se joignant aux revendications des étudiants, à Paris, le 17 octobre 2026. Copyright 2026 The Associated Press. All rights reserved

Les troubles récents surviennent alors que la France se prépare à l’élection présidentielle de 2027, déjà marquée par la récurrence de discours autour de l’immigration et de l’identité nationale.

Le Rassemblement national, parti d’extrême droite, prône depuis longtemps un durcissement des contrôles aux frontières et cherche à étendre son influence politique.

Les déclarations de Donald Trump, JD Vance et Péter Magyar montrent à quel point les événements en France s’inscrivent aussi dans un débat international plus large sur les migrations.

Une crise aux ramifications multiples

La France doit désormais relever le défi de rétablir le calme tout en s’attaquant aux frustrations qui ont poussé des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue.

Pour certains responsables politiques à l’étranger, ces scènes de violences sont devenues un signal d’alarme concernant l’immigration. Pour d’autres, elles reflètent des problèmes économiques et sociaux plus profonds et sans lien tangible avec l'immigration.

Et pour des personnes comme Diabagate Adama, la crise se fait sentir de manière plus immédiate.

Mais au cœur du débat sur l’immigration, une question plus fondamentale demeure : comment des manifestations concernant l'éducation et le coût de la vie ont-elles pu se transformer en une controverse sur la question de savoir qui a sa place en France ?

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