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D'anciens détenus marocains stars de YouTube

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AP Photo

Maroc

Passer des barreaux de prisons à la notoriété sur les réseaux sociaux, tel est le destin d'anciens prisonniers marocains. Depuis bientôt deux ans, des vidéos atypiques rencontrent un certain succès sur la plateforme YouTube. Comme Mohamed Moustadraf, qui a passé au total 23 ans en détention, une vingtaine d'ex-détenus marocains

Mohamed Moustadraf a créé sa chaîne YouTube en 2019 pour "changer le regard des gens sur les anciens détenus" car "ce n'est pas parce qu'on a fait de la prison qu'on est une personne sans foi ni loi". A 48 ans, ce père de trois enfants dit avoir "tourné la page de l'illégalité" après sa dernière sortie de prison en 2016. Il gagne désormais sa vie comme chef de chantier à Rabat.

Avec son bagout et sa dégaine style années 1980, il cumule plus de 13 millions de vues avec les vidéos diffusées depuis chez lui. Il y raconte les problèmes structurels du milieu carcéral : prisonniers "entassés", surveillants "corrompus", micro-réseaux de trafic de drogue. Il alerte notamment sur les décès suspects et les violations des droits des détenus. Selon lui, survivre en prison exige de "gravir les échelons, d'être endurant, de supporter la torture et les injustices".

Pour Mohamed Bentazout, libéré en 2019 après plus de vingt ans de réclusion, "les chaînes d'anciens détenus ont comblé un vide, laissé par les médias officiels". Condamné pour meurtre dans les années 1990, cet ancien boxeur de 57 ans a toujours clamé son innocence et tente d'obtenir une révision de son cas. Ses apparitions sur YouTube lui ont permis de toucher un "large public au Maroc et dans le monde". Les images sont frappantes car, pour dénoncer une "injustice criante", il vit depuis sa libération dans une cellule minuscule construite sur la terrasse de la maison familiale.

La vidéo la plus populaire de Mohamed Bentazout avait fait plus de 120 000 vues.

La direction de l'administration pénitentiaire (DGAPR) a indiqué "ne pas accorder d'importance à ces chaînes YouTube, préférant ne pas réagir aux mensonges qu'elles véhiculent". Tout en assurant "accorder beaucoup d'intérêt aux vidéos publiées par des familles de détenus contenant des plaintes ou des allégations de maltraitance".

Les récits sur YouTube résonnent pourtant avec les rapports officiels : la DGAPR qualifie le surpeuplement carcéral de "problème chronique" dans une note publiée en 2020. La surface moyenne par détenu est de 1,8 m2, selon la Cour des comptes. Avec plus de 86 000 détenus en 2019, le taux d'occupation dépasse 250% de la capacité de certains établissements, précise le dernier rapport de l'Observatoire des prisons.

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