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Vénéré et haï, Robert Mugabe, même mort, divise son pays

Vénéré et haï, Robert Mugabe, même mort, divise son pays

Zimbabwe

Une “icône révolutionnaire” et “un père” ou bien un “anti-héros” et “un manipulateur” : la mort vendredi de l’ancien président zimbabwéen Robert Mugabe, artisan de la libération devenu autocrate, a suscité des réactions très controversées chez ses concitoyens, à l’image de son héritage.

“Mugabe nous a tout appris. Il est un père. (…) Je suis dévasté”, témoigne Matewu Meki, un orpailleur à Kwekwe, ville du centre du Zimbabwe.

“Il a libéré notre pays, il s’est battu contre la suprématie des Blancs (…). Il était un panafricain”, ajoute Kelvin Moyo, étudiant à Bulawayo (sud), la deuxième ville du pays.

Il avait ses imperfections, mais il a accompli beaucoup de choses positives pour nous (...). C'est une grande perte.

Héros de la lutte pour l’indépendance obtenue en 1980, Robert Mugabe a dirigé son pays pendant trente-sept ans, jusqu’en 2017. Les premières années de son régime sont marquées par une nette amélioration des systèmes de santé et d‘éducation.

Robert Mugabe “est une icône révolutionnaire”, lance à Harare Eddington Pangeti, devant un graffiti représentant le “camarade Bob” sur un drapeau jaune, noir, rouge et vert du Zimbabwe.

“Il nous a libérés des colons et nous a donnés des terres”, salue, à ses côtés, George Bindu, non loin d’une rue au nom du “père de la nation”.

En 2000, Robert Mugabe a lancé une réforme agraire destinée à redistribuer les terres agricoles à la majorité noire, ce qui lui a valu d‘être acclamé par une grande partie de la population.

Cette réforme, menée dans la précipitation et la violence, a cependant plongé le pays dans une terrible crise économique dans laquelle il est toujours embourbé. Progressivement faute de fonds les services publics se sont écroulés, l’hyperinflation s’est imposée.

“En tant que dirigeant, la seule chose qu’il ait fait de mal est de rester au pouvoir pendant trop longtemps”, juge Joshua Tsenzete, chemisette verte et crâne rasé, au milieu d’une nuée d’enfants.

Robert Mugabe, jugé longtemps indéboulonnable, a été contraint de quitter le pouvoir fin 2017, à l‘âge de 93 ans, après avoir été lâché par l’armée et son parti, la Zanu-PF.

‘Soulagement’

A 39 ans, le chauffeur de taxi, Mandla Latefa, n’a quasiment connu que le régime du “vieil homme”. “A son époque, on payait le pain 90 cents et maintenant c’est 9 dollars. Il nous manque.”

“Pour être honnête, je pensais que j’allais célébrer sa mort, mais en fait je suis triste parce qu’il était l’incarnation de ce qu’un vrai Africain doit être”, estime encore Tatenta Musoni, enseignante de 39 ans à Harare, où la population continuait à vaquer à ses occupations vendredi.

“Il avait ses imperfections, mais il a accompli beaucoup de choses positives pour nous (…). C’est une grande perte.”

Pour Issac Maenzanise, marchand ambulant à Bulawayo, bastion de l’opposition, la mort de Robert Mugabe est au contraire un “soulagement”.

Sa mort “arrive un peu trop tard”, regrette ce garagiste de formation, qui dit ne jamais avoir trouvé d’emploi dans son pays décimé par le chômage qui touche près de 90 % de la population active. “Vendre ces balais, ce n’est pas ce que je veux faire.”

“C‘était un manipulateur qui a berné le monde”, assure un ancien vétéran de la guerre d’indépendance, Baster Magwizi.

“Robert Mugabe n‘était pas un héros. Les héros ne tuent pas des civils innocents, (…) les héros ne détruisent pas un pays, les héros ne suppriment par les droits des gens et leurs libertés”, estime Brightin Ncube, un étudiant dans la même ville.

Entre 1983 et 1984, environ 20.000 civils, considérés comme des dissidents, ont été tués dans la région du Matabeleland (sud-ouest), selon les chiffres avancés par les historiens. Et depuis 1980, pas un seul scrutin n’a échappé aux accusations de fraude lancées par l’opposition, dont chaque manifestation a été sévèrement réprimée.

La crise économique et la répression ont poussé plusieurs millions de Zimbabwéens à quitter leur pays ces dernières années.

A Johannesburg, où se sont réfugiés nombre d’entre eux, l’heure n‘était naturellement pas au deuil.

“Moi, je ne ressens aucune émotion parce que le peuple souffre au Zimbabwe”, explique un caissier zimbabwéen, Wilfred Ndlovu.

“On ne voulait pas être ici mais on est venus à cause de la situation que Mugabe a créée”, ajoute Palmolive Nxumalo, une serveuse de 38 ans. “Je suis contente qu’il soit mort.”

AFP

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