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Cinq jours après le massacre de Kumba, le Cameroun face à sa crise

Cameroon   -  
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Sunday Alamba/AP

Cameroun

L'émotion est toujours très vive au Cameroun.

Seulement cinq jours sont passés depuis l'attaque de Kumba, où 7 écoliers trouvait la mort, froidement assassinés par des hommes armés alors qu'ils étaient en cours, dans l'école Mother Francisca International Bilingual Academy. Une cible loin d'être aléatoire.

"Je pense que ces écoles sont visées pour continuer à passer leurs message, parce que ce sont des cibles plus faciles que l'armée ou quelque chose du genre. C'est malheureux qu'ils soient pris entre deux géants. Comme on dit, lorsque deux éléphants se battent, l'herbe souffre" confie l'analyste et professeur du groupe Saint Louis le Dr. Ngwanyam.

"Même si aujourd'hui ils ne soutiennent pas ce qui s'est passé, ils envoient le message que l'on peut tuer et faire du mal à des enfants et c'est très mal" assure le Dr. Ngwanyam.

Enlèvements d'enfants, agressions d'enseignants et destructions d'écoles sont courantes dans ces deux régions où l'armée et des groupes séparatistes s'affrontent quasi-quotidiennement depuis fin 2017, prenant en tenaille les civils, victimes d'exactions des deux camps.

"L'école est utilisée comme une arme de guerre dans ce conflit", explique à l'AFP Ilaria Allegrozzi, chercheuse de l'ONG Human Rights Watch pour l'Afrique Centrale.

"Les séparatistes ne veulent pas que les enfants se rendent dans les écoles, institutions qu'ils assimilent au pouvoir central", souligne Mme. Allegrozzi. Les programmes d'histoire et d'éducation civique sont notamment perçus comme des instruments du gouvernement.

Le boycott des écoles est ainsi devenu une stratégie des séparatistes ces dernières années.

En novembre 2019, l'UNICEF faisait état de 855.000 enfants non scolarisés dans les régions anglophones. Environ 90% des écoles primaires publiques, soit plus de 4.100 écoles et 77% des écoles secondaires publiques étaient alors fermées ou non opérationnelles.

Marche silencieuse en hommage aux enfants

Dimanche, les habitants de la ville de Kumba défilaient dans les rues du chef lieu du département de Mémé, en plein dans le Cameroun Anglophone.

Avec les jours qui passent, l'émotion et l'incompréhension laissent leur place à la colère.

"Le sentiment général est très négatif, les gens sont très en colère, en colère contre les meurtriers. Certains disent que ce sont probablement des activistes ambazoniens, mais certains disent que ce sont juste des gens qui ont bénéficié de la situation et sèment le chaos pour leur propre raisons. \_Et bien sûr on a eu des gens du côté des ambazoniens qui accuse le gouvernement d'être derrière. Mais ce sont les accusations et les contre-accusations qu'ils y a en ce moment_", affirme l'analyste camerounais.

"Le principal, c'est que le pays et tout le monde sont en colère. Et personne ne soutient ce genre d'actes. C'est terrible que ce genre de choses puissent arriver. Et je pense que ce massacre marquera la fin de ce désordre qui règne dans le pays".

Trois ans

Trois ans que l'insécurité ne cesse de durer dans les régions anglophones à l'Ouest du Cameroun et ce malgré les tentatives de dialogue. Le gouvernement camerounais est aujourd'hui dans l'impasse pour résoudre le casse tête anglophone. Malgré l'implication des chefs religieux au niveau local pour tenter de trouver un compromis, les résultats n'ont été que très maigres.

Pour le Dr. Ngwanyam, trouver un paix passerait par un véritable dialogue.

"Le meilleur moyen de garantir la sécurité est de ramener la vérité et l'amour. C'est d'avoir un dialogue inclusif sincère, de définir l’État et de s'assurer de mettre en place des systèmes qui marchent et où tout le monde se sente à la maison."

"C'est la marginalisation des anglophones qu poussé les gens à la guerre. On peut dire que cet acte qui est arrivé ne fait pas nécessairement partie de la crise anglophone, mais il en découle et n'importe qui pourrait faire cela au nom des anglophones" explique l'analyste.

"Je pense que la meilleure chose à faire est de mettre en place un cessez le feu, de mettre en place un véritable dialogue inclusif qui abordera la structure de l’État et d'autres problèmes. Et puis de mettre en place un comité de la vérité et de la réconciliation et de s'assurer que les résultats de ce dialogue sont implémente en temps et en heure et cela résoudra le problème" assure le Dr. Ngwanyam.

Régler la crise

L'attentat de Kumba pour relancer un processus de résolution de crise? Pour l'instant la traque des "sécessionnistes" (terme employé par le gouvernement), continue. Mercredi, le gouvernement affirmait avoir neutralisé l'un des membres du "commando" de Kumba.

Mercredi, le gouvernement camerounais a affirmé que son armée a tué l'un des membres du "commando" ayant attaqué samedi l'école de Kumba.

"Dans la nuit du 26 octobre 2020, aux environs de 21h30, une patrouille du Bataillon d'intervention rapide déployée dans les artères du quartier Kossala à Kumba a réussi à neutraliser le rebelle sécessionniste connu sous l'appellation de Wonke", a affirmé René Emmanuel Sadi, ministre de Communication, dans un communiqué. Selon le communiqué, l'intéressé était "lourdement armé" au moment de l'opération, et "a ouvert le feu" avant se heurter "à la riposte foudroyante de l'unité opérationnelle".

Au lendemain de l'attaque, le gouvernement avait mis en cause des "bandes armées terroristes sécessionnistes". Face à la grande émotion et la colère suscitée par l'attaque, le pouvoir camerounais s'est défendu en dénonçant le caractère clandestin du complexe scolaire touché par l'attaque de samedi, qui "n_'a pu bénéficier des mêmes mesures de protection que d'autres établissements scolaires_". Au Cameroun, il est néanmoins fréquent que des écoles ouvrent sans les autorisations requises.

Le président camerounais Paul Biya a décrété la journée de samedi jour de deuil national, en hommage aux victimes. Pour ne pas oublier les enfants de Kumba.

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