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Face au Covid-19, les herboristes de Tunis font le plein

Tunisie

Thym, gingembre frais, feuilles de sauge: sur les étals du souk aux plantes médicinales de Tunis, Baya s’approvisionne et se renseigne auprès d’un herboriste sur les recettes traditionnelles pour se prémunir du nouveau coronavirus, contre lequel aucun remède n’est connu.

“J’ai peur pour mon père qui est âgé et malade, donc je suis venue ici pour chercher des plantes qui renforcent son immunité”, explique cette fonctionnaire de 43 ans.

S’il n’y a eu que 18 cas officiellement répertoriés depuis le 2 mars, et aucun décès à ce jour, les autorités ont pris des mesures fortes, et les chalands sont moins nombreux à se presser dans les ruelles dallées de la médina.

Actuellement il y a ni médicaments ni plantes miraculeux contre le nouveau coronavirus.

Mais les Tunisiens continuent à venir au Souk el Blat, le quartier des herboristes en plein coeur de la vieille ville, reconnaissable à ses effluves aromatiques et ses échoppes où s’alignent fioles, poudres et fagots de plantes diverses accrochés en hauteur.

Les plantes médicinales locales et importées sont d’ordinaire prisées pour se prémunir notamment de la grippe hivernale, dont les symptômes sont similaires à ceux du nouveau coronavirus, une pneumonie virale qui a fait plus de 5.000 morts dans le monde.

Outre une ruée vers l’ail, dont le prix a flambé et atteint parfois 25 dinars (8 euros) le kilo, la plupart des clients cherchent des plantes et mixtures “efficaces” mais aussi “pas chères”.

“Je peux comprendre que la population revienne à la tradition”, confie le pharmacologue Hédi Oueslati, directeur général de la Santé en Tunisie.

Il rappelle cependant: “actuellement il y a ni médicaments ni plantes miraculeux contre le nouveau coronavirus”.

“Quand il s’agit de petites recettes de grand-mère pas dangereuses qui ne posent pas de problèmes, d’accord!”, estime M. Oueslati. Mais “il faut faire attention et ne pas tomber dans le charlatanisme.”

Des personnes profitent de l’anxiété généralisée “pour vendre des prétendues mixtures dont on ne connait même pas la composition”, prévient-il.

“Recettes ancestrales”

“Qu’est-ce que je prends pour ce corona?”, lance à un marchand Hanen Oueslati, une cliente sans lien familial avec M. Oueslati.

Devant un étal de romarin et d’origan frais, cette femme de 38 ans raconte: “je veux des plantes qui stérilisent la maison, et d’autres qu’on peut utiliser en infusions à boire.”

“Le but est de nous protéger, ni plus ni moins, surtout qu’il n’y a pas de médicaments contre ce virus”, assure-t-elle.

Pour l’herboriste Fethi Ben Moussa, 61 ans, “les Tunisiens aiment tout ce qui est traditionnel et naturel: ils font confiance, surtout en ces moments de panique, aux recettes de nos ancêtres!”

“Les gens demandent des choses à préparer à la maison comme le thym, le gingembre, le moringa qui sont très bien pour l’immunité et pour combattre les virus”, affirme-t-il.

L’herboriste conseille aussi à ses clients de parfumer leurs maisons avec les graines du peganum Harmala, plante vivace qui aurait des vertus désinfectantes à l’en croire, même contre le nouveau coronavirus, bien que ce ne soit pas prouvé.

Dans sa boutique sombre comme une grotte, où s’entassent des plantes mystérieuses, Haj Mohamed, lui, propose des mixtures “100% efficaces contre les virus”, à base de gingembre, de miel de jujubier et de curcuma.

Pour cet herboriste de père en fils, ce sont “des ingrédients magiques combattant toute sorte de grippe”, promet-t-il, fier de sa production.

Mais “tout ce qui est naturel n’est pas anodin!”, avertit le docteur Chokri Hamouda, directeur général des Soins de santé en Tunisie soulignant “un problème de respect des principe de l’hygiène dans les souks traditionnels et dans le pays en général”.

“Nous ne prétendons pas remplacer les médecins ni guérir les gens, mais nous sommes de bons connaisseurs des secrets des plantes”, juge pour sa part l’herboriste M. Ben Moussa. “Nous aidons nos clients à apprendre le bon usage des merveilles de la nature.”

AFP

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