Bienvenue sur Africanews

Merci de choisir votre version

Regarder en direct

Infos

news

Droits des femmes : au Congo, une victime de violences attend réparation depuis 8 ans

Droits des femmes : au Congo, une victime de violences attend réparation depuis 8 ans

Congo

L’Humanité célèbre ce 8 mars la journée internationale des droits des femmes. Au Congo-Brazzaville, une femme paralysée en 2010 pour avoir rejeté les avances d’un hommes attend depuis 2011 le procès en appel de son bourreau présumé.

«  Penser équitablement, bâtir intelligemment, innover pour le changement ». C’est le thème choisi par l’ONU pour célébrer l‘édition de 2019 de la journée consacrée à la réflexion sur les droits de la femme. Mais, elles sont nombreuses à être privées de leurs droits.

Il était une fois au Congo-Brazzaville, une certaine Flore Barros Tchicaya. Anonyme, certes, le cœur de cette femme trimbale pourtant, toute une histoire triste et pathétique digne des séries latino-américaines. Et tout commence un jour de décembre 2010 à Pointe-Noire, capitale économique du Congo-Brazzaville.

Employée dans une maison de coiffure mixte, Flore Barros arrive à son lieu de travail et fait appel à un cordonnier ambulant pour réparer la lanière de sa sandale devant le salon. Ce qui ne plaît pas du tout au bailleur, un Libanais nommé Hassan Hojeij qui avait son restaurant à côté.

Suite à une dispute vive, Hojeij repart dans son restaurant et revient à la charge avec une matraque électrique de type Taser qu’il applique à trois reprises sur Flore Barros : à l’aine, au bas-ventre et à l‘épaule.

Si les fabricants estiment que le Taser est une arme non létale destinée à paralyser « temporairement » un bandit sans pour autant utiliser une arme létale comme le revolver, le Taser de Hojeij va pourtant paralyser Barros.

Déboutée par le tribunal de grande instance, la coiffeuse et couturière mère d’une fille, démontre à la Cour d’appel de Pointe-Noire qu’elle avait été victime de l’insatisfaction de Hojeij. « Il me harcelait chaque jour. Il m’avait même demandé de lui accorder ne fût-ce qu’une passe et il m’offrirait une voiture RAV4. Il a vécu mon refus comme une humiliation,…», déclara Barros devant la barre.

Est-ce un crime pour une femme de rejeter une déclaration d’amour ?

Et les arguments comme l’affabulation évoqués par la défense ne furent pas pris en compte par le procureur Christian Oba moins encore par David Anzilando, président à l‘époque de la chambre criminelle de la cour d’appel.

Conséquence : Hojeij fut reconnu coupable de coups et  blessures volontaires avec infirmité physique permanente. Le Libanais fut condamné à 15 ans d’emprisonnement ferme avec interdiction de séjour au Congo, 450 000 francs CFA (686 euros) et 350 millions de francs CFA (533 571 euros) de dommages et intérêts.

Mais, le prévenu interjeta appel trois jours après. Ce qui veut dire que le problème restait pendant en justice et qu’aucune décision ne pouvait être exécutée.

D’après des sources concordantes, c’est en 2014 que la cour suprême a planché sur l’affaire Barros. Ayant cassé le jugement de Pointe-Noire, l’instance judiciaire confie le problème à la cour d’appel de Dolisie, troisième ville congolaise, à quelque 170 kilomètres de la capitale économique.

Et jusqu’ici, l’affaire Barros n’a jamais figuré dans un rôle de quelque session criminelle. « Tôt ou tard, ce procès aura lieu », rassurait récemment un juge en service à Dolisie.

En attendant, Flore Barros devenue inactive se « débrouille » et n’ose plus dire là où elle se trouve. « Ça me dépasse. Je n’aime plus en parler, car je ne suis pas la première victime et peut-être pas la dernière », nous répondait-elle récemment au téléphone.

Une réponse qui cache mal le désespoir et partant la résignation de cette quadragénaire congolaise qui, depuis huit ans, déjà, vit le pire des martyres sans procès et sans assistance sociale.

À cause de tout ce temps qui passe, il faut craindre qu’un jour l’affaire Barros subisse la prescription. Ce qui devrait priver une citoyenne du droit à la justice et à la réparation d’un tort subi pour n’avoir fait que faire valoir un des droits fondamentaux reconnus à toute femme.

Cette précieuse latitude de choisir volontiers son compagnon et de décliner en toute liberté une déclaration d’amour quoiqu‘émanant de quelque prince charmant ou d’un « grand ami du chef », comme s’en était vanté Hojeij le jour de son forfait.

Voir plus