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#EndSARS ! Le cri de la jeunesse nigériane

Steve Dede, rédacteur en chef de Pulse.   -  
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@SteveDede

Nigéria

- ENTRETIEN AVEC STEVE DEDE, REDACTEUR EN CHEF DU MEDIA EN LIGNE "PULSE" -

"EndSARS", depuis une semaine ce hashtag figure au sommet des sujets les plus discutés sur Twitter au Nigeria, et à travers le monde.

Lancé par une jeunesse à bout, il demande la dissolution de l’unité spéciale de répression des vols et braquage, accusée de graves atteintes aux droits de l'homme.

Avec plus d’un million et demi de tweets partagés en un week-end, le mouvement s'est transporté dans la rue depuis jeudi.

Bridget Ugwe s'est entretenue avec Steve Dede, Rédacteur en Chef de Pulse, l'un des médias en ligne nigérian les plus populaires. Et selon lui, ce n'était qu'une question de temps avant que la colère et la frustration n'éclatent.

"Les bruits sur cette personne qui aurait été tuée dans l'état du Delta, bien que cela ait été confirmé qu'elle n'est pas morte, on lui a tiré dessus, mais elle n'a pas perdu la vie, cela s'est produit alors même que la contestation enflait sur les réseaux sociaux. Ce qui vient de se passer était censé arriver. Même si cet incident n'avait pas eu lieu, cette manifestation dans tout le pays et dans le monde entier via les réseaux sociaux était censée avoir lieu parce qu'elle part d'une accumulation de frustration et de colère", dit-il.

Steve Dede a déjà couvert deux manifestations dans les quartiers de Lagos, la capitale économique.

"Je n'ai jamais vu autant de jeunes Nigérians protester. La manifestation de 2012 n'a pas vraiment été menée, ou organisée par des jeunes. Et le fait est que personne n'est épargné. Dans les manifestations, tout le monde a une histoire ! Les femmes, les filles, les jeunes filles, tout le monde ! C'est cette frustration qui les a conduits à protester aujourd'hui et leur demande est simple : démantelez l'unité, c'est ce que disent les jeunes nigérians. Et je ne pense pas qu'à l'heure actuelle, après ce que j'ai vu dans les manifestations, les Nigérians soient prêts à céder à autre chose qu'à l'interdiction et la suppression de cette brigade", raconte-t-il.

Le président Muhammadu Buhari a déclaré que son gouvernement était déterminé à réformer l'unité. Ce n'est pas assez, dit la jeunesse nigériane.

"Nous n'avons pas besoin de réformes. En ce moment précis, ce dont la jeunesse nigériane a besoin, c'est de la suppression de cette unité, de l'interdiction de cette unité, peu importe ce qu'il adviendra de ces hommes ! La jeunesse nigériane ne veut plus qu'existe cette brigade qu'on appelle SARS. En 2019, la même chose s'est produite et après un jour ou deux de protestation en ligne, il a été question de réforme et de la création d'un comité. Cela n'a pas fonctionné et maintenant, ils disent qu'ils se sont réunis à nouveau. La jeunesse nigériane ne se soucie pas que quelqu'un se réunisse, elle ne se soucie de rien d'autre que de la fin des SARS !", estime Steve Dede.

La brutalité policière, un sujet récurrent depuis le meurtre aux Etats-Unis de George Floyd et de nombreux autres noirs par la police. Le rédacteur en Chef de Pulse ne veut pas établir de parallèle.

"Les jeunes sont en colère parce qu'ils croient que la police nigériane est un outil de répression au service de l'élite nigériane, des politiciens et des dirigeants nigérians. C'est donc différent du cas du racisme. Même si je ne peux pas faire de comparaison, je crois tout de même que les jeunes nigérians voudraient que le monde entier soit solidaire de leur cause, comme ils l'ont été avec Black Lives Matter aux Etats-Unis. Je pense que la jeunesse nigériane apprécierait cela", pense Steve Dede.

Le hashtag #EndSARS a été utilisé pour la première fois en 2018, mais il est réapparu il y a une semaine après le meurtre présumé d'un jeune homme par des officiers de l'unité. Selon Steve, tant que le gouvernement nigérian continuera à les ignorer, les voix se feront de plus en plus fortes, la population désespérée et les protestations ne cesseront de s'intensifier.

Au moment où nous publions l'interview, l'Inspection Générale de la Police Nigériane annonçait avoir dissout l'unité de police, après des jours de manifestations.

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