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Lutte contre la pandémie du coronavirus... Entretien avec Dr Raphaël Tata-Taty, virologue

Interview

Depuis quelques semaines, nous sommes appelés sur le continent et partout dans le monde à revoir notre relation à l’hygiène, notre façon d’interagir avec les autres. Nos déplacements sont limités. Et pour cause, il faut faire face à ce que l’OMS qualifie “d’ennemi de l’humanité”. Le coronavirus continue de faire des victimes, des milliers de contaminations et de nombreux décès. C’est l‘état d’alerte maximale face au nouveau COVID-19. Entretien avec le docteur Raphaël Taty-Taty qui est virologue et directeur d’un centre de recherche spécialisé des maladies infectieuses basé à Pointe-Noire au Congo.

Africanews : Bonjour Docteur

Dr Tata-Taty : Bonjour madame!

Africanews : Alors on sait qu’avant le coronavirus qui est apparu en Chine en 2019, il y a eu d’autres épidémies tout aussi mortelles comme le SRAS syndrome respiratoire aigu, la grippe H1N1 et puis Ebola qui a fait des ravages ; mais il n’y avait jamais eu une contamination de cette ampleur. Le Covid-19 est visiblement différent, c’est quoi sa spécifié s’il en a ?

Il y a pas plus d'hommes et de femmes en Afrique qu'en Chine, si on a pu confiner 56 millions de personnes dans la province chinoise du Hubei, nous sommes combien ?

Docteur : Je pense que la spécificité, c’est un coronavirus. Il y a déjà près de 7 types de coronavirus qui ont la possibilité d’infecter l’homme et la particularité de ce coronavirus, c’est son pouvoir de contagiosité qui est assez puissant et c’est ça qui fait sa specificité et c’est surtout la capacité de passer à des états cliniques sévères, c’est cela le grand problème sinon ce serait comme une grippe comme toutes les autres, mais c’est une grippe qui paraît très particulière du fait de cette conatgiosité et cette montée en puissance de la mortalité.

Africanews : Alors il y a deux semaines, on parlait de cas importés, il y a quelques jours certains pays du continent qui ont notifié des contaminations intracommunautaires, quelles sont les implications de ce développement ?

Docteur : D’abord le cas supposé autochtone qu’il y a eu en RDC, je pense que c’est un personnel soignant, donc c’est probablement une personne qui a été en contact avec un malade, donc ce n’est pas un cas complètement isolé, le traçage fait que la personne a dû être en contact avec le malade.

Africanews : Je précise que l’Afrique du Sud, le Burkina, l’Algérie et le Sénégal ont parlé de ces transmissions intracommunautaires, est-ce que le fait d‘être arrivé à cette situation la rend plus dangereuse encore ?

Docteur : C’est très très dangereux, c’est très dangereux, ce devrait déjà nous mettre dans une position de prévention sur tous les plans, prévention en augmentant les barrières de transmission, prévention en augmentant la capacité de recevoir les malades, prévention en augmentant la capacité des services de réanimation, c’est ça surtout le problème.

Africanews : Pensez-vous que le reste du monde n’a pas pris la mesure du danger, au moment où la Chine se dépêtrait avec ses cas, ses morts. Y a-t-il des choses qui auraient pu ou dû être faites pour qu’on n’en soit pas, comme l’OMS a parlé, en face de “l’ennemi de l’humanité” ?

Docteur : Oui oui, d’emblée, je ne veux pas jeter la pierre à qui que ce soit mais on doit se dire que …. Tout est vrai successivement, néanmoins sachant ce qui se passait en Chine, tous les dirigeants des pays qui n‘étaient pas encore atteints par la maladie auraient dû prendre des précautions, et à chaque fois, on se rend compte que ces précautions ont été prises tardivement. Même en métropole, en France, on se disait, nous sommes indemnes après 1 cas, deux cas, c’est parti. Parce qu’il y a souvent la décision scientifique, il y a toujours un comité d’experts, et ce comité d’experts doit être rapidement désigné, et ce comité d’experts doit éclairé la décision politique et c’est ce décalage qui pose souvent problème.

Africanews : En plus de la propagation de la maladie, il y a des informations qui sont publiées sur la toile certaines sont souvent très plausibles et d’autres plutôt farfelues. Il y en a une qui semble avoir la côte auprès des utilisateurs. Est-ce que la chaleur permettra d’enrayer l’épidémie ?

Docteur : Non

Africanews : Boire de l’eau bouillie à l’ail ?

Docteur : Non

Africanews : Faire des gargarismes avec une solution désinfectante qui élimine ou réduit le quota du virus.

Docteur : Non

Africanews : Donc on parle d’info plutôt farfelues !

Docteur : Tout à l’heure, on nous a posé la question. Mais le fait de mettre de l’eau bouillante en couverture faire comme un sauna – mais en Europe, je pense qu’il y a beaucoup de gens qui ont des saunas dans leur appartement qui ont un peu de moyens, toutes ces personnes âgées qui sont en train de mourir du coronavirus, qui ont peut-être des salles de sauna pour être soignées !

Africanews : C’est peut-être donc le lieu ici de rappeler les bons gestes pour se tenir éloigné des contaminations.

Docteur : Les bons gestes c’est suivre les recommandations du pays dans lequel vous êtes, quelle que soit votre nationalité

Africanews : Quand on dit confinement ?

Docteur : C’est confinement ! je pense qu’il y a des situations pires que ça, il y a eu la Première Guerre mondiale, il y a eu la Deuxième Guerre mondiale, mais on a pu vaincre, donc à chaque fois que les autorités qui nous dirigent, à qui on a donné nos voix pour nous diriger, nous donnent un certain nombre de directives utiles pour nous et pour le grand nombre on est tenu de les suivre.

Africanews : On a vu le confinenement en région parisienne où les gens sont heureux de braver l’interdiction, à quoi cela sert ?

Docteur : Aujourd’hui, la gestion de la pandémie sur le continent interpelle. De nombreuses mesures ont été prises, mais on est désormais dans un décompte presque quotidien.

Africanews : De nombreuses voix s‘élèvent pour dire que le confinement prescrit ailleurs ne peut pas marcher dans ce qui est qualifié de “contexte africain”. Quel est votre avis là-dessus ?

Docteur : Ceux qui le disent… Il y a pas plus d’hommes et de femmes en Afrique qu’en Chine, si on a pu confiner 56 millions de personnes dans la province chinoise du Hubei, nous sommes combien ? Nous au Congo par exemple nous sommes 4 millions. Est-ce qu’on peut confiner 4 millions si besoin il y a ?

Africanews : On a beaucoup parlé, docteur, du médecin chinois qui avait donné l’alerte, mais qui n’a pas été entendu, vous avez un centre de recherche, dans quelles mesures les travaux que vous effectuez peuvent-ils être utiles pour faire face aux épidémies ?C’ est pas une question difficile ?

Docteur : Non ce n’est pas une question difficile. Parce qu‘à partir de 24 ans, j’avais mis en place le protocole de vaccination contre l’hépatite virale B, le protocole 01/6 mois. Ce protocole a été mis en place ici au Congo et c’est ce protocole qui est utilisé dans le monde entier. Vous allez taper protocole 01/6 mois, le premier nom qui apparaîtra, c’est Taty-Taty. C’est utilisé dans le monde entier. Il n’y a pas de honte à dire ce qui est bien. Mais qu‘à cela ne tienne, vous avez suivi qu’on avait organisé le premier congrès sur les infections virales émergentes et réémergentes et Africanews avait participé à cette réunion. Vous avez fait un papier qui date du 29 octobre, vous avez dit je cite ad litteram : “Le Congo est en guerre contre les infections virales émergentes”. >>> LIRE AUSSI : Le Congo en guerre contre les maladies virales
>>> LIRE AUSSI : Maladies virales : une offensive scientifique en préparation à Pointe-Noire

Africanews : Tout à fait, je m’en souviens très bien !

Docteur : Ceux qui l’ont lu, je pense que tous les dirigeants ont un attaché de presse, et l’attaché de presse il est payé pour voir ce qui est utile à son chef, il doit faire des coupures de presse pour expliquer à son chef qu’il y a ceci cela, qu’est-ce qu’on peut faire. Donc nous sommes un centre privé, mais nous participons à l’activité publique, donc chaque fois que les autorités ont eu besoin de nous, nous participerons. Donc nous sommes toujours à disposition, nous sommes à portée de voix pour qu’on puisse participer. Si on nous appelle d’accord, et si on ne nous appelle pas, et quand nous nous sentons utiles, nous ne nous gênons pas pour aller frapper à leur porte en disant “chef, nous voulons faire ceci ou cela. À eux de dire oui ou non”.

Africanews : Mais Dr Taty, quelle est la meilleure façon d’anticiper sur les risques sanitaires ?

Docteur : Sur les risques sanitaires, je pense que ce n’est pas le problème des ministres, on est nommé ministre, c’est politique. Au ministre d’avoir les bons techniciens pour appliquer la politique sanitaire. Donc il appartient aux scientifiques d‘éclairer les hommes politiques et les hommes politiques qui ne suivent pas ces scientifiques finissent par récolter les fautes des collaborateurs, parce qu’en équipe de foot pour gagner la Coupe du monde, on n’a pas toujours besoin des meilleurs joueurs, on a besoin de joueurs qui font ce que le chef leur dit, et c’est cela qui peut faire problème en terme de gestion des crises sanitaires.

Africanews : Merci Dr Taty-Taty de nous avoir accordé cet entretien

Docteur : Merci madame !

Africanews : On va également vous dire merci d’avoir été des nôtres et surtout merci de votre fidélité à Africanews.

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