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Inspire Middle East

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Inspire Middle East : l'essor de l'industrie du jeu vidéo au Moyen-Orient

Inspire Middle East : l'essor de l'industrie du jeu vidéo au Moyen-Orient

Inspire middle east

Cette semaine, Inspire Middle East s’intéresse à l’industrie du jeu vidéo au Moyen-orient. Au programme :

  • Salim Essaid a exploré le potentiel de l’industrie du jeu dans la région en visitant un festival aux Émirats Arabes unis, et en interrogeant des gamers qui souhaitent passer à la vitesse supérieure.
  • Rebecca McLaughlin Eastham a rencontré le père des jeux vidéo, Nolan Bushnell, co-fondateur d’Atari, et créateur du jeu Pong.

2,5% du marché des jeux vidéo

Lorsque l’on évoque les principaux centres de jeux vidéo du monde, les pays du Moyen-Orient ne nous viennent pas immédiatement à l’esprit. Des événements tels que le Yas Gaming Festival à Abou Dabi cherchent à développer la culture du divertissement numérique dans la région.

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord représentent 2,5% des 135 milliards de dollars de ventes générés par le marché mondial selon Tom Wijman de Newzoo, une société néerlandaise d’analyses de jeux. Alors, comment libérer le potentiel de la région ? Pour certains, cela passe par la personnalisation des jeux en les adaptant aux éléments linguistiques et culturels locaux.

Adapter les jeux vidéo aux cultures locales

Certains acteurs régionaux des jeux vidéo créent des contenus personnalisés pour gagner des parts importantes du marché mondial. La société émirienne Wizzo a par exemple développé le jeu “Invasion”, qui met en vedette la pop-star libanaise Haifa Wehbe sous forme animée.

Des entreprises internationales comme Ubisoft en France ou Mena Mobile en Chine souhaitent investir ce secteur. “Ils cherchent des partenaires locaux pour s’installer et localiser leurs produits” d’après Tariq Mukhttar, leader de la communauté de Gamedev Corners.

“Ils doivent créer des bureaux régionaux ici dans la région Moyen-Orient Afrique du Nord, ce qui signifie qu’ils emploieront plus de jeunes, plus d’Arabes, ce qui signifie qu’il y aura un transfert de connaissances et d’expériences réel pour notre peuple sur le terrain, qui contribuera à la croissance et à l’attractivité des investissements dans la région” poursuit-il.

Le mobile en plein essor

Alors que les jeux pour PC et consoles constituent les deuxième et troisième segments du marché dans la région, ce sont les jeux mobiles portables qui génèrent le plus de revenus. Ils représentent plus de la moitié du marché et attirent l’attention des développeurs de jeux indépendants locaux.

La développeuse émiratie indépendante Fakhra Al Mansouri a créé sa société, Hybrid Humans, en développant des jeux pour mobile il y a cinq ans. L’un des plus populaires est un jeu de course multijoueur appelé “Falcon Valley”, qui met en valeur la culture des Émirats Arabes Unis.

L’application a remporté le titre de «jeu du jour» de l’App store d’Apple en 2017. Mais la mise en place de son activité a été laborieuse.

«Une partie du plus gros défi consiste à obtenir un soutien financier. Au début, j’ai essayé d’attirer des investisseurs. Mais la plupart d’entre eux ne comprenait pas ce que sont les jeux vidéo, ils pensent que c’est trop risqué. Nous avons besoin d‘éduquer les gens au-delà de notre communauté, localement et régionalement” explique-t-elle.

Sa société génère de l’argent grâce aux publicités et à la vente de produits digitaux au sein de ses jeux téléchargeables gratuitement. Mais pour maintenir son activité à flot, l’entrepreneuse développe des applications interactives pour ses clients. Le jeu d’aventure Kid X a par exemple été créé pour le gouvernement des Émirats arabes unis afin d’apprendre aux enfants à devenir de bons citoyens. La société a également créé un programme de formation en cybersécurité qui utilise la réalité virtuelle pour enseigner des pratiques numériques sûres.

Faire connaître les Emirats

En plus d‘éduquer grâce aux jeux, Fakhra Al Mansouri souhaite raconter des histoires auxquelles tout le monde peut s’identifier. Les jeux vidéos permettent également de faire connaître sa culture au reste du monde :

”Nous connaissons tellement de choses à propos de la culture américaine, car nous avons grandi dans ses standards. Mais le reste du monde ne connait pas grand chose des Emirats, des Arabes ou des Musulmans. Nous avons la possibilité de nous connecter pour raconter des histoires enrichissantes ou même insensées” indique-t-elle.

Interview de Nolan Bushnell, pionnier du jeu vidéo :

Au début des années 1970, la société Atari, co-fondée par Nolan Bushnell,est devenue célèbre grâce à la commercialisation de jeu d’arcade Pong. À l‘époque, le jeu vidéo n’avait pas beaucoup de concurrence. Mais les choses ont changé en 50 ans. Ce premier succès commercial a eu des répercussions sur le secteur. Après avoir révolutionné le marché du jeu à domicile et engendré une croissance exponentielle de ses ventes, Atari a dû faire face à la saturation et à l’effondrement du secteur – en particulier aux États-Unis – en 1983.

Loin d‘être découragé, le fondateur du jeu, Nolan Bushnell, a continué en fondant plus de 20 sociétés. Il a même mêlé la nourriture au jeu en créant la chaîne de restaurant et de divertissement Chuck E Chesse Pizza Time theater en 1977.

Le magazine Newseek l’a nommé dans la liste de 50 hommes qui ont changé l’Amérique. Il a même été intronisé au Panthéon des jeux vidéos (World Video Game Hall of Fame).

Il y a sept ans, Nolan Bushnell a développé un concept appelé «Brainrush», qui utilise la technologie des jeux vidéo pour aider les enfants à apprendre plus rapidement. Notre journaliste Rebecca McLaughlin Eastham a pu s’entretenir avec lui.

RME : D’après votre regard d’expert, quelle va être la prochaine révolution dans les jeux vidéo ?

Nolan Bushnell : L‘évolution qui m’excite particulièrement, est celle des haut parleurs connectés. Amazon, Alexa, Google Home etc. Parce que cela mêle intelligence artificielle et narration. Nous construisons donc une série de jeux de société auxquels vous parlez, et ils répondent. Ainsi, celui qui nous passionne le plus à l’heure actuelle s’appelle Saint Noir. Dans ce jeu, vous êtes le détective et vous interrogez les suspects. et les suspects peuvent vous mentir et vous devez déterminer qui ment et c’est amusant.

RME : Parlez-moi de costumes virtuels, de peaux artificielles, de vestes, de vêtements intelligents, quelque chose qui fera entrer le joueur dans le jeu lui-même. Quelles sont les limites ? Est ce que ce sont les prochaines frontières du virtuel ?

Nolan Bushnell : On peut remplacer les yeux grâce à la réalité virtuelle, pareil pour les oreilles et le nez. Mais la peau, le touché, les sensations, tout ce genre de chose, c’est compliqué. Très compliqué parce que c’est énorme, et parce que vous voulez que les gens ressentent des choses sans les heurter. C’est surement le domaine inexploré le plus vaste en terme de technologie.

RME : Parlez-moi du côté sombre des jeux vidéos. Ils n’ont pas toujours bonne presse, notamment pour les parents très protecteurs. Qu’en pensez-vous ? Faut-il plus de régulation ?

Nolan Bushnell : De manière générale, je suis contre la réglementation. Je pense qu’il faut un système de classement semblable à celui des films. Et je pense que c’est la responsabilité des parents. On m’a demandé il y a plusieurs années de remettre un prix à Grand Theft Auto (GTA) et j’ai dit que je ne croyais pas que ce jeu devrait être récompensé. Ça, c’est le côté obscur. Le bon côté, Minecraft. Probablement l’un des meilleurs logiciels éducatifs jamais écrit.

RME : Les jeux vidéo violents font vendre, ils attirent une clientèle très enthousiaste. Comment sortir de ça ?

Nolan Bushnell : Excellente question. Le fait de tuer, ou d‘être tué est une dynamique intéressante dans les jeux vidéos. Il ne faut pas prendre cela au sérieux. C’est vraiment fascinant de voir à quel point ces jeux sont amusants, vous pouvez faire monter l’adrénaline.

RME : Prévoyez-vous de le déployer votre technologie interactive d’apprentissage, que vous appelez “Brainrush”, dans le système éducatif aux États-Unis et même plus loin. Est-ce votre ambition?

Nolan Bushnell : Dominer le monde, c’est ce que je souhaite ! Non, en fait, l’apprentissage actif est 10 fois plus efficace que l’apprentissage passif. Quand vous écoutez une présentation, c’est passif. C’est pareil quand vous lisez un livre. Mais quand vous devez donner une réponse, là vous êtes actifs. Maintenant, nous allons aller un peu plus loin, nous allons mêler des jetons dans le système, afin que notre logiciel ne vous permette pas de terminer la leçon tant que vous ne savez pas tout. Il vous teste en permanence, le test est intégré à l’apprentissage. Pour que nous puissions vous récompenser, nous allons payer les enfants pour apprendre. Les enfants qui apprennent obtiennent ces jetons. Ils pourront les échanger dans notre centre de récompense. C’est un peu comme Chuck E. Cheese’s, mais pour apprendre.

RME : L’apprentissage intelligent est-il pleinement adopté ? Est-il introduit aussi rapidement que vous le souhaitez ? Ou y a-t-il encore de la résistance et un retour aux méthodes traditionnelles ?

Nolan Bushnell : Il y a une résistance massive, et franchement je ne le comprends pas. Ça ne peut venir que des enseignants effrayés, des administrateurs qui sont stupides et des parents qui veulent le meilleur pour leurs enfants et qui ne veulent pas prendre de risques.

RME : En voyant l’héritage que vous allez laisser dans le monde du jeu vidéo, quelle est votre plus grande fierté ?

Nolan Bushnell : Je pense que je suis particulièrement fier d’avoir 76 ans et d‘être toujours de la partie.

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