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Congo : la présidentielle de mars déjà contestée

Le Président congolais Denis Sassou Nguesso dans un bureau de vote lors des élections présidentielles à Brazzaville le 20 mars 2016.   -  
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MARCO LONGARI/AFP or licensors

Congo

La principale formation de l’opposition congolaise, l’Union Panafricaine pour la Démocratie Sociale (UPADS), ne présentera pas de candidat aux présidentielles. L'UPADS refuse de se lancer dans une course dont les règles de jeu posent problème en amont.

Pour l’UPADS, le gouvernement congolais n’a pas travaillé à l’amélioration de la gouvernance électorale depuis maintenant cinq ans. Ce parti exigeait, entre autres, un recensement administratif pour une maîtrise du corps électoral, des cartes électorales biométriques, et la refonte de la Commission électorale nationale.

Face à ces préoccupations, le leader des "Trois palmiers" avait appelé le 26 décembre 2019 au report des présidentielles. Des demandes auxquelles le pouvoir n’a pas donné suite. La dernière concertation politique entretenait l'espoir d’un consensus sur ces questions, qui auront tourné court. D’où cette politique de chaise vide de la part de l'UPADS.

Or, le leader Pascal Tsaty Mabiala est par ailleurs le chef de file de l’opposition reconnu par le pouvoir. Pour beaucoup, ce boycott est un camouflet pour la crédibilité du rendez-vous du 21 mars. "La crédibilité du vote se mesure le soir, quand les chiffres sont publiés. C’est le taux de participation qui permet de mesurer la légitimité d’une élection, et non le nombre de candidats. Un parti qui décide de ne pas présenter un candidat, ce n’est pas le plus important peu importe la qualité qu’on peut reconnaître à cette formation. L’UPADS a usé de son droit", avance l'analyste politique Obambé Ngakosso.

Opposition dispersée

Les boycotts se multiplient : la Fédération de l’opposition congolaise de Clément Mierassa et le MUST de l’ancienne ministre Claudine Munari ont jeté l’éponge pour cause de mauvaise organisation du scrutin. Pour eux, les dés seraient pipés d’avance. Mais les opposants congolais peinent à tenir le même langage. Plusieurs d’entre eux font contre mauvaise fortune, bon cœur, et sont en lice pour la conquête du Palais des plateaux. Parmi eux, d’anciens ministres de Denis Sassou Nguesso : Mathias Ndzon et Guy Brice Parfait Kolélas, arrivé deuxième lors du scrutin de 2016. Il avait pris acte de la victoire de Denis Sassou Nguesso en 2016. Cette année, il entend "libérer les énergies et les consciences", tout en dénonçant un "Etat devenu policier". Autre candidat de l’opposition, Bonaventure Mbaya, président de Convergence Citoyenne, ne confirmera sa candidature qu’à la mise en place de conditions permettant la tenue d’une élection apaisée.

Mardi, c’était autour de l'Église Catholique de jouer sa partition. La conférence épiscopale du Congo a émis "de sérieuses réserves concernant la tenue d’une élection présidentielle apaisée, participative, transparente, libre et crédible". Au centre de son appréhension, l’absence d’un recensement administratif et de cartes électorales biométrique, un fichier électoral mal maîtrisé, une commission électorale dont l’indépendance est encore à démontrer et le vote anticipé des agents de la force publique entre autres. "Les Congolais ont de moins en moins foi au système électoral actuel", disent les catholiques dans leur message.

Critiques de l'Eglise catholique

Si rien n’est fait pour inverser la tendance, l'Église catholique craint que les résultats de ces élections soient de nouveau contestés et que les contestations servent de prétexte aux marchands d’illusions. "L'Église pense que le pays devait d’abord vider le contentieux des dernières élections, mais à la place", disent-ils, "on s’apprête à rééditer cet exploit". Une sortie surprenante des autorités catholiques.

"On ne doit pas oublier que l'on soit pasteur ou prêtre, on est avant tout citoyen. Lorsqu'on appartient à une organisation, quand on a son mot à dire sur la marche d'un État, sur la marche d'une République, il faut prendre sa part. La table de la République n'est pas réservée qu'aux partis politiques ou aux associations qui soutiennent les pouvoirs en place. J'ai donc envie de dire Bravo à l'Église, mais surtout, il faut seulement attendre les élections", souligne Obambé Gakosso.

Le Conseil épiscopal du Congo plaide pour que "l’alternance au pouvoir devienne une règle intangible et immuable pour la démocratie". Une démocratie qui ne s’accommode pas de privation de liberté. C’est dans cette optique, que les évêques congolais appellent à la libération des prisonniers politiques.

Deux acteurs politiques majeurs sont en prison : le général à la retraite Jean-Marie Michel Mokoko, condamné à 20 ans de prison en 2018 pour "atteinte à la sécurité intérieure de l’État", et l’ancien ministre André Okombi Salissa, qui purge lui aussi une peine d’emprisonnement de 20 ans pour "atteinte à la sécurité intérieure de l’État et détention illégale d’armes et munitions de guerre". Les deux prisonniers ont défié dans les urnes leur ancien chef, Denis Sassou Nguesso. Le premier a été chef d’état-major de l’armée et conseiller de l'actuel président, le second a servi Denis Sassou Nguesso comme ministre dans plusieurs gouvernements.

Denis Sassou Nguesso est candidat à sa propre succession. Il a dit oui "aux nombreuses sollicitations" de sa base. Et c’est à Kibangou, au sud du pays, dans le département du Niari, présenté comme acquis à l’opposition qu’il a mis fin au "suspense", le 23 janvier dernier. Le président candidat, 77 ans, cumule 37 ans au pouvoir. A Brazzaville, les partisans de la majorité parient pour une victoire au premier tour de "l’empereur", faisant fi des critiques relatives au processus électoral.

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