RDC : l’AFC/M23 revendique l'attaque de drone contre l’aéroport de Kisangani

Le chef rebelle du groupe Alliance Fleuve Congo (AFC), dont fait partie le M23, Corneille Nangaa, lors d'une conférence de presse à Goma, en RDC, le 30 janvier 2025   -  
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AP Photo/Brian Inganga,

La coalition rebelle Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) a revendiqué une attaque de drones explosifs visant l’aéroport de Kisangani, capitale de la province de la Tshopo, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon les autorités provinciales, huit drones chargés d’explosifs ont été lancés entre le 31 janvier et le 1er février, mais tous ont été abattus avant d’atteindre leur cible.

Situé à environ 17 kilomètres du centre-ville, l’aéroport de Kisangani se trouve à plus de 700 kilomètres des principaux fronts de combat du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où l’AFC/M23 contrôle de vastes territoires depuis 2022, après avoir notamment pris les villes clés de Goma et Bukavu lors d’une offensive éclair l’an dernier. Cette attaque marque ainsi une extension géographique notable du conflit, désormais capable de frapper bien au-delà de l’Est insurgé.

Dans un message publié sur le réseau social X, le chef de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a présenté l’opération comme une démonstration stratégique. Selon lui, elle prouve que la « supériorité aérienne » des forces armées congolaises est « brisée ». Il a averti que tout avion ou drone utilisé contre les zones contrôlées par les rebelles serait désormais pris pour cible « à la source ». « L’utilisation de Kisangani comme plateforme de projection de la terreur contre nos territoires est désormais interdite. Le sanctuaire de cette base arrière est terminé », a-t-il déclaré.

La coalition rebelle affirme que l’aéroport de Kisangani abriterait un centre névralgique de commandement des drones militaires, présenté comme le « principal hub » de planification et de coordination d’opérations aériennes contre ses positions et contre des civils dans des zones qu’elle qualifie de « libérées », notamment à Masisi, Rutshuru, Lubero, Kalehe, Mwenga ou Minembwe. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante et les autorités congolaises n’ont pas réagi dans l’immédiat.

L’AFC/M23 accuse par ailleurs l’armée congolaise et ses milices alliées d’avoir intensifié, depuis le 22 janvier, les frappes aériennes dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, évoquant l’usage d’avions Sukhoï et de drones de combat contre des populations civiles autour de Minembwe. Un autre dirigeant du mouvement, Bertrand Bisimwa, a menacé de détruire tout appareil militaire congolais opérant au-dessus des territoires contrôlés par la rébellion.

Cette escalade verbale et militaire intervient dans un contexte diplomatique délicat. La revendication de l’attaque a été rendue publique au lendemain d’une réunion à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23, sous médiation qatarie, qui a débouché sur un accord de principe pour le déploiement d’une première équipe des Nations unies chargée de surveiller un cessez-le-feu. Un processus fragile, alors que les précédentes trêves ont régulièrement volé en éclats.

Malgré son discours offensif, la coalition rebelle affirme rester attachée à une solution politique. Elle appelle Kinshasa à respecter le cessez-le-feu et lance un ultimatum au président Félix Tshisekedi : « faire un choix sans équivoque entre la paix et la guerre ». Tout en rejetant l’idée d’une implication extérieure dans l’attaque, l’AFC/M23 soutient que « l’usage des drones et des mercenaires n’est ni l’apanage ni le privilège exclusif de Kinshasa ».

Dans un conflit qui a déjà déplacé des millions de personnes et suscité l’inquiétude de la communauté internationale, cette démonstration de capacités à longue portée risque de compliquer davantage les efforts de désescalade et d’accroître les craintes d’une régionalisation accrue de la crise congolaise.

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