Le Somaliland célèbre ses 35 ans d'indépendance sur fond de tensions géopolitiques

Une femme brandit le drapeau du Somaliland à Hargeisa, au Somaliland, le 13 novembre 2024   -  
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Le Somaliland, qui a fait unilatéralement sécession de la Somalie en 1991, a célébré lundi sa première fête de l’indépendance depuis sa reconnaissance, la seule à ce jour au niveau international, par Israël. Tout le pays n'accueille pourtant pas ce nouvel allié avec enthousiasme.

Fin décembre, Israël est devenu la première nation du monde à reconnaître le Somaliland indépendant, s'attirant la colère de Mogadiscio qui continue d'affirmer que ce territoire fait partie de la Somalie, quand bien même il s'administre de manière autonome depuis 35 ans.

Mais si la joie immense visible dans la capitale du Somaliland, Hargeisa, perdure, l'espoir de voir d’autres pays emboîter rapidement le pas d'Israël — notamment les États‑Unis, les Émirats arabes unis et l’Éthiopie, proches d'Israël — ne s'est pas concrétisé.

Le Somaliland dispose d'atouts indéniables : des centaines de kilomètres de côte stratégique dans le golfe d'Aden, le long d'une des routes commerciales les plus fréquentées au monde, une sécurité incontestablement meilleure que celle de l'instable Somalie, plusieurs alternances politiques.

Mais la communauté internationale estime que suivre Israël encouragerait des mouvements indépendantistes ailleurs dans le monde... et s'y refuse donc.

D'autant que l'image du Somaliland présentée par le gouvernement somalilandais n'est pas forcément fidèle à sa réalité.

Différends claniques

Ce territoire grand comme un tiers de la France, où la dynamique des clans joue, comme en Somalie, un rôle fondamental, connaît des différends claniques dans sa partie occidentale, l'Awdal, frontalier de Djibouti, ainsi que dans plusieurs régions orientales qui touchent l’État somalien du Puntland.

Des groupes de l'Awdal ont ainsi manifesté fin décembre à Borama (ouest) contre la reconnaissance israélienne, mais aussi contre le gouvernement d'Hargeisa, accusé de ne pas leur donner une représentation politique suffisante.

Le Somaliland ne contrôle pas non plus tout son territoire. La Somalie a l'an passé créé une nouvelle entité administrative, l’État du Nord-Est, qui englobe notamment les régions de Sool, Sanaag et Cayn, en rébellion contre les autorités somalilandaises.

En 2023, l'armée somalilandaise a bombardé des hôpitaux, des écoles et des quartiers civils de la zone, notamment dans la grande ville de Las Anod, tuant ou blessant des milliers de personnes et en poussant 200.000 autres à fuir, documentait alors Amnesty international.

"Le conflit va reprendre", avertit Ahmed Ali Shire, député de l’État du Nord‑Est, joint par téléphone par l'AFP.

La guerre civile des années 1980 en Somalie, qui a débouché en 1991 sur l'effondrement de l’État et la sécession du Somaliland, avait été attisée par des ingérences étrangères et la même dynamique se reproduit avec la présence d’Israël au Somaliland, souligne-t-il.

Lorsque le chef de la diplomatie israélienne Gideon Sa'ar s'est rendu en janvier au Somaliland, il s'est vu remettre une carte de ce territoire, englobant les régions revendiquées par l’État du Nord-Est. "À ce moment‑là, nous n'avons plus eu de doute que la guerre est imminente", selon Ahmed Ali Shire.

Les habitants "craignent qu'une nouvelle guerre n'éclate", estime Amina Guhad, présidente de l'association des femmes de l’État du Nord‑Est qui travaille avec les familles touchées par le conflit.

"Peut‑être que les Israéliens pensent pouvoir aider le Somaliland par la force. Mais tout le monde défendra ses terres légitimes, comme les Palestiniens défendent les leurs", assure-t-elle.

'Cible militaire'

Du fait de l'image d'Israël, des voix discordantes s'élèvent aussi au cœur même du Somaliland, territoire musulman conservateur. Des chefs religieux ont été arrêtés pour des sermons condamnant les liens diplomatiques avec Israël et des jeunes pour avoir agité des drapeaux palestiniens.

"Le Somaliland s'est durement battu pour son indépendance, mais je ne peux pas faire confiance à [Benyamin] Netanyahu [le Premier ministre israélien]. Il a tué des enfants du même âge que les miens", affirme Bile, citoyen somalilandais qui demande à rester anonyme.

Une commission mandatée par l’ONU et plusieurs ONG, parmi lesquelles Amnesty International et Human Rights Watch, ainsi que de nombreux pays de la planète, ont accusé Israël d'avoir perpétré un génocide envers les Palestiniens dans la bande de Gaza. Israël rejette ces allégations comme "mensongères" et "antisémites".

Autre source de craintes, les menaces de groupes islamistes, comme les Houthis du Yémen, pays faisant face au Somaliland de l'autre côté du golfe d'Aden, qui ont affirmé que toute présence israélienne au Somaliland serait considérée comme une "cible militaire".

Un ex-général israélien, Amir Avivi, a récemment reconnu qu'Israël "construisait des infrastructures" au Somaliland. "Nous avons une base maintenant, un endroit duquel nous pouvons agir" face aux Houthis, a-t-il poursuivi.

Des propos peu à même de rassurer les Somalilandais, aussi euphoriques soient-ils d'avoir enfin été reconnus par un pays étranger. "Les menaces des Houthis effraient beaucoup de gens", soupire Bile.

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