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Le président ougandais Museveni engagé pour les vendeurs de rue, non sans controverse

Le président ougandais Museveni engagé pour les vendeurs de rue, non sans controverse

Ouganda

Le chef de l’Etat Yoweri Museveni a demandé l’abrogation d’une loi « coloniale » qui réprime « l’oisiveté ». Premier pas dans cette direction, Yoweri Museveni a signé une directive à l’intention du procureur général et du chef de la police dans laquelle il demande que toutes les personnes détenues pour oisiveté et désordre public soit immédiatement libérées. Mais son action suscite autant de satisfaction que de frictions en Ouganda.

Premiers satisfaits par la décision du président ougandais, on peut bien s’en douter, ce sont les vendeurs de rue, couramment objets d’une campagne de répression des forces de l’ordre. « Nous nous félicitons de ce geste du président. C’est un grand soulagement pour nous. En tant que vendeurs, nous ne pouvons pas toujours payer les frais de location de certains magasins. La police et les agents municipaux nous torturent », relate Patricia, mère de trois enfants et vendeuse.

Chaque jour, ils sont plus de 1 000 vendeurs à arpenter les rues de la capitale pour présenter leurs articles aux automobilistes et autres riverains. Une activité qui n’est pas sans risque, car ces vendeurs sont couramment aux prises avec les forces de l’ordre qui les interpellent pour trafic illégal et oisiveté. Ils risquent dès lors de lourdes amendes et jusqu‘à deux mois de prison.

Si Museveni souhaite que les codes pénaux soient abrogés, il devrait déposer un projet de loi au parlement, comme il l'a fait pour supprimer la limite de mandat et la limite d'âge de la présidence

Pour le président ougandais, cependant, il n’y a aucune raison que ces vendeurs continuent à être « harcelés » par la police en raison d’une loi qui date de la période coloniale. « Pourquoi cela devrait-il être un crime ? Si je suis au chômage et que je traîne dans le parc, pourquoi quelqu’un devrait-il m’accuser du crime de traîner dans les parages ? Ce sont les colonialistes qui craignaient que les Africains ne soient autour de ceux qui ont rédigé cette loi. Elle devrait être abrogée », a-t-il déclaré.

Le dirigeant a dès lors ordonné la libération immédiate de tous les vendeurs de rue et colporteurs qui purgent une peine de prison pour avoir vendu des articles tels que la nourriture, des vêtements et autres breloques dans les rues de Kampala, la capitale. « Toutes les personnes arrêtées en raison de ce crime absurde doivent être libérées immédiatement et toutes les poursuites doivent être interrompues, car, en tout état de cause, la police et les tribunaux ont davantage de crimes réels à traiter (meurtre, viol, vol qualifié, détournement de fonds), etc.) », a insisté Museveni dans un tweet jeudi.

Décision “illégale et irrationnelle”

Cette initiative de Yoweri Museveni est cependant déjà contestée. Kiwanuka Mabirizi, un avocat de Kampala a entrepris de porter plainte cette semaine contre le président ougandais devant le tribunal de grande instance de Kampala. Il accuse le président d’avoir pris une décision « illégale, déraisonnable, irrationnelle et violant la procédure ». « Je poursuis Museveni parce qu’il ramène l’Ouganda aux [jours du président dictateur] Idi Amin, où il utilisait des décrets pour expulser les Asiatiques, tuer des citoyens sans procès, interdire les médias internationaux, etc. », a déclaré Mabirizi au Guardian.

L’avocat estime notamment que « l’inspecteur général de la police est tenu d’agir conformément à la loi. Le délit de paresse et de désordre est prévu dans le code pénal ougandais (…) le procureur de la République est indépendant et ne peut accepter les directives du président », a poursuivi l’avocat.

Pour l’heure, les responsables de prison affirment qu’ils se conformeront aux injonctions du chef de l’Etat une fois que la directive leur parviendra, comme c’est le cas pour les grâces présidentielles. Mais pour Kiwanuka Mabirizi, les situations sont différentes d’autant que la grâce présidentielle implique l’avis d’un comité consultatif au préalable.

« Museveni n’est pas une cour d’appel qui annule les déclarations de culpabilité et les peines prononcées par les tribunaux. S’il veut aider les condamnés, laissez-le payer pour eux les amendes imposées par le tribunal. Si Museveni souhaite que les codes pénaux soient abrogés, il devrait déposer un projet de loi au parlement, comme il l’a fait pour supprimer la limite de mandat et la limite d‘âge de la présidence », a tranché l’avocat.

Le président Yoweri Museveni, ni ses services n’ont pas encore réagi à cette sortie de l’avocat.

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