Tanzanie : verdict imminent pour Tundu Lissu, jugé pour trahison

Le principal opposant tanzanien, Tundu Lissu, comparaît devant le tribunal de Kisutu, à Dar es Salaam, le lundi 19 mai 2025.   -  
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Après 19 mois de détention, le principal chef de l'opposition tanzanienne, Tundu Lissu, connaîtra son sort vendredi à l'issue de son procès pour trahison. Une affaire qui a suscité de vives critiques à l'international et qui pourrait lui valoir la peine de mort.

Tundu Lissu a été arrêté avant l'élection présidentielle d'octobre 2025 pour avoir prétendument appelé au boycott du scrutin.

Le gouvernement de la présidente Samia Suluhu Hassan a mené une campagne de répression contre les opposants et les détracteurs du pouvoir à l'approche du scrutin, déclenchant d'importantes manifestations pendant la campagne électorale.

Les forces de sécurité ont réagi en tuant des milliers de personnes, selon l'opposition et les organisations de défense des droits humains. Le gouvernement, lui, fait état de 518 morts.

La sécurité a été renforcée cette semaine à Dar es Salaam, capitale économique du pays, en prévision du verdict concernant Tundu Lissu. Des analystes préviennent que cette décision pourrait provoquer de nouvelles violences.

Le parti Chadema de l'opposant a exhorté ses partisans à se rendre en nombre à l'audience.

Dans un communiqué publié mercredi, la police a mis en garde contre "ceux qui veulent organiser un coup d'État", affirmant que des groupes se mobilisaient pour se rendre dans la ville.

Cette affaire a suscité des critiques du Royaume-Uni et de l'Union européenne. Des parlementaires européens ont estimé que les poursuites étaient motivées par des considérations politiques et ont appelé à la libération immédiate de Tundu Lissu.

"Le recours à la peine capitale à l'encontre d'un opposant politique risque de transformer le système judiciaire en un instrument de répression politique", ont écrit les parlementaires dans une lettre adressée à la présidente tanzanienne.

Cette affaire constitue le troisième procès pour trahison très médiatisé de l'histoire de la Tanzanie continentale. Les deux précédents, dans les années 1970 et 1980, concernaient des accusés soupçonnés d'avoir comploté pour renverser et assassiner le père fondateur du pays, Julius Nyerere.

Tundu Lissu risque la peine de mort, mais clame son innocence.

"Le sentiment général semble être qu'il sera reconnu coupable. La question porte davantage sur la peine qui lui sera infligée", a déclaré Anna Bwana, directrice de l'organisation de la société civile Twaweza East Africa.

Âgé de 58 ans, le militant fait pour la première fois face à des accusations aussi graves, malgré plusieurs arrestations liées à son opposition au gouvernement.

En 2017, il avait survécu à une tentative d'assassinat au cours de laquelle il avait reçu 16 balles. Une attaque qu'il estime politiquement motivée et qui l'avait contraint à subir près de 20 interventions chirurgicales.

Lors de ses plaidoiries finales, il a exhorté le collège de trois juges à faire preuve de "courage".

"J'espère que vous porterez ce lourd fardeau historique sans parti pris, avec courage et avec la dignité que vous confèrent vos serments judiciaires", a déclaré Tundu Lissu, qui a assuré lui-même sa défense dans cette affaire.

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