Le leader de l’opposition tanzanienne, Tundu Lissu, a été condamné vendredi 6 novembre à quatre ans de prison pour incitation aux troubles, à l’issue d’un procès pour haute trahison particulièrement controversé.
Tanzanie : l’opposant Tundu Lissu condamné à quatre ans de prison
Le tribunal de Dar es Salaam l’a déclaré non coupable de ce chef d’accusation, passible de la peine capitale, mais l’a reconnu coupable d’incitation à la violence, alors même que cette infraction ne figurait pas parmi les charges initialement retenues contre lui.
À la tête du principal parti d’opposition, Chadema, Tundu Lissu, âgé de 58 ans, avait été arrêté avant l’élection présidentielle d’octobre 2025. Il était détenu depuis dix-neuf mois. Le juge a estimé que ses déclarations traduisaient une volonté de perturber le scrutin et de provoquer des violences.
Contestant fermement le verdict, l’opposant a dénoncé une « persécution politique » et accusé les magistrats d’avoir agi sous les directives du pouvoir de la présidente Samia Suluhu Hassan. « Je n’ai pas été inculpé pour incitation, mais vous me condamnez pour ce motif afin de satisfaire la personne qui vous nomme », a-t-il déclaré à l’audience.
Un contexte de répression politique
Cette condamnation intervient dans un climat politique particulièrement tendu. À l’approche du scrutin présidentiel d’octobre 2025, les autorités avaient multiplié les arrestations et les enlèvements visant des opposants et des détracteurs du gouvernement. La réélection de Samia Suluhu Hassan, avec 98 % des suffrages, avait été suivie de manifestations d’ampleur, auxquelles les forces de sécurité avaient répondu par une répression meurtrière.
L’opposition et plusieurs organisations de défense des droits humains font état de milliers de morts, tandis que le gouvernement avance un bilan de 518 victimes.
Le procès de Tundu Lissu a suscité de vives critiques au Royaume-Uni et au sein de l’Union européenne. Des parlementaires britanniques et européens ont dénoncé une procédure politiquement motivée et appelé à sa libération immédiate. L’ambassadeur des États-Unis en Tanzanie, William Trachman, a également indiqué suivre de près l’issue du procès et ses conséquences pour l’État de droit.
La sécurité avait été considérablement renforcée à Dar es Salaam avant l’annonce du verdict. Les autorités avaient notamment mis en garde contre d’éventuelles tentatives de coup d’État.
Pour Ado Shaibu, secrétaire général du parti ACT-Wazalendo, cette décision constitue « un jour sombre pour l’État de droit et la bonne gouvernance » en Tanzanie.
Déjà victime d’une tentative d’assassinat en 2017, au cours de laquelle il avait reçu seize balles et subi près de vingt interventions chirurgicales, Tundu Lissu demeure l’une des principales figures de la contestation politique dans le pays. Cette condamnation renforce les inquiétudes internationales quant à l’indépendance de la justice et à l’avenir du pluralisme démocratique en Tanzanie.