Éthiopie : au Tigré, le TPLF confronté au désaveu d'anciens partisans

Sur cette photo d'archive datée du vendredi 7 mai 2021, un combattant fidèle au Front populaire de libération du Tigré (TPLF)   -  
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Autrefois au pouvoir en Éthiopie, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) fait désormais face à une contestation croissante de la part d'anciens soutiens dans cette région du nord du pays.

Tsegay Girmay avait rejoint le parti autonomiste en 2020, révolté par les « atrocités commises » par les troupes érythréennes et les forces fédérales éthiopiennes lors de leur offensive conjointe contre le TPLF, pendant la sanglante guerre du Tigré.

Six ans plus tard, cet homme de 32 ans, comme plusieurs autres habitants interrogés par l'AFP, se réjouit de voir le mouvement « au bord de la disparition ».

Fin septembre, le TPLF s'est associé à d'autres groupes armés dans une offensive visant à « renverser » les dirigeants fédéraux éthiopiens. Mais les forces gouvernementales, appuyées par des drones, ont rapidement repoussé les assaillants.

Chassé des principales villes de la région, le TPLF s'est replié dans les zones montagneuses du Tigré, où il mène ponctuellement des attaques contre les troupes fédérales.

En octobre, les autorités fédérales ont officiellement repris le contrôle du territoire, mettant en place une administration intérimaire pour six mois et annonçant l'organisation prochaine d'élections.

« Je ne pense pas que le TPLF ait la moindre chance de revenir au pouvoir. La situation sur le terrain le montre clairement », estime Girmay, qui vit à Adigrat, dans le nord du Tigré.

Le rôle controversé de l'Érythrée

Après avoir combattu aux côtés de l'Éthiopie contre le TPLF durant la guerre de 2020-2022, l'Érythrée a progressivement rompu avec son ancien allié.

En octobre, Asmara a déployé des milliers de soldats au Tigré pour soutenir le parti. Mais les frappes de drones de l'armée fédérale éthiopienne les ont contraints à battre en retraite.

Pour de nombreux habitants du Tigré, ce rapprochement récent entre le TPLF et l'Érythrée ravive les souvenirs douloureux des exactions commises par les forces érythréennes lors du précédent conflit.

Genet Hailu, habitante de Mekele, la capitale régionale, considère cette coopération comme une « erreur ».

« Les forces érythréennes ont commis des massacres et des violences sexuelles contre les Tigréens », dénonce-t-elle.

Selon elle, le TPLF a perdu une partie importante de ses soutiens, aussi bien au sein de la population locale que parmi les Tigréens vivant à l'étranger.

« Le parti s'est éloigné de son peuple », affirme-t-elle.

Elle dénonce également les recrutements forcés opérés par le mouvement, des pratiques documentées par plusieurs médias, dont l'AFP, ainsi que par l'organisation Human Rights Watch.

« Le parti a commis des abus contre ceux-là mêmes qui le soutenaient et a contraint des enfants à rejoindre l'armée », accuse-t-elle.

« En tant que mère tigréenne, j'ai pleuré, frappé le sol de colère et maudit le TPLF, en priant pour qu'il ne revienne jamais au pouvoir. »

Le vice-président du parti, Amanuel Assefa, rejette ces accusations.

« Comment expliquer que l'on reproche des choses à un parti qui se sacrifie pour son peuple ? », a-t-il répondu à l'AFP.

Les erreurs du TPLF en question

Le TPLF a longtemps bénéficié d'une large popularité au Tigré. Il avait notamment dirigé la rébellion qui avait renversé en 1991 le régime militaire marxiste du Derg.

Le parti avait ensuite gouverné l'Éthiopie jusqu'en 2018, alors même que les Tigréens ne représentent qu'environ 6 % de la population nationale.

Il a été interdit en 2025, plusieurs années après l'arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed.

Natnael Gebregziabher, 35 ans, autrefois proche du mouvement, affirme avoir longtemps cru en ses dirigeants. Mais il estime aujourd'hui que leurs « erreurs ont placé la population dans une situation de grave danger ».

« Le TPLF est devenu un fardeau pour les habitants du Tigré », déclare-t-il.

Tous les habitants ne partagent toutefois pas ce désaveu. Certains continuent de soutenir le parti, malgré leur opposition à son rapprochement avec l'Érythrée.

Gebremichael Abebe, 52 ans, habitant de la ville d'Axoum, dit craindre que « le gouvernement fédéral actuel cherche à nous détruire ».

« Je crois que le TPLF finira par l'emporter et retrouvera le pouvoir », affirme-t-il.

Pour Kjetil Tronvoll, spécialiste de la Corne de l'Afrique à l'Oslo New University College, l'avenir du mouvement dépend de plusieurs facteurs, notamment de sa capacité à reconnaître et à tirer les leçons de ses erreurs, mais aussi de l'attitude que les autorités fédérales adopteront à l'égard du Tigré.

L'expert estime ainsi qu'« il est encore trop tôt pour annoncer la disparition du TPLF ».

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