Au Malawi, la pénurie de carburant et la flambée des prix accentuent les difficultés économiques. À Lilongwe, automobilistes et motards passent parfois des heures, voire des nuits, à attendre leur approvisionnement.
Malawi : une crise économique aggravée par la pénurie de carburant
La nouvelle de l’arrivée imminente d’un camion-citerne dans une station-service de Lilongwe, la capitale du Malawi, se répand rapidement. La file d’attente s’allonge. Les automobilistes tentent de se rapprocher des pompes tandis que les motards se faufilent entre les véhicules.
Confronté depuis plusieurs années à des pénuries chroniques de carburant, le pays affiche désormais les prix de l’essence les plus élevés du continent. Une situation qui fragilise les moyens de subsistance de la population et accentue les difficultés d’une économie déjà confrontée à un manque de devises étrangères.
« Je passe plus de temps à faire la queue pour trouver du carburant qu’à travailler. Cette situation ne peut pas durer », déplore McDonald Kachule, conducteur de moto-taxi dans le centre de Lilongwe depuis six ans.
Avec la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur les marchés énergétiques, le prix de l’essence a atteint 3,24 dollars le litre dans ce pays où une grande partie de la population vit dans la pauvreté.
Il s’agit du tarif le plus élevé d’Afrique et du deuxième au monde, soit plus du double de la moyenne mondiale, selon GlobalPetrolPrices, un organisme spécialisé dans le suivi des prix de détail de l’énergie dans plus de 100 pays.
Face à l’incertitude des approvisionnements et aux restrictions imposées dans les stations-service, de nombreux automobilistes, comme McDonald Kachule, se tournent vers le marché noir. Le litre d’essence peut alors atteindre 20 000 kwachas, soit environ 11,50 dollars.
« À ce prix-là, ce n’est plus rentable », explique ce père de deux enfants âgé de 33 ans.
Élu l’an dernier sur la promesse de redresser l’économie, le gouvernement attribue la pénurie au manque de devises étrangères nécessaires pour financer les importations.
Les autorités estiment que les perturbations de l’approvisionnement international liées à la guerre en Iran ont aggravé la situation. Les banques peinent à honorer les lettres de crédit, tandis que certains fournisseurs étrangers exigent désormais des paiements anticipés.
Selon la Compagnie nationale pétrolière du Malawi, le pays consomme environ deux millions de litres de carburant par jour. Son approvisionnement nécessite près de 49 millions de dollars en devises étrangères chaque mois.
Sur une année, la facture atteint ainsi 588 millions de dollars, soit davantage que les 545 millions de dollars générés par le tabac, principale exportation du pays en 2025, selon le Fonds monétaire international.
Des files d’attente interminables
Pour tenter de répondre à la crise, le gouvernement cherche des financements d’urgence. Il envisage notamment de vendre une partie de ses réserves d’or afin de régler les fournisseurs.
Lundi, le ministre de l’Énergie, Jean Mathanga, a annoncé l’achat de plus de 23 millions de litres d’essence et de diesel. Près de la moitié des volumes était encore en cours d’acheminement, tandis que le reste commençait à être distribué dans les stations-service.
« Dès que nous recevons du carburant, tout le monde se précipite pour en acheter », explique Dyton Ganiza, responsable des opérations chez le distributeur Best Oil.
L’entreprise limite les ventes à deux litres pour les conducteurs de moto-taxis et à 20 litres pour les petites voitures.
Elita Mtiyesa, enseignante, s’est rendue dans une station-service après avoir récupéré ses enfants à l’école.
« Je suis ici depuis 16 heures. Il est maintenant 20 heures. Tout est à l’arrêt », témoigne-t-elle.
Elle s’attend déjà à devoir recommencer dans quelques jours.
De son côté, Steven Mbeta, conducteur de moto-taxi, raconte que certains motards passent plusieurs jours et nuits dans les files d’attente. Des groupes WhatsApp leur permettent de suivre les livraisons de carburant et de savoir quelles stations sont approvisionnées.
L’économiste Milward Tobias alerte également sur les conséquences de cette pénurie pour la sécurité alimentaire. Selon lui, les difficultés d’approvisionnement en carburant perturbent aussi la livraison d’engrais et d’autres produits indispensables aux agriculteurs, dans un pays où l’agriculture occupe une place centrale.
« En période de pénurie, on peut finir par consacrer la totalité de ses 100 000 kwachas, soit environ 58 dollars, à l’achat de carburant, sans même avoir de quoi nourrir sa famille », souligne-t-il.
Une situation d’autant plus préoccupante que les ménages sont déjà confrontés à de fortes difficultés financières.
Selon la Banque mondiale, 76 % de la population malawienne vivait sous le seuil international de pauvreté, fixé à trois dollars par jour, en 2025.
Les alternatives face à la crise
Pour Milward Tobias, cette crise révèle des fragilités économiques plus profondes.
« Le contexte est loin d’être favorable à l’industrialisation », estime-t-il, pointant notamment l’instabilité de l’approvisionnement énergétique, le manque de devises étrangères et les pénuries récurrentes de produits importés.
Toutefois, cette situation profite à certaines entreprises qui proposent des solutions alternatives.
C’est notamment le cas de SGV, une société basée au Malawi spécialisée dans l’assemblage et la transformation de motos électriques. L’entreprise constate une hausse de la demande depuis que l’essence est devenue plus difficile à trouver.
Ces véhicules pourraient permettre aux conducteurs parcourant de longues distances de réduire considérablement leurs dépenses quotidiennes.
SGV estime ainsi que la recharge d’une moto électrique utilisée de manière intensive coûterait moins de 750 kwachas par jour, contre jusqu’à 30 000 kwachas pour l’essence.
Mais l’entreprise se heurte elle aussi aux difficultés d’accès aux devises étrangères, qui freinent son développement.