Maroc : à Tanger, un parcours artistique fait revivre les lieux oubliés de la ville

Une œuvre d'art municipal sur le thème du cinéma, sur un rond-point de la ville de Ouarzazate le 29 janvier 2015.   -  
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À Tanger, l’art investit les lieux chargés d’histoire. Pour sa sixième édition, le parcours annuel « Being Here » a réuni des artistes venus de plusieurs horizons autour d’un itinéraire ponctué par sept sites de la ville, le long de la rue Liberty. Arts visuels, musique, danse et performances s’y sont rencontrés, faisant dialoguer création contemporaine et mémoire des lieux.

Parmi les espaces investis cette année figure l’ancien hôtel Liberty, édifice construit au début du XXe siècle et fermé depuis les années 1940. Longtemps laissé à l’abandon, le bâtiment a retrouvé une vocation culturelle en accueillant œuvres et performances. La graphiste casablancaise Sophia Alami y a présenté une création inspirée d’un conte marocain dans lequel une jeune fille se réveille avec du henné sur les mains. À travers cette histoire, l’artiste revisite la mémoire de lieux marocains aujourd’hui disparus ou tombés en friche.

Le parcours s’est ensuite poursuivi au Borj Kathrine, monument historique où l’artiste multidisciplinaire français Maxime Gralet a dévoilé « Les Jarres Amoureuses ». Cette série de jarres en argile, chacune marquée par une fissure ou une imperfection singulière, explore la fragilité humaine ainsi que les notions de partage et d’échange. « La culture est une arme au service de la paix », affirme l’artiste, qui envisage son installation comme une invitation à renouer avec soi-même autant qu’avec les autres.

La musique a également accompagné les visiteurs au fil de ce parcours. Au Palais Akaaboune, le saxophoniste italien Gianni Denitto s’est produit aux côtés des Marocains Yazid Alaoui et Amine Chebihi, respectivement musicien et percussionniste, faisant résonner le patrimoine architectural au rythme d’une rencontre musicale plurielle.

D’autres artistes ont choisi d’explorer les thèmes du déplacement, de l’exil et de la mémoire. La plasticienne française Christine Ferrer aborde ainsi la migration dans une perspective qui dépasse les trajectoires individuelles. Elle rappelle que « les êtres humains ont toujours été des migrants », inscrivant cette histoire dans une réflexion plus vaste sur ses dimensions politiques et historiques.

À « La Factory », galerie de la défunte artiste Najoua El Hitmi, les visiteurs ont poursuivi leur découverte d’un parcours où les œuvres contemporaines entrent en résonance avec le patrimoine tangérois. Le photographe espagnol Ignacio G. Bolivar a, lui aussi, puisé dans son expérience du voyage et dans ses explorations, notamment des territoires ruraux, pour nourrir son travail.

Au-delà de la diversité des pratiques et des sensibilités réunies, « Being Here » propose ainsi une autre manière de regarder Tanger. Le parcours transforme son patrimoine architectural, ses espaces oubliés et ses lieux en sommeil en autant de supports pour une création contemporaine ouverte sur le monde. En six éditions, le rendez-vous a investi une trentaine de lieux et réuni quelque 250 artistes, faisant progressivement de la ville elle-même une scène à ciel ouvert.

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