Dans la province de Taïz, au sud-ouest du Yémen, des familles fuient une nouvelle fois les violences et installent des camps de fortune dans des espaces ouverts, parfois à l’abri des arbres. La reprise des combats entre les rebelles houthis et les forces soutenues par l’Arabie saoudite a provoqué une nouvelle vague de déplacements dans un pays déjà ravagé par plus d’une décennie de guerre.
Yémen : la reprise des combats pousse des milliers de civils à l’exode
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), au moins 125 000 personnes ont été nouvellement déplacées au cours des deux dernières semaines en raison de l’intensification des affrontements. La province de Taïz a accueilli la majorité de ces nouveaux déplacés, beaucoup ayant fui des zones montagneuses ou côtières après avoir traversé des routes difficiles et dangereuses.
Dans le camp d’Al Kadha, Nashwan Ahmed Said, 51 ans, tente de reconstruire un abri pour sa famille avec des sacs de blé usagés. Originaire de Jabal Habashi, il vit son troisième déplacement depuis le début du conflit en 2014. Les combats l’ont contraint à abandonner son foyer à plusieurs reprises, sans jamais retrouver une véritable sécurité.
« Nous n’avons pas d’abri convenable, pas de toilettes, pas de nourriture, pas d’eau potable », témoigne-t-il, décrivant une vie passée d’un camp à l’autre, dans l’incertitude du prochain départ.
À quelques kilomètres, d’autres familles arrivent avec le peu qu’elles ont pu sauver. Des biens entassés à l’arrière de camionnettes, quelques planches de bois et des effets personnels : tout ce qu’il reste après la fuite. Des femmes et des enfants attendent au sol pendant que les hommes tentent d’installer de nouveaux abris.
Pour Arwa Ahmed Qassem, mère de cinq enfants, la fuite s’est faite dans l’urgence, sous les tirs et les explosions. Elle raconte n’avoir presque rien pu emporter et explique n’avoir donné à ses enfants qu’un seul repas à base de riz en trois jours.
Le conflit yéménite oppose depuis 12 ans le gouvernement reconnu par la communauté internationale, soutenu par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite, aux rebelles houthis. Une trêve instaurée en 2022 avait permis de réduire l’intensité des combats, mais les récentes avancées des Houthis ont ravivé les affrontements.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les combats ont fait plus de 500 morts en une seule semaine, contre près de 200 la semaine précédente. Les opérations humanitaires sont également compliquées par l’insécurité, les routes coupées, les restrictions d’accès et le manque de financements.
Dans ce pays considéré comme le plus pauvre du monde arabe, la situation alimentaire est déjà critique. Les organisations humanitaires alertent sur le risque d’une nouvelle aggravation de la faim et de la malnutrition si les combats se poursuivent. Pour des milliers de Yéménites, l’exil reste encore la seule option pour survivre.