À l’approche de l’élection présidentielle nigériane prévue en 2027, les personnes déplacées par les conflits espèrent peser dans les urnes. Dans les camps installés autour d’Abuja, beaucoup dénoncent des années de souffrances liées à l’insécurité, à la pauvreté et à l’absence de soutien des autorités.
Nigeria : les déplacés veulent faire entendre leur voix à la présidentielle de 2027
Dans un camp de fortune situé en périphérie de la capitale nigériane, des milliers de familles vivent depuis plus d’une décennie loin de leurs terres d’origine. Chassées notamment par l’insurrection djihadiste de Boko Haram dans le nord-est du pays, elles survivent dans des abris construits avec des tôles, des planches et des bâches.
« Ce que nous voulons avec cette élection, c'est que la situation du pays change et que nous ayons une vie meilleure, où nous puissions vivre en sécurité », témoigne Zainab Bukar, une déplacée de 50 ans originaire de l’État de Borno. Pour elle, les violences vécues par les populations doivent désormais trouver une réponse politique.
Selon l’ONU, près de 3,7 millions de Nigérians sont aujourd’hui déplacés à l’intérieur du pays. Leur poids électoral pourrait devenir un enjeu majeur dans un scrutin marqué par la hausse du coût de la vie, l’insécurité persistante et les difficultés économiques.
« Le vote des personnes déplacées est très important, car nous voulons qu’elles puissent exprimer leurs sentiments », explique Dingiyefa Angalapu, analyste au Centre pour la démocratie et le développement en Afrique de l’Ouest.
La colère face à la précarité
Dans les camps, le contraste est frappant. À quelques kilomètres seulement des quartiers sécurisés de la capitale, des familles déplacées vivent toujours dans des conditions précaires. Certaines affirment n’avoir reçu que peu d’aide des autorités, alors que leurs maisons d’origine restent inaccessibles à cause des violences.
La situation économique alimente également le mécontentement. Depuis la suppression de la subvention sur les carburants en 2023 par le président Bola Tinubu, les prix ont fortement augmenté, affectant le quotidien de nombreux Nigérians.
Sur le terrain sécuritaire, malgré les opérations militaires contre les groupes armés, les attaques et les enlèvements continuent dans plusieurs régions du pays. Pour de nombreux déplacés, la promesse de sécurité reste encore l’une des principales attentes envers les futurs dirigeants.
Un vote qui pourrait compter
Certains habitants des camps disent vouloir sanctionner le pouvoir en place, tandis que d’autres restent favorables au président sortant. L’opposition tente de profiter de ce mécontentement, mais elle reste divisée entre plusieurs candidats.
Dans ce contexte, les personnes déplacées veulent utiliser leur carte d’électeur comme un outil pour faire entendre leurs revendications.
Après des années passées loin de leurs foyers, elles espèrent que leur voix, longtemps ignorée, sera enfin prise en compte dans l’avenir politique du Nigeria.