Dans les vastes plaines du Masai Mara, au Kenya, une nouvelle technologie fait son apparition dans les réserves animalières : les véhicules électriques. Silencieux et moins polluants, ils offrent une nouvelle manière de protéger la faune sauvage tout en accompagnant la transition énergétique du secteur touristique.
Kenya : les véhicules électriques révolutionnent les safaris du Masai Mara
Au milieu des herbes hautes de la réserve, le garde forestier Joshua Kijape patrouille discrètement à bord de sa moto électrique. Contrairement aux anciens modèles à essence, son véhicule ne perturbe presque pas les animaux et permet de s’approcher au plus près de la faune.
« Cela fait maintenant un an que nous utilisons cette moto et sa batterie a une autonomie de 160 kilomètres. De plus, il ne faut que trois heures pour la recharger complètement », explique-t-il.
Cette absence de bruit constitue un avantage majeur pour les rangers. Elle leur permet de surveiller les animaux sans les effrayer, mais aussi d’intervenir plus discrètement face aux activités illégales dans la réserve.
« Avant, quand nous utilisions des motos à essence, on nous entendait de loin. Mais depuis que nous avons reçu ces modèles électriques de ROAM, cela crée un effet de surprise chez ceux qui se trouvent illégalement dans le parc », témoigne Tom Kimbelekenya, un autre garde forestier.
Ces motos sont fabriquées par l’entreprise kényane ROAM Electric, qui souhaite développer l’utilisation de la mobilité électrique dans les parcs naturels du pays et au-delà.
Pour Filip Lovstrom, dirigeant de l’entreprise, les espaces protégés représentent un patrimoine naturel qu’il faut préserver grâce à des solutions adaptées aux réalités locales.
Une transition énergétique au cœur des réserves
L’arrivée des véhicules électriques dans le Masai Mara s’inscrit dans une initiative plus large visant à remplacer progressivement les moyens de transport fonctionnant aux carburants fossiles par des solutions alimentées notamment par l’énergie solaire.
Les acteurs de la conservation évaluent aujourd’hui leur capacité à réduire les coûts de carburant et d’entretien, tout en limitant le bruit dans l’un des écosystèmes les plus célèbres d’Afrique.
Le défi reste important : les infrastructures de recharge sont encore limitées, notamment dans les zones isolées. Mais pour ROAM, le Masai Mara constitue un véritable test grandeur nature afin de vérifier la résistance de ces véhicules aux pistes difficiles, aux longues distances et aux conditions extrêmes.
Des safaris plus silencieux et plus durables
Dans la réserve, certains camps de safari ont déjà adopté cette technologie. L’Emboo River Camp utilise depuis 2019 des véhicules électriques rechargés exclusivement grâce à l’énergie solaire.
Selon son cofondateur, Loïc Amado, cette transition améliore l’expérience des visiteurs.
« On peut entendre tous les sons de la nature, tous les cris des animaux. Il n’y a pas de gaz d’échappement. On peut parler, comprendre et entendre les guides pendant qu’ils conduisent », explique-t-il.
L’expérience menée par Emboo River Camp s’est depuis élargie grâce à EERA LAB, une initiative qui accompagne aujourd’hui plusieurs lodges en Afrique de l’Est dans leur transition écologique, avec des solutions d’énergie solaire, de gestion de l’eau et de conversion des véhicules.
L’entreprise a également développé un tableau de bord permettant de suivre la consommation d’énergie, la production solaire, le recyclage de l’eau et la recharge des véhicules.
Vers un Masai Mara neutre en carbone ?
Le camp d’Emboo a renforcé sa flotte électrique et augmenté sa capacité solaire pour répondre à la demande. Son objectif affiché : contribuer à atteindre la neutralité carbone du Masai Mara d’ici 2035.
La conversion d’un véhicule de safari classique vers l’électrique représente toutefois un investissement important, entre 35 000 et 45 000 dollars. Mais selon les professionnels du secteur, les économies réalisées sur le carburant et l’entretien pourraient permettre un amortissement en moins de trois ans.
Pour les promoteurs de cette technologie, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Dans des régions reculées où l’approvisionnement en carburant reste difficile et coûteux, l’énergie solaire pourrait devenir une alternative plus accessible.
Dans les savanes kényanes, les véhicules électriques commencent ainsi une nouvelle mission : protéger la nature tout en réinventant le tourisme de demain.