Sénégal : Aminata Boye, une voix pour les familles de migrants disparus

Des migrants arrivent à El Hierro, en Espagne, après treize jours de traversée depuis le Sénégal, le 26 août 2024.   -  
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À Mbour, sur la côte sénégalaise, Aminata Boye a transformé la disparition de son fils en un combat pour les familles de migrants portés disparus. À 48 ans, elle accompagne aujourd’hui plus d’une centaine de femmes confrontées à la perte d’un enfant ou d’un conjoint sur les routes migratoires.

Son histoire bascule en 2020. Deux de ses fils quittent le Sénégal en pirogue à trois jours d’intervalle. Le plus jeune, âgé de 14 ans, parvient en Espagne, où il poursuit aujourd’hui ses études. Son frère Waly, 19 ans, n’est jamais arrivé à destination. Sa trace se perd après que son embarcation a été signalée en difficulté au large de la Mauritanie.

Après des recherches infructueuses, Aminata Boye décide de mettre son expérience au service d’autres familles.

Rechercher les disparus et soutenir leurs proches

La même année, elle fonde le Collectif des victimes de l’émigration irrégulière au Sénégal (COVES). L’association aide les proches à rechercher les disparus et travaille notamment avec le Comité international de la Croix-Rouge.

Au fil des années, Aminata Boye est devenue un point de contact pour de nombreuses familles. Elles lui confient les photographies et les informations concernant leurs proches afin de tenter de retracer leur parcours.

Son action ne se limite pas aux recherches. Le collectif apporte également une aide matérielle aux familles, organise des collectes à l’occasion de la rentrée scolaire et propose des ateliers de couture permettant à certaines femmes de générer des revenus.

À Mbour, des familles profondément marquées

Dans le quartier de Tefees, à Mbour, les conséquences de la migration irrégulière sont particulièrement visibles. Selon les témoignages recueillis par l’AFP, environ un foyer sur trois aurait perdu un proche ou serait sans nouvelles d’un membre de sa famille parti par la mer.

Anna Diop a perdu deux fils, âgés de 17 et 15 ans, en 2024. Leur pirogue, qui se dirigeait vers l’Europe, a été retrouvée à la dérive avec ses 34 passagers décédés. Elle a également perdu deux frères et deux neveux dans la même embarcation.

Ndeye Ndiaye raconte, elle, avoir sombré après la mort de sa fille Awa au Maroc en 2024, à la suite du naufrage de sa pirogue. Elle attribue à Aminata Boye un rôle déterminant dans sa reconstruction.

« Ils ne partent pas pour mourir »

Aminata Boye refuse de condamner les jeunes qui tentent la traversée. Selon elle, ils prennent la mer dans l’espoir de travailler et d’améliorer les conditions de vie de leurs familles.

« Les jeunes ne vont pas en mer pour se tuer », affirme-t-elle. Elle appelle les autorités sénégalaises à offrir davantage de perspectives aux jeunes et critique les restrictions à la mobilité qui, selon elle, contribuent à pousser certains candidats au départ vers des routes clandestines particulièrement dangereuses.

À Mbour, les départs continuent malgré les naufrages et les disparitions. Le quartier où vit Aminata Boye surplombe d’ailleurs un point de départ connu des pirogues, au point d’avoir été surnommé « l’Aéroport ».

Face à ce phénomène, elle poursuit son combat : retrouver les disparus lorsque cela est encore possible, accompagner les familles dans leur deuil et faire entendre la voix de ceux qui restent.

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