Des dizaines de milliers de partisans du président zambien Hakainde Hichilema se sont rassemblés mardi dans la capitale Lusaka, le chef de l’État sortant tentant de convaincre les indécis à deux jours des élections présidentielle et législatives.
Zambie : dernière ligne droite avant la présidentielle pour Hichilema
De son côté, son principal rival pour la présidentielle de jeudi, Brian Mundubile a dénoncé des enlèvements et des arrestations visant à intimider et réduire au silence l’opposition.
Hakainde Hichelema, élu haut la main en 2021 après six tentatives infructueuses, se représente pour un second mandat de cinq ans à la tête ce pays d’Afrique australe de 22 millions d’habitants qui se positionne comme un acteur-clé de la transition énergétique grâce à ses importantes réserves de cuivre.
Dans le sud de la capitale, une marée de partisans est venue mardi parée de rouge, la couleur de son Parti uni pour le développement national (UPND), assister à l’un des derniers meetings de celui qu’ils surnomment "HH".
Dans la foule, une infirmière bénévole, Hilda Munthali, 35 ans, brandit une pancarte avec le portrait du président et un message pour lui: "Nous cherchons un emploi. Nous sommes à genoux, Monsieur le Président."
La hausse du coût de la vie et le taux de chômage, qui avoisine les 10% selon l’agence nationale de statistiques, font partie des enjeux majeurs du scrutin.
Si l’on peut porter au crédit du président sortant d’avoir sorti son pays de la crise de la dette publique — la Zambie avait fait défaut en 2020 — et de l’avoir remis sur les rails de la croissance, projetée à 5% pour 2026, de nombreux Zambiens se plaignent de ne pas voir d’amélioration dans leur quotidien.
"Timing" inquiétant
Sur scène, "HH", 64 ans, a mis en garde les électeurs contre un retour de l’opposition et de ses "vieilles habitudes", relayant des accusations d’insécurité pendant le mandat de son prédécesseur.
"Voulez-vous des pangas (machettes) et des couteaux? Les femmes sur les marchés ne seront pas en sécurité. Zambie, je te mets en garde", a-t-il lancé.
"Nous allons reconduire HH à la présidence à cause de l’éducation gratuite. Nos enfants vont désormais à l’école", assure à l’AFP Anna Chewa, une mère de 29 ans. "Même sous l’ancien régime, la vie était déjà chère", ajoute cette commerçante.
Pendant des mois, la réélection du chef de l’État semblait ne faire aucun doute, jusqu’à ce que Brian Mundubile, avocat et ancien ministre de 55 ans, présente sa candidature à la tête d’une coalition de petits partis d’opposition, pour certains des émanations de l’ancien parti hégémonique, le Front patriotique.
Douze autres candidats, dont un ancien ministre des Affaires étrangères, sont en lice, mais les observateurs prédisent un duel entre MM. Hichilema et Mundubile.
Ce dernier n’a eu que très peu de temps pour se construire une stature nationale: sa candidature sous la bannière du nouveau parti NRPUP n’a été annoncée qu’en mai.
Certains meetings de campagne ont donné lieu à des échauffourées, la police faisant usage de gaz lacrymogènes pour disperser ses partisans, le contraignant à privilégier des événements en ligne.
Mardi, M. Mundubile, ancien ministre du défunt président Edgar Lungu (2015-2021), a affirmé être sans nouvelles de trois membres de l’opposition, dénonçant une série d’enlèvements et d’arrestations à caractère politique.
"Cette élection ne doit pas se dérouler dans la peur", a-t-il déclaré. "Ce qui nous inquiète le plus, c’est le timing. Ces événements surviennent dans les dernières heures avant le scrutin national."
Le chef de la police Graphel Musamba a pour sa part affirmé que la campagne avait été globalement pacifique, déplorant "quelques incidents isolés" et assurant que la police se conduirait de façon non-partisane.