Ouganda : le procès de Kizza Besigye s'est ouvert à Kampala

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Le procès pour trahison de l’opposant ougandais Kizza Besigye s’est ouvert mardi à Kampala, dans un climat de forte répression politique marqué par une série d’arrestations de militants, d’avocats et de figures de l’opposition, ainsi que par des pressions croissantes contre les médias indépendants.

Au cœur de cette escalade se trouve le général Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président Yoweri Museveni. Ces dernières semaines, il a ordonné l’arrestation de plusieurs militants, responsables politiques et avocats de premier plan, tout en faisant fermer le principal groupe de presse indépendant du pays.

Âgé de 52 ans, Kainerugaba est connu pour ses déclarations provocatrices sur les réseaux sociaux. Il s’y est notamment vanté d’avoir fait enlever et torturer des opposants, tout en multipliant les publications plus fantaisistes, comme ses plaisanteries sur un supposé mariage avec la chanteuse Beyoncé. Il affirme également depuis plusieurs années qu’il succédera à son père, Yoweri Museveni, 81 ans, au pouvoir depuis quatre décennies.

Pour plusieurs analystes, cette montée en puissance témoigne du rôle désormais central qu’il exerce au sein du pouvoir ougandais.

Mardi, un tribunal de Kampala a entamé le procès très attendu de Kizza Besigye, figure historique de l’opposition, détenu depuis son enlèvement au Kenya voisin en 2024.

Devant les juges, Besigye a estimé que la procédure ne pouvait se poursuivre tant que ses avocats ne bénéficieraient pas de garanties de sécurité. L’un de ses défenseurs a déclaré craindre d’être lui-même enlevé avant la prochaine audience.

« Il semble que nous serons jugés les yeux bandés, les mains et les pieds liés, et la bouche scellée », a déclaré Besigye devant la cour.

Son ancien avocat principal, Erias Lukwago, a lui aussi été enlevé plus tôt ce mois-ci. Muhoozi Kainerugaba avait revendiqué cette arrestation sur le réseau X, affirmant être « fier de TOUTES les souffrances et la douleur » qu’il infligerait à l’avocat.

Poursuivi pour complot contre l’État, Lukwago devait comparaître mardi, mais son état de santé, fortement dégradé, a conduit au report de l’audience.

Dans le même temps, l’organisation de défense des droits humains Agora a été convoquée par la police dans le cadre d’une enquête pour fraude et blanchiment d’argent.

Cette convocation intervient quelques jours après la fermeture du principal groupe médiatique indépendant du pays, éditeur du Daily Monitor et exploitant de la chaîne NTV. Kainerugaba avait justifié cette décision sur X en déclarant : « JE NE crois PAS en la liberté de la presse ! »

Réélu pour un septième mandat il y a moins de six mois, le président Museveni ne s’est pas exprimé sur les récentes initiatives de son fils.

« Jusqu’à présent, beaucoup considéraient les menaces de Muhoozi Kainerugaba comme de simples provocations », observe Gerald Walulya, enseignant en journalisme à l’université de Makerere. « Mais c’est la première fois que nous le voyons exercer son pouvoir sans aucune retenue apparente de la part de son père. »

Une succession qui se dessine

Depuis plusieurs années, les spéculations se multiplient sur une possible transmission du pouvoir de Yoweri Museveni à son fils, même si aucune désignation officielle n’a été annoncée.

Formé à l’Académie royale militaire de Sandhurst, au Royaume-Uni, Muhoozi Kainerugaba a rapidement gravi les échelons avant d’être nommé chef de l’armée en 2024. Il dirige également son propre mouvement politique, la Ligue patriotique de l’Ouganda, et ne cache plus ses ambitions présidentielles.

« Est-ce que vous, les Ougandais, m’aimez ? Voterez-vous pour moi si je me présente après Mzee ? », a-t-il récemment écrit sur X, utilisant le titre honorifique par lequel est souvent désigné son père.

Pour le chroniqueur politique Yusuf Serunkuma, la situation demeure toutefois ambiguë. Kainerugaba continue d’affirmer qu’il agit sous les instructions de son père.

Malgré ses 1,3 million d'abonnés sur X, son véritable poids politique reste difficile à mesurer.

« S’il était un fin stratège, il aurait suivi l’exemple de son père en consolidant ses relations avec la population et la communauté internationale », estime Serunkuma. « Au lieu de cela, il a méthodiquement détruit ces liens. »

Lundi, le président de la commission des relations étrangères du Sénat américain, Jim Risch, a dénoncé les agissements de Kainerugaba, estimant qu’ils faisaient de l’Ouganda un « partenaire indésirable » et appelant Washington à réexaminer ses relations avec Kampala.

Une opposition sous pression

Le principal adversaire politique de Museveni ces dernières années est Bobi Wine, chanteur devenu homme politique. Après s’être présenté à l’élection présidentielle, il affirme avoir été contraint de quitter le pays à la suite de menaces attribuées à Muhoozi Kainerugaba.

Âgé de 70 ans, Kizza Besigye s’est présenté à plusieurs reprises contre Museveni lors des précédentes élections présidentielles. Son enlèvement à Nairobi, en 2024, par des hommes armés avait suscité une vive condamnation internationale. Sa famille affirme qu’il a été torturé pendant sa détention.

Son avocat, Erias Lukwago, préparait une citation à comparaître visant Muhoozi Kainerugaba dans le cadre de cette affaire lorsqu’il a été arrêté au début du mois.

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