L'opposition congolaise a vivement réagi mardi à l'adoption d'un projet de loi susceptible d'ouvrir la voie à un troisième mandat pour le président Félix Tshisekedi, dénonçant une manœuvre visant à confisquer le pouvoir.
RDC : le Sénat vote le referendum, l'opposition exige la démission de Tshisekedi
Le texte, approuvé lundi par le Sénat après l'avoir déjà été par l'Assemblée nationale, permettrait d'organiser un référendum sur une nouvelle Constitution dans laquelle les mandats déjà accomplis par Félix Tshisekedi ne seraient tout simplement pas enregistrés. Il ne manque plus que la signature du chef de l'État pour que la réforme entre en vigueur.
Au pouvoir depuis 2019, Félix Tshisekedi, 62 ans, à d'ores et déjà annoncé sa volonté de briguer un troisième mandat si les électeurs valident cette réforme constitutionnelle sans qu'aucune date de référendum ne soit pour l'heure arrêtée.
Pourtant, la Constitution congolaise interdit toute révision des dispositions relatives à la limitation des mandats présidentiels. Le projet de loi contourne cet obstacle en autorisant le président à modifier la loi fondamentale en cas de « dysfonctionnement majeur » paralysant les institutions. L’opposition congolaise durcit le ton et appelle désormais à la démission du président Félix Tshisekedi. La Coalition Article 64 annonce, à cet effet, l’organisation le 8 juillet prochain d’une marche pacifique sur l’ensemble du pays, avec pour point de chute le Palais présidentiel. L’annonce a été faite ce mardi, à l’issue d’une réunion d’évaluation des événements du vendredi 12 juin dernier, rapporte Radio Okapi.
Cette réforme intervient dans un contexte particulièrement tendu. La République démocratique du Congo fait face à une épidémie d'Ebola, tandis que les violences s'intensifient dans l'est du pays, où les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda affrontent les forces gouvernementales au sein d'un maillage de plus d'une centaine de groupes armés qui se disputent le contrôle des provinces orientales. Félix Tshisekedi a d'ailleurs affirmé le mois dernier que des élections présidentielles, théoriquement prévues en 2028, ne pourraient être organisées tant que la stabilité ne serait pas rétablie.
Les votes au Sénat comme à l'Assemblée nationale se déroulent en l'absence des élus d'opposition, qui avaient claqué la porte des débats il y a plusieurs semaines en signe de protestation. Malgré cela, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a salué l'adoption du texte, et vu un cadre permettant au peuple congolais d'« exercer sa souveraineté ».
Face à cette offensive institutionnelle, les principaux partis d'opposition, longtemps épars, se sont fédérés en mai au sein de la coalition C64 (Coalition Article 64), accusant le président de chercher à se maintenir coûte que coûte au pouvoir. « Tshisekedi a trahi son serment de respecter la Constitution et n'a donc plus aucune légitimité », a martelé l'opposant Martin Fayulu lors d'une conférence de presse. Il a par ailleurs annoncé une marche sur le palais présidentiel le 8 juillet pour réclamer la démission du chef de l'État.
Ce vote survient quelques jours seulement après de violents incidents lors d'une manifestation contre le projet à Kinshasa, au cours duquel plusieurs dirigeants de l'opposition dont Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga ont été blessés.