En République démocratique du Congo, deux figures de l'opposition ont été blessées vendredi lors d'un rassemblement contre le projet du gouvernement de modifier la Constitution, rassemblement qui a été dispersé par la police après des affrontements avec des partisans du gouvernement.
RDC : des opposants blessés lors de manifestations antigouvernementales
La République démocratique du Congo, vaste pays d'Afrique centrale en proie à la pauvreté, est confrontée à une épidémie mortelle d'Ebola et au groupe armé M23, soutenu par le Rwanda, dans sa région orientale.
Au pouvoir depuis 2019, le président Félix Tshisekedi, âgé de 62 ans, arrive au terme de son deuxième mandat de cinq ans – et, en vertu de la Constitution actuelle, de son dernier mandat – en 2028. Il a toutefois récemment déclaré qu’il accepterait de diriger ce pays en proie à des conflits pour un troisième mandat, « si le peuple le souhaite », à l’issue d’un référendum sur la réforme de la Constitution.
La majorité au pouvoir cherche depuis des semaines à supprimer la limite stricte de deux mandats présidentiels prévue par la Constitution congolaise.
Les principaux partis d'une opposition divisée et affaiblie se sont unis le mois dernier au sein d'une coalition pour s'opposer à ce qu'ils considèrent comme une tentative du président de s'accrocher au pouvoir.
Vendredi, la coalition C64 a organisé un rassemblement devant le bâtiment du Parlement, dans la capitale, Kinshasa, pour protester contre la modification de la Constitution.
Mais le rassemblement a rapidement dégénéré en affrontements entre les partisans de l'opposition et les militants pro-gouvernementaux, puis avec les forces de l'ordre, comme l'a constaté un journaliste de l'AFP.
La police a tiré des gaz lacrymogènes sur le cortège de manifestants, qui comptait une centaine de personnes.
Martin Fayulu, qui était arrivé deuxième derrière Tshisekedi lors de l'élection présidentielle de 2018 et troisième en 2023, ainsi que le prince Epenge, autre figure de l'opposition, ont été légèrement blessés lors des affrontements, marqués par des jets de pierres, comme l'a constaté le journaliste de l'AFP.
- Siège attaqué -
À la suite des troubles, certains manifestants de l'opposition, dont plusieurs avaient également été blessés, se sont réfugiés au siège du parti « Engagement pour la citoyenneté et le développement » (ECIDE) de Fayulu.
Des policiers et des militants se réclamant des Forces du progrès, un mouvement de jeunesse lié au parti au pouvoir et souvent critiqué pour ses actes de violence, ont brièvement attaqué le siège du parti à coups de pierres.
« Tshisekedi a associé la milice des Forces du progrès à la police pour attaquer des militants non armés », a déclaré Fayulu à l'AFP depuis le siège de son parti.
La plupart des manifestants blessés avec lesquels l'AFP s'est entretenue au siège de l'ECIDE ont déclaré avoir été touchés par des pierres, tandis que certains ont affirmé avoir été blessés par des balles, ce que l'AFP n'a pas pu confirmer.
La police n'a pas répondu aux demandes de commentaires de l'AFP.
En vertu de la Constitution, le nombre et la durée des mandats présidentiels en RDC ne peuvent faire l'objet d'aucune modification.
Un projet de loi actuellement examiné par l'Assemblée nationale vise toutefois à permettre au président de modifier les articles de la Constitution en cas de « dysfonctionnement majeur » paralysant les institutions de l'État, à l'issue d'un référendum.
La coalition C64 demande le retrait du projet de loi, qu'elle qualifie de « grave menace » pour la stabilité du pays.
L'ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par contumace pour avoir soutenu le groupe armé M23, a exhorté les Congolais à soutenir toutes les initiatives s'opposant à une modification de la Constitution.